La proclamation, par la Cour suprême de Justice, de la victoire du président sortant Joseph Kabila est accueillie comme une douche froide par des Congolais vivant au Congo et à l’étranger. Un internaute suspecte le président élu d’être de connivence avec Laurent Nkunda.
Près d’une semaine après l’annonce de l’arrêt de la Cour suprême de justice confirmant la victoire de Joseph Kabila au second tour de l’élection présidentielle, l’ambiance générale dans les milieux congolais reste dominée par une grande déception. Le message de félicitation adressé, au président élu, par le président du PPRD-Canada, au nom de la « communauté congolaise » vivant dans ce pays d’Amérique du Nord est à peine audible devant le grand chahut anti-kabiliste. « (…). On veut nous imposer un apatride incompétent comme président. (…). Je récuse Joseph Kabila comme président et déclare la vacance à la Présidence de la République démocratique du Congo, un pays trop grand pour être dirigé par un analphabète », peut-on lire sur la toile. « Cela ne veut pas dire que Jean-Pierre Bemba était le chouchou des Congolais, lance un étudiant finaliste en droit à l’ULB commentant ce message électronique. Une chose est sûre : la grande majorité de nos compatriotes ont profité de récentes consultations politiques pour dire qu’ils ne reconnaissent pas en Kabila et ne souhaitent plus le voir à la tête de l’Etat.» Un mois après la tenue du second tour de l’élection présidentielle, il apparaît que la RD Congo vit une véritable fracture. Il y a d’un côté une minorité d’hommes et de femmes qui, directement ou indirectement, tire un profit matériel du fait de leur proximité avec l’actuel chef d’Etat. Pour préserver un plan de carrière, ces hommes et femmes ne jurent que par Joseph. De l’autre, il y a la grande majorité de Congolais qui, déçue par le bilan politique et socio-économique, ont « voté » pour des mutations radicales tant au niveau institutionnel que du personnel dirigeant. La déception paraît grande dans ce second cercle. Une visite même furtive des Sites de discussions (Congovista, Congokin-Tribune …) permet de prendre la mesure de la frustration perceptible au sein de la communauté congolaise. En tous cas, Joseph Kabila, est perçu, à tort ou à raison, comme un usurpateur d’une victoire qui revenait « de droit » à Jean-Pierre Bemba. Pire, il conforte son image de dirigeant imposé par la « communauté internationale »(d’aucuns parlent d’une certaine maffia internationale économico-financière) afin de garantir la pérennité des contrats – unanimement qualifiés de « léonins » – signés pendant et après la guerre 1998-2003. « Ce n’est pas mon président ! », assène un internaute aussitôt après l’annonce de la décision de la Cour suprême de justice. Un autre d’enchaîner : « Victoire bololo ». Traduction : victoire amère. Sur le site Internet www.kabiladoitpartir.com, le rédacteur en chef, Simon Mbongwana Ngapale, commence par rappeler son credo : « Kabila doit partir ». L’homme considère le départ de l’actuel numéro un Congolais comme la condition sine qua non pour que la population puisse vivre dans « un pays où règne la paix, un pays débarrassé des milices privées de tous bords, un pays où l’on peut circuler librement d’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, un pays avec une économie forte où l’on peut s’exprimer sans être enfermer dans un des cachots des services spéciaux de la police à Kin-Mazière. » S’agissant de la guerre qui a repris dans la province du Kivu, certains internautes n’hésitent pas à suspecter « Joseph » d’être de connivence avec le général mutin Laurent Nkunda Mihigo qui y fait la pluie et le beau temps depuis juin 2004. La visite de Joseph Kabila à Goma suscite de commentaires : « C’est vrai que Kabila peut en un clin d’oeil redonner la paix au Kivu car cette fausse guerre de Nkunda est parrainée par Kigali », note en liminaire un internaute. Celui-ci de poursuivre : « Nkunda et Kabila sont, tous, deux officiers de FPR et obéissent a Kigali. Si Kabila avait perdu les élections, une des solutions pour lui était de reconquérir le pouvoir en utilisant la rébellion de Nkunda. Comme il a gagné, vous verrez que la guerre va cesser, il va pardonner à Nkunda et le réintégrer dans notre armée. C’est ça que nous voulons dire en parlant de l’ennemi qui est déjà chez nous. » Dans une formule cruelle, l’homme de conclure : « Kabila est le petit serpent qui s’est introduit dans la maison Congo». Coïncidence ?
Au moment de boucler ce « papier », un des correspondants particuliers de Congoindependant.com, dans la province du Katanga, indique, dans un message électronique, détenir des indices graves selon lesquels les miliciens « Maï Maï » oeuvrant au Nord-Katanga étaient sur pied de guerre à la fin de ce mois de novembre. Pour cause : « Ils n’attendaient que l’annonce de la défaite Joseph Kabila pour déclencher une nouvelle « rébellion ». Selon ce correspondant qui a promis des plus amples détails sur cette information, ces combattants seraient instrumentalisés par un Pasteur appartenant au premier cercle du pouvoir kabiliste.
