Le «1 + 4 » enterré vivant 820

Le Ciat s’est tu

Les belligérants, principaux acteurs de la transition, vivent depuis peu en chiens de faïence, prêts à se rentrer dedans à tout moment. Le fonctionnement normal des institutions de la République s’en ressent mettant du plomb dans l’aile du processus électoral. D’où cette impression de non Etat qui fait dire que le schéma 1+4 serait déjà enterré vivant avant même le 30 juin 2006, date marquant la fin de la transition.

Préoccupés par la campagne électorale, les gestionnaires de la transition n’ont plus le coeur à l’ouvrage. Ils donnent l’impression d’avoir démissionné de leurs charges d’Etat pour s’occuper à arracher, à tout prix, la victoire de leurs partis respectifs aux prochaines élections.

Ce qui ressort de cette campagne électorale anticipée, c’est que les attaques personnelles entre candidats gagnent de plus en plus du terrain. Directement ou par la presse interposée. Il s’agit particulièrement des membres de l’Espace présidentiel. Leurs représentants au gouvernement et au parlement leur ont emboîté le pas, au point qu’il n’est pas exagéré de dire que la convivialité n’est plus de mise.

Prenant prétexte du contexte électoral, les protagonistes d’hier ont relancé leurs hostilités par le biais de l’escalade verbale. Depuis peu, ils se regardent en chiens de faïence. Tels des fauves, ils paraissent prêts à bondir et à se rentrer dedans à tout moment. Avec tout ce que cela comporte comme conséquences néfastes sur le processus électoral en cours, réputé très fragile. L’atmosphère est donc des plus tendues.

Les réunions du gouvernement ne sont plus une priorité. Les conseils de ministres se tiennent de manière sporadique alors que le rythme adopté au départ était celui de deux réunions le mois. On dirait qu’ils ont vidé leur part du contrat pour la période de transition et qu’ils se seraient tournés désormais vers la troisième République avec ou sans le suffrage universel exprimé dans les urnes.

Les raisons du retour en force de cette méfiance entre belligérants, soutiennent des observateurs avisés, résideraient dans la rupture du consensus comme principe sacro-saint de la gestion de la chose publique pendant la transition. Ils se sont administrés des coups bas dans beaucoup de dossiers et poursuivraient encore sur la même lancée, sans ambages.

La loi sur l’amnistie, la non érection de Minembwe en territoire sont entre autres dossiers qui ont mis aux prises Joseph Kabila et Azarias Ruberwa. Z’ahidi Ngoma s’est opposé à la déchéance du gouverneur du Sud-Kivu alors que les proches de Joseph Kabila lui imputaient les événements malheureux survenus récemment dans la ville de Bukavu. Jean-Pierre Bemba est en froid avec Joseph Kabila au sujet du dossier de la Cpi impliquant le vice-président en charge de la commission économique et financière dans des crimes contre l’humanité commis en Centrafrique.

Il s’ensuit que les affaires de l’Etat en pâtissent. Cette méfiance et tant d’autres bouderies ne peuvent avoir comme conséquence que de vicier les rares réunions des commissions et du gouvernement. Lesquelles sont devenues tout à coup le cadet de leurs soucis. Les tenants de la thèse selon laquelle il n’existerait pas un leadership responsable en Rdc s’en trouvent confortés.

Que dire alors ? Le schéma 1+4 s’est désintégré de lui-même car ses artisans ont foulé aux pieds tous les ingrédients qui fondaient l’Accord global et inclusif ainsi que la Constitution de la transition. Après avoir rompu le consensus et quasiment raté les cinq objectifs de la transition, les belligérants d’hier ne veulent plus du 30 juin 2006 comme date de la fin de leur pouvoir provisoire de deux ans assortis d’un bonus de deux fois six mois.

LA BOURDE

DE MALU MALU

Par ailleurs, le processus électoral bat de l’aile. Les ratés se multiplient au fur et à mesure que l’on s’achemine vers le mois de juin 2006. Pour preuve ce coup de théâtre signé Abbé Malu Malu. Le président de la Cei s’est hâté d’annoncer la campagne électorale à l’élection présidentielle en s’accrochant au premier alinéa de l’article 110 de la Loi électorale. Celui-ci stipule que la campagne électorale est ouverte vingt-quatre heures après la publication de la liste définitive des candidats et prend fin vingt-quatre heures avant l’ouverture du scrutin.

Mais, le prêtre président a fait exprès d’ignorer la substance de la première partie de l’article qui relève : « sans préjudice des dispositions de l’article 28 de la présente loi ». L’article 28 stipule clairement que: « la campagne électorale est ouverte trente jours au maximum avant la date du scrutin et s’achève 24 heures avant cette date ».

La précipitation de l’Abbé Malu Malu a été telle qu’il a oublié qu’il devait au préalable rendre public le calendrier électoral définitif, comme promis. Ce qui éclairage sur les prochaines étapes à franchir dans le processus. Cela s’appelle « aller vite en besogne ». Car, il se serait dédit quelques heures plus tard, laissant l’opinion dans une confusion inextricable.

LE SILENCE DU CIAT

Le processus électoral, quoique ayant du plomb dans l’aile, a pris le pas sur le fonctionnement normal des institutions de la République. D’aucuns anticipent en disant que le pouvoir est dans la rue. Car, c’est là que se discute désormais l’avenir du pays.

Tout se passe donc comme si le Ciat, autre institution de la transition, avait passé larme à gauche. Son accompagnement de la transition s’est tout à coup interrompu sans que l’on sache trop pour quelle raison. Serait-il à court de communiqués de presse auxquels il avait habitué l’opinion publique ? Difficile à dire. Toutefois, les analystes souhaiteraient que les chefs des composantes et entités libèrent leurs représentants ayant des ambitions au bénéfice de technocrates pour le reste de la période de la transition. Il y va de la sauvegarde du fonctionnement des institutions de l’Etat.

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