Son Coordonnateur provincial dresse un bilan plutôt positif, malgré des difficultés essentiellement d’ordre logistique ; ou encore le scepticisme des populations qui avaient un temps rayé de leur vocabulaire le mot «élections», et qui ont du mal à croire que celles-ci auront effectivement lieu en RDC.
Le fait de confier l’organisation des élections à une structure indépendante, l’installation d’une coordination provinciale de la Commission Electorale Indépendante (CEI) à Mbandaka étaient déjà en soi une indication supplémentaire de la volonté des autorités congolaises et de la communauté internationale d’organiser, pour la première fois depuis plus de 40 ans, des élections libres, démocratiques et transparentes en RDC.
Mais dans ce pays, le scepticisme reste de mise chez certains Equatoriens qui avaient pratiquement « oublié » ce mot ; et qui se demandent si réellement les élections vont (enfin !) avoir lieu ; et si elles seront effectivement libres et transparentes. Autant dire que la tache qui attendait les membres de la Coordination provinciale de la CEI/Equateur au moment de leur prise de fonctions le 8 novembre 2004 était loin d’être une sinécure. Et c’est l’un des paradoxes de la situation à l’Equateur : la population manifeste son impatience face à la tenue des élections en RD Congo ; mais en même temps, cette même population semble douter que soient réellement organisées des élections libres, démocratiques et transparentes. Non pas qu’elle n’ait pas confiance en la CEI, mais parce que ce serait trop beau pour être vrai, « après tout ce que nous avons vécu dans ce pays », comme le déclare un Mbandakais ! Et pourtant.
Comment convaincre ces sceptiques du contraire ? Comment préparer des adultes de plus de quarante ans à un événement dont ils n’ont jamais entendu parler ou qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de vivre ? Jour après jour, la CEI/Equateur, avec l’aide de la MONUC, s’y essaie. Et d’après son coordonnateur provincial, Albert Mayoka le bilan, cent jours après son installation est plutôt satisfaisant.
« Nous exécutons à la lettre notre cahier de charges ». S’agissant du bilan des cent premiers jours de la CEI à l’Equateur, Albert Mayoka est satisfait. « Immédiatement après notre installation, indique t-il, deux taches se sont imposées à nous : nous faire connaître et faire connaître la CEI. Tout le mois de novembre a été consacré à ces deux activités. Direction Générale des Migrations (DGM), Agence Nationale du Renseignement (ANR), autorités militaires, policières et judiciaires, gouvernorat de Province, MONUC., partout, nous en avons profité pour définir les termes de la collaboration entre la CEI et ses partenaires. Nous avons ensuite été reçus par les forces vives : société civile, églises, ONGs, partis politiques, et par un groupe particulier, les femmes. Celles-ci ont payé le plus lourd tribut de toutes les guerres que le pays a connues ; elles sont également un vecteur précieux pour la sensibilisation. Aux partis politiques, il a été question de leur faire prendre conscience de l’énorme rôle qu’ils ont à jouer dans les prochaines élections. Ils doivent former leurs militants à se comporter de manière responsable, leur apprendre la tolérance et surtout le respect de l’autre. Nous nous sommes ensuite intéressés aux étudiants, groupe actif s’il en est car compte tenu du rôle qu’ils jouent dans le contexte politique actuel, il est important qu’ils connaissent les textes qui régissent la Transition et qu’ils prennent conscience du rôle qui est le leur dans la société. Nous avons également travaillé avec les syndicats, les notables, les bourgmestres et avec le maire de la Ville. Après le chef-lieu de l’Equateur, nous avons sillonné l’intérieur de la Province : Gbadolite, Lolanga, Makanza, Lusengo, Mobeka, Maita, Lissala. avec l’appui logistique de la MONUC qui a facilité nos déplacements. Enfin, nous venons de lancer notre campagne de sensibilisation du coté de la Rivière Ruki, vers la frontière avec la Province Orientale.
« Des conférences pendant les cultes » : Dans le cadre de nos activités de sensibilisation, nous avons organisé des conférences-débats avec les mêmes acteurs. D’autres conférences plus ciblées ont aussi lieu, notamment pendant les heures de culte. Ainsi, une heure du temps du culte est accordée à la CEI, et cela se fait avec les Eglises du Réveil, l’Eglise du Christ au Congo (ECC) ou encore avec la communauté musulmane. Partout, nous exposons les différentes étapes du processus électoral, le rôle et la mission de la CEI, ou encore ce fameux délai constitutionnel qui fait l’objet de multiples questions. La population soutient que les élections doivent avoir lieu au 30 juin 2005, alors que selon l’art. 196, alinéa 2 de la Constitution de la Transition, la CEI peut soumettre au Parlement une requête demandant la prolongation de deux fois six mois de ce délai, en fonction du contexte.
Pendant ces trois premiers mois, nous avons beaucoup travaillé avec les médias, toujours dans l’optique d’une plus grande sensibilisation des populations. Nous avons une excellente collaboration avec Radio Okapi/Mbandaka qui nous donne la parole régulièrement, la RTNC ou encore Radio Liberté à Gbadolite qui nous reçoit deux fois par semaine. Mais nous souhaiterions avoir plus de temps et d’espace.
Enfin, nous nous sommes nous nous sommes penchés sur l’identification du personnel électoral ; 900 personnes vont être engagées comme agents de recensement électoral, d’enrôlement ou encore de sensibilisation.»
Ce travail ne se fait pas sans difficultés ; quels sont les problèmes majeurs auxquels la CEI fait face ? Pour le coordonnateur provincial de la CEI, ceux-ci sont essentiellement d’ordre logistique. « Nous n’avons pas de moyens propres de transport et devons nous conformer chaque fois au programme de la MONUC. Cette situation entrave notre travail ; de plus, le champ de déploiement de la MONUC n’est pas le même que celui de la CEI. Avec un hélicoptère, nous aurions pu faire mieux et plus. Le président national de la CEI a écrit au Représentant Spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC dans ce sens, nous restons optimistes. Une autre difficulté est le scepticisme d’une frange de la population qui, à vrai dire, a du mal à croire que des élections auront effectivement lieu dans ce pays ; car depuis 40 ans, ils n’en ont plus entendu parler. Cette absence de culture démocratique rend difficile notre travail de sensibilisation au processus électoral. »
Enfin, pour Albert Mayoka « si l’appui de la MONUC est presque total, la CEI souhaite quand même que la mission lui consacre plus de temps, plus d’attention, plus de moyens; car c’est l’aboutissement même de sa présence ici en RDC. »
