Chers Compatriotes !
Quarante six ans après l’indépendance de notre pays, la République Démocratique du Congo, Vous avez tous cru et espéré, et avec raison, que le moment était enfin venu pour renouer avec la démocratie en vue de recouvrer votre souveraineté, de rétablir la paix et de garantir la dignité et la prospérité pour nous et pour nos enfants. Vous avez cru, comme en juin 1960, aux promesses alléchantes et aux chimères que les vendeurs d’illusions vous ont faites, en présentant leur schéma de processus électoral qu’ils avaient déjà savamment concocté en amont, comme étant la seule voie de salut pour sortir de la crise, et comme étant la baguette magique qui allait faire disparaître la guerre et ses cohortes de misères qu’eux-mêmes Vous ont apportées à travers la guerre de l’occupation qu’ils nous ont imposée.
Et malgré nos cris d’alarme dénonçant le danger que représentait ce piège électoral qui n’avait pour but que d’enraciner et de légitimer le processus d’occupation et d’exploitation scandaleuse de nos richesses, Vous ne nous avez pas écouté, tant votre espérance pour recouvrer votre souveraineté était trop forte. Ainsi Vous avez décidé souverainement d’exercer votre droit légitime de Souverain primaire en assumant pleinement votre responsabilité devant Dieu et devant l’Histoire. Nous avions ainsi compris le bien fondé de vos aspirations légitimes, et c’est pourquoi nous avions décidé de respecter votre choix et de Vous accompagner avec nos conseils dans ce processus électoral. Mais ce faisant, nous avions décidé de nous abstenir de nous engager nous-mêmes dans ce processus électoral, car nous connaissions mieux que quiconque le degré de détermination des puissances extérieures qui avaient engagé des gros moyens financiers, politiques et militaires pour protéger leurs intérêts. Et nous savions aussi que ces lobbies ne lâcheraient prise pour rien au monde ! Nous ne nous faisions donc pas d’illusion sur le sort final de ces élections. Voilà pourquoi nous ne sommes pas surpris aujourd’hui du résultat final de la mascarade et par conséquent, nous ne pouvons être découragés comme la grande majorité de notre peuple en ce moment.
Chers Compatriotes,
Maintenant que ce fameux processus électoral vient de révéler tous les dessous des cartes que nous vous dénoncions depuis le début, maintenant que tous les masques sont tombés et que vous pouvez désormais voir les visages des acteurs et des souffleurs en pleine lumière, maintenant que les mirages derrière lesquels Vous courriez hier viennent brusquement de disparaître devant vos yeux hagards, vous livrant le spectacle désolant du mensonge et de la supercherie, maintenant que la vérité que je Vous ai promise au début de cette année 2006 vient enfin de Vous apparaître dans toute sa laideur et dans toute sa cruauté, j’estime que le moment est enfin venu pour faire avec Vous, dans la sérénité d’esprit, le bilan de ce parcours électoral afin d’en évaluer l’impact et de dégager ensemble des nouvelles orientations pouvant nous permettre de poursuivre notre marche pour atteindre les nobles objectifs de paix, de stabilité, de souveraineté, de dignité et de prospérité pour nous-mêmes et pour nos enfants.
Chers Compatriotes,
Tous les observateurs sérieux et honnêtes reconnaissent unanimement, même s’ils ne le déclarent pas publiquement pour des raisons évidentes, que le processus électoral qui vient de se dérouler en République Démocratique du Congo a été un double échec tant pour les Congolais que pour les organisateurs de ce scrutin. Premièrement, ces élections, contrairement aux promesses des organisateurs, n’a pas réussi à atteindre les objectifs politiques qui lui avaient été assignés, entendez la pacification et la réunification du pays, la réconciliation des Congolais entre eux, et la stabilité des institutions pour permettre l’instauration d’une 3e République stable et réellement démocratique. Deuxièmement, ce processus électoral devait ouvrir la voie à l’instauration de la démocratie en RDC, avec la pratique des valeurs de liberté et d’égalité pour tous les citoyens de la République. Cependant, force est de constater, à moins d’être aveugle ou de mauvaise foi notoire, qu’aucun des objectifs visés par les élections n’a été atteint. Bien au contraire, les perspectives politiques et sociales qui s’ouvrent après les élections dans notre pays sont plus sombres et plus inquiétantes que celles qui prévalaient avant les élections. C’est pourquoi il me paraît important de disséquer brièvement le contenu de ces deux échecs, avant d’envisager les conséquences et les leçons à en tirer.
S’agissant du premier échec relatif aux objectifs de la transition issue de l’Accord global et inclusif, aucun des cinq préalables n’a été réalisé pour établir la paix, la réconciliation nationale, l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national et pour mettre sur pied une armée nationale et républicaine. Bien au contraire, le pouvoir d’occupation, ayant échoué devant les objectifs fixés, et ayant refusé, pour des raisons d’intérêts propres, de trouver des solutions aux problèmes profonds de la crise qui déchire le pays et le peuple, a plutôt préféré imposer des élections bâclées sur fond de crises demeurées intactes. Ce faisant il n’a fait qu’exacerber la situation déjà catastrophique à tel enseigne que l’atmosphère prévalant d’avant les élections apparaît de loin préférable à celle qui s’est installée au pays depuis la proclamation des résultats définitifs de ces élections. Notre inquiétude est d’autant plus grande quand nous prenons en compte le retrait des forces militaires européennes dont le mandat prend fin ce jour même, sans oublier la fin très prochaine du mandat des forces onusiennes.
Or le retrait de ces forces internationales qui ont imposé une paix de baïonnette très fictive pour justifier l’organisation des élections bâclées, va créer un vide énorme, abandonnant ainsi à son triste sort le peuple congolais affaibli, avec tous ses problèmes intacts, au milieu des bandes armées hostiles et suréquipées, prêtes à s’entredéchirer au premier signal d’alerte !
Cet échec a eu et aura donc des conséquences diverses pour le pays et pour tout le peuple tout entier :
La souveraineté du peuple congolais a été foulée au pied, provoquant un profond sentiment de frustration et de colère légitime ;
L’unité nationale et la paix sont profondément entamées et menacées suite d’une part à l’absence d’une armée nationale républicaine et d’autre part, à l’existence des milices armées au service d’individus et de groupes d’individus ;
L’intégrité du territoire national est toujours inexistante, suite au refus du pouvoir d’occupation d’installer une armée nationale capable de défendre les frontières nationales et de mettre hors du territoire national toutes les armées d’occupation qui violent et pillent chaque jour notre pays;
La paix, la stabilité et la réconciliation nationale sont plus que jamais compromises ! Car, avec le retrait très prochain des troupes de l’EUFOR et de la MONUC d’un côté, et la reprise des combats à l’Est par les troupes rwandaises de Nkundabantware de l’autre, sans compter les tensions grandissantes entre les différentes milices congolaises et étrangères, les conditions d’une implosion de tout le pays sont plus que jamais réunies.
En outre, les velléités d’une dictature féroce qu’affiche déjà le maître d’occupation, Joseph KABILA, à travers des actes de violence et des arrestations arbitraires auxquelles nous assistons déjà depuis le début de ce processus électoral, annoncent la fin des illusions qu’on a vendu au peuple congolais. L’arrestation arbitraire des pasteurs KUTHINO et BOMPERE qui moisissent dans les geôles de la prison depuis des mois, l’assassinat sauvage du journaliste NGYIKE et de son épouse, l’assassinat du Major BONOBE en plein milieu du camp militaire de Badiadingi, l’assassinat du journaliste BAPUWA à son domicile, l’arrestation arbitraire du Pasteur NGOY et l’assassinat d’une chrétienne et fidèle de son église, abattue à bout portant devant l’église par la milice de Joseph KABILA, la déportation de plus de 700 jeunes (shégués) dans des goulags du Katanga où furent exécutés en son temps le général MASASU et nombre d’officiers ex- FAZ , l’arrestation arbitraire de Maître Marie-Thérèse NLANDU MPOLO-NENE et les tortures que les services de l’ordre ont exercées sur elle, tous ces actes présagent d’un régime répressif et sanguinaire qui entend museler le peuple congolais, sous le manteau sacro-saint de la démocratie.
En examinant le deuxième échec, celui relatif à la démocratie proprement dite, nous constatons que le non respect du calendrier pour la réalisation des préalables du processus électoral, et le non respect de la constitution ainsi que de la loi électorale auront été à la base de cet échec de la démocratie en République Démocratique du Congo. En effet, l’absence d’identification et de recensement n’aura pas permis de résoudre les problèmes de la crise identitaire et de la connaissance de la démographie réelle en RDC. Cette situation, conjuguée avec une opération d’enrôlement bâclé, a préparé expressément le terrain aux nombreux cas de tricherie et de fraude électorale qui ont émaillé l’organisation de ces élections.
Plusieurs cas de négligence, de manipulation, de tricherie et d’arbitraire dont nous allons épingler quelques uns démontrent que l’expérience de la démocratie espérée au travers de ces élections a été plutôt une lourde déception pour les Congolais et l’Afrique. En effet, s’agissant par exemple du référendum constitutionnel, nous avons tous constaté que cette constitution importée de l’Université de Liège en Belgique n’avait fait l’objet d’aucune campagne d’explication préalable auprès du peuple et de plus, son vote a été réalisé sans la connaissance du texte par ce dernier. Aussi a-t-on observé qu’aucune alternative de vote négatif n’était prévue par les organisateurs. Chose plus grave, après le vote de cette constitution et sa promulgation, la RDC a été le seul pays au monde où deux constitutions sont restées concurremment en vigueur pendant plusieurs mois, utilisée chacune selon le bon vouloir des organisateurs et des dirigeants de la transition. Alors que partout au le monde, la promulgation d’une nouvelle constitution met automatiquement fin à la constitution précédente.
Quant au processus d’enrôlement, nous nous rappelons de la tricherie et du non respect de la constitution au sommet de l’Etat avec un enrôlement du Général-Major Joseph KABILA qui n’a pas été précédé de sa démission préalable de sa fonction de militaire. Aussi l’enrôlement des Angolais au Katanga et des Rwandais au Kivu fait-il également partie du lot de cette tricherie électorale programmée. D’une manière générale, il y a lieu de relever que l’opération d’enrôlement en RDC a été sciemment bâclée dans la logique d’une mascarade électorale dont le monde est aujourd’hui témoin.
Chers Compatriotes,
Le constat amer que le peuple congolais a tiré de ces élections est d’abord que celles-ci n’ont apporté aucune solution aux problèmes de la crise congolaise, mais qu’au contraire, elles ont plutôt élargi la voie à une crise beaucoup plus vaste et plus profonde. Par ailleurs, par le refus de reconnaissance de l’expression de la volonté du peuple tout au long du processus jusqu’à la proclamation du résultat final, cette attitude des organisateurs de ces élections aura jeté un épais rideau de méfiance entre la Communauté Internationale et le peuple congolais.
En effet, ce peuple congolais, à qui l’on expliquait que l’organisation des élections avait pour motivation et but de se débarrasser des gouvernants incompétents et douteux pour se choisir des nouveaux dirigeants de son choix, ce peuple découvre aujourd’hui qu’il est le dindon de la farce et qu’on s’est servi de lui comme d’une marionnette pour légitimer le pouvoir d’occupation mis en place par les puissances extérieures. Maintenant donc, le peuple congolais a enfin la preuve que ces élections précipitées et bâclées n’avaient pour seul objectif que de légitimer l’imposture au sommet de l’Etat.
Aussi, nulle part au monde, a-t-on assisté à une élection où l’annonce de la victoire d’un président élu au suffrage universel direct a plongé tout un peuple dans la consternation et dans un silence de deuil national, au lieu de provoquer la liesse populaire dans les rues de villes et dans les champs des campagnes, comme cela s’est passé en RDC. Alors qu’à contrario, lorsque qu’une rumeur a annoncé la victoire du candidat déclaré perdant, on a vu le peuple congolais jeter son manteau de deuil et se ruer dans les rues pour crier sa joie. Qui a dit que la démocratie était l’expression de la volonté du peuple au Congo?
De même nulle part au monde, l’on a vu un président élu mobiliser des chars de combats, faire venir des troupes étrangères occuper les villes et les points stratégiques de son pays, et déployer à travers la capitale des troupes combattantes dans le but de mater le peuple qui vient de l’élire ! Et pourtant, en plus des troupes angolaises déjà déployées par plusieurs milliers dans la capitale congolaise et dans plusieurs villes à l’intérieur du pays, en plus des centaines de troupes malawites déployées à Kisangani, en plus des milliers des interhamwes dont un grand nombre a été casé secrètement à Masina dans le quartier «Apocalypse», Joseph KABILA, candidat proclamé vainqueur par la Communauté internationale vient de dépêcher une délégation actuellement en négociation en Tanzanie pour lui envoyer 10.000 hommes de troupes pour assurer sa sécurité et la stabilité de son pouvoir. Au moment où l’on prétend qu’il n’y a pas de moyens financiers pour mieux payer le soldat congolais ni pour mettre sur pied une armée nationale congolaise, comment Joseph KABILA trouve-t-il des fonds importants pour supporter l’expédition des armées étrangères sur notre territoire ? Comment un chef d’état congolais aurait-il peur des militaires congolais pour ne s’entourer que des étrangers. Ceci est plutôt révélateur de l’identité réelle de l’imposteur placé au sommet de nos institutions.
Enfin nulle part au monde, l’on a vu un président élu au suffrage universel direct fuir la pression et la colère du peuple qui vient de l’élire pour aller prêter serment loin de la capitale, le siège des institutions politiques. Pourtant, c’est ce que projettent les services de protocole et de sécurité de Joseph KABILA qui sont actuellement divisés sur le choix entre Kisangani et Bukavu pour y organiser les cérémonies de la prestation de serment. Cette situation cocasse met à nu toute la dimension de la mascarade électorale qui vient de se dérouler en République Démocratique du Congo. Ceci devrait donc interpeller les organisateurs et les parrains de ces élections bidon, car ils devraient déjà se demander comment et à partir d’où leur poulain saura-t-il demain diriger le Grand Congo?
Chers Compatriotes,
A la lumière de la situation décrite ci-dessus, et devant le danger évident qu’elle représente pour l’avenir de la nation toute entière et pour celle de la postérité, chaque Congolaise et chaque Congolais doit se sentir interpellé au plus profond de sa conscience patriotique pour résister au processus d’occupation, de balkanisation, et de déliquescence de notre pays.
Chaque Congolaise et chaque Congolais devraient considérer cette expérience électorale que nous venons de vivre, non comme la fin du monde, mais comme une simple étape de notre lutte vers la souveraineté et la dignité de notre peuple! Car, comme nous Vous l’avons dit à maintes reprises, les élections n’ont jamais été une panacée pour un peuple, elles constituent plutôt l’aboutissement d’un sérieux travail de fond qui a été volontairement ignoré dans le cas de notre pays.
C’est pourquoi, je lance un vibrant appel à l’unité nationale de tous les Congolais au-delà de leurs divergences d’ordre régional, ethnique, religieux ou idéologique. J’invite les patriotes de toute la classe politique congolaise à prendre sans tarder la vraie mesure du danger imminent qui guette l’existence de notre pays et de notre peuple en tant que Etat et en tant que nation, et à ne pas se contenter des offres alléchantes d’argent et des postes qu’on leur offre. Car personne ne saura jouir demain de tous ces avantages, si le pays venait à sombrer dans le tourbillon de la violence et du chaos.
Devant cette perspective évidente d’une crise plus profonde et plus cruelle dans laquelle nous plongent inéluctablement ces élections dites démocratiques, j’invite tout le peuple congolais, hommes et femmes, jeunes et vieillards, religieux et laïcs, militaires et civils, à se dresser comme un seul homme pour opposer une résistance farouche contre la mort programmée de notre pays et de notre peuple. Nous devons tout faire pour que les étrangers qu’on a introduits dans nos frontières ne versent plus le sang de nos frères et sœurs !
Nous devons donc nous sacrifier aujourd’hui pour que des générations futures vivent dans la paix et dans la dignité. Nous devons bannir le découragement et la peur de l’échec. Dans le combat de la liberté et de la dignité d’un peuple, le temps ne compte pas. Seules la détermination et la foi d’un peuple arrivent à bout de tous ses adversaires quelles que soient leurs forces.
Peuple congolais,
Notre combat est juste car il est aussi divin ! En effet le droit au sol, le droit à la dignité, le droit à la liberté, le droit à la prospérité sont dans la parfaite volonté du Dieu Créateur ! Un peuple débout et marchant vers le pays promis a droit à compter sur le puissant soutien de Dieu ! Nous devons donc nous unir dans l’amour et dans la fraternité pour poursuivre inlassablement notre juste combat.
Nous avons reçu de nombreux cris d’angoisse des patriotes congolais tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et qui nous demandaient ce que deviendra notre peuple demain, et ce qu’il fallait faire pour éviter le pire. Nous voulons leur répondre très clairement que nous n’abandonnerons jamais notre pays et notre peuple, tant que Dieu nous fera grâce de son souffle de vie. Nous nous maintiendrons tout entier au front, à la disposition de notre peuple jusqu’à la victoire finale. Et contrairement aux apparences, cette victoire n’est plus lointaine ! Pour cela, nous procéderons dans les prochains jours à la restructuration et à la redynamisation d’une vaste structure humaine à travers toute la République. Nous communiquerons ensuite des nouvelles directives à tous les groupes et sous-groupes des patriotes qui se mettront débout pour la poursuite de ce noble combat pour la liberté et pour la prospérité de notre peuple.
Notre pays pleure déjà plus de cinq millions de morts des suites de cette agression et de cette occupation étrangères. Nous devons donc éviter toute violence, toute agressivité et tout conflit inutiles entre congolais. Nous devons protéger nos biens et tout notre patrimoine national. Nous devons prouver aux peuples du monde entier que nous sommes capables de défendre notre souveraineté dans la fermeté et dans la dignité.
Avec l’aide de Dieu, nous nous battrons donc jusqu’au bout pour instaurer dans notre pays, la République Démocratique du Congo, non une démocratie de façade où les puissances extérieures parlent et décident en lieu et place du peuple souverain, mais une démocratie où le peuple congolais sera le seul maître de son destin, capable de décider de son avenir et des hommes ou des femmes qui devront garantir sa souveraineté, sa dignité et sa prospérité pour aujourd’hui et pour des générations à venir.
Que Dieu bénisse et protège la République Démocratique du Congo et son peuple !
Fait à Paris, le 30 Novembre 2006
Honoré NGBANDA-NZAMBO KO ATUMBA
Président national de l’APARECO
