Ngoya Suzanne, une vieille dame âgée de 65 ans, se trouve sur la liste de 50.000 inciviques dénoncés par la Commission électorale indépendante, pour avoir obtenu à elle seule deux cartes d’électeur. Elle est donc sous les verrous au cachot du parquet général de la Gombe depuis le mardi 30 mai 2006 ; pour avoir enfreint la loi. Mais cette sexagénaire clame que si faute il y a eu, la faute incombe à la Cei.
Samedi 27 mai dernier, la grand’mère Ngoya taillait bavette avec ses petits-enfants sur la rue Bolongo dans la commune de Lingwala lorsqu’un policier est venu lui remettre une convocation de la Brigade de la police judiciaire des parquets.
On la priait de s’y présenter le lundi 29 mai à 9h00’, avec la formule consacrée : «…munie de la présente. Le motif vous sera communiqué sur place »
Ne se reprochant de rien, Mme Ngoya s’est pointée très tôt ce lundi-là à l’endroit communément appelé «Casier judiciaire», dans la commune de la Gombe.
Là, elle sera introduite dans le bureau d’un inspecteur judiciaire. Après un interrogatoire serré, l’Ipj verbalisant lui fera comprendre qu’elle était accusée par le bureau de la Cei pour s’être fait enrôler deux fois, en violation de la loi.
La vieille analphabète a manqué de mots pour exprimer son étonnement. Elle s’est défendue en déclarant à l’inspecteur de police qu’ayant perdu sa première carte pendant la période même d’enrôlement, elle s’était adressée aux services concernés pour avoir un duplicata.
Mais ce sont ces mêmes services d’enrôlement de la Cei installés dans la commune de Lingwala qui lui avaient fait comprendre que le processus pour l’obtention d’un duplicata étant long et complexe, il lui était conseillé d’avoir une autre carte d’électeur, vu que l’opération n’était pas encore clôturée.
A la question de savoir dans quelle intention s’était-elle empressée d’obtenir cette nouvelle carte ; la bonne dame a répondu qu’on lui avait expliqué que la carte d’électeur émise par la Cei faisait office de carte d’identité. Donc, elle a seulement voulu se mettre en règle, étant donné qu’elle ne possédait plus des pièces d’identité depuis belle lurette.
Ne voulait-elle pas tricher au moment du vote pour favoriser un candidat de son obédience en votant pour lui à deux reprises ? Là, la grand’mère Ngoya Suzanne a rétorqué que le seul candidat sur qui elle misait était Etienne Tshisekedi de l’Udps. Celui-ci n’étant pas de la course, elle n’a nullement l’intention d’aller se faire bousculer pour donner sa voix à ceux qui n’ont pa su redonner le bonheur au peuple congolais.
Malgré sa déposition, la pauvre n’a pu être relâchée. Elle a été transférée avec son dossier au parquet général de la Gombe. « Car, le procureur général de la République est le seul habilité à trancher dans ce genre de dossier », ont fait entendre les inspecteurs.
La vieille dame croupit donc dans le cachot de ce parquet depuis la matinée du mardi 30 mai 2006, après avoir passé 24 heures dans celui du «Casier judiciaire ».
