KATANGAIS-KASAÏENS, UNE RECONCILIATION DE FACADE POUR BOUFFER L’ARGENT DE KABILA 1305

Après la pluie, le beau temps, dit-on. Mais à Lubumbashi, cet adage ne s’applique pas car après la pluie, la boue. Et Kyungu wa Kumwanza est un cas typique de quelqu’un qui s’est embourbé jusqu’au cou. Quatorze ans après avoir été le bourreau des kasaïens vivant au Katanga à qui il vouait une haine viscérale et avait donné les noms de tous les insectes de la terre, Kyungu était, le samedi 23 septembre, dans une cérémonie circonstancielle organisée par lui pour demander pardon à la communauté kasaïenne pour tout le mal qu’il leur avait fait subir ! Cette manifestation avait tout l’air d’une mise en scène minutieusement montée que certains observateurs l’ont qualifiée de « théâtre de chez- nous « . Ce pardon demandé ne constitue en fait qu’un aveu de la part de quelqu’un qui reste considéré comme le plus grand criminel que le Katanga ait connu durant ces trois dernières décennies, celui-là même qui avait planifié et fait exécuter le refoulement des congolais d’origine kasaïenne vivant au Katanga.

Suite aux conditions inhumaines dans lesquelles cette chasse aux sorcières avait été orchestrée, beaucoup de kasaïens avaient perdu la vie sur le chemin de retour dans leur Kasaï et de nombreux enfants avaient péri dans ce qui pouvait passer pour les camps de concentration  » montés dans les gares de Kolwezi et de Likasi. A cause de Kyungu, suite à ces blessures morales et physiques, katangais et kasaïens se regardent aujourd’hui en chiens de faïence. Et bien qu’ils peuvent se donner des accolades mais au fond de leurs cœurs, ils se repoussent. Bien d’observateurs avisés pensent que rien de sérieux n’était dans cette cérémonie. Au lieu de réunir les différentes souches des kasaïens du Katanga, Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza et Banza Malale, conseiller auprès du Président de la République, ont fait venir de Kinshasa les animateurs d’une asbl, aux contours flous dénommée Communauté Kasaïenne mondiale, COKAS en sigle qui prétendait parler au nom de la communauté kasaïenne. Alors de cette asbl était inconnue de la majorité de la communauté kasaïenne du Katanga et son président, un certain Ngoy Kabuya Dikatela reste un énigme, une sorte d’équation à plusieurs inconnues.
Certes à cette manifestation, on a noté la présence des certains membres du comité de crise de l’Ansalu composés de Ilunga Pacoza, Ilunga Kashama, Pr Kampetenga et Tshibangu Dibatayi, mais ils n’avaient aucun mandat d’engager la communauté kasaïenne. Crispin Lwamba, autorité morale de l’Ansalu, a plutôt profité du micro lui tendu pour faire une prêche en sa qualité d’apôtre de Jésus-Christ.
Bref, Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza et Me Banza Malale ont eu à traiter avec les gens qui n’avaient pas qualité ni mandat. Et Me Banza en sa qualité d’avocat, connaît pertinemment les retombées d’un contrat passé avec une personne qui n’a pas qualité, président de communauté mondiale kasaïenne soit-il.
Mais la grande interrogation, qui est sur toutes les bouches, est celle de savoir pourquoi Kyungu va demander pardon maintenant. Et qu’est-ce qui justifie à cette manifestation la présence fort remarquée de Banza Malale et de Kabuya Lumuna, tous deux conseillers du président Kabila.
Au Katanga, pendant le premier tour des présidentielles, il y a eu plus de 1.300.000 d’abstins. Selon certaines indiscrétions, les non originaires en constitueraient la grande majorité. Or, il se fait que parmi ces non originaires du Katanga, la communauté kasaïenne représenterait à elle seule 80% de cette couche, donc un électorat assez important à même d’influencer sensiblement les résultats. Comme il y a des antécédents, quand bien même cette communauté se rendrait aux urnes ça ne serait sans doute pas voter pour Joseph Kabila qui a approché Kyungu dont le passif repousse les kasaïens. Afin de prévenir le pire, il faudrait bricoler de toutes pièces une réconciliation entre katangais et kasaïens pour gagner cet électoral et faire passer Joseph Kabila au 2ème tour. Mais le faire avec des gens qui n’ont pas qualité et inconnus de la souche est plus que suicidaire pour le régime Kabila.
La mission a-t-elle réussi ?
Non, car les kasaïens pensent que cette démarche devait être entreprise bien des années avant, voire même à l’époque où le président Laurent Désiré Kabila venait avec l’AFDL. L’apôtre Crispin Lwamba l’avait si bien dit au Président de la République Joseph Kabila lors d’un entretien de plus d’une heure que ce dernier lui avait accordé au mois d’avril dernier à Kinshasa. Mais entreprise à trois semaines de la campagne présidentielle, cette démarche sent le rossi et semble avoir plutôt un goût propagandiste que celui d’une réconciliation sincère car, il s’agit de faire passer coûte que coûte Joseph Kabila au deuxième tour des présidentielles et dans cette optique, chaque voix des congolais compte ; kasaïenne soit-elle. Le jeu vaut la chandelle. Ce qui fait douter de nombreux kasaïens de la sincérité de la démarche. La leçon de la Fontaine à ce sujet n’est-elle pas éloquente ? « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute « .
Ensuite, que ça soit Kyungu qui le fasse, il y a de quoi remuer le couteau dans la plaie car aux yeux de nombreux ressortissants du kasaï, il demeure l’incarnation du mal. Encore qu’il y a quelques semaines, les jeunes de l’UNAFEC, parti de Kyungu wa Kumwanza, s’étaient rendus à Likasi pour semer la terreur parmi la population kasaïenne de cette ville en leur disant  » qu’au cas où ils ne voteraient pas pour Kabila, ils revivraient les événements des années 1992-1993 « . Même si c’était pour des visées électorales, Kyungu, connu pour son instabilité, est la mauvaise personne pour une telle action. Jamais, il ne rassure parce qu’il est imprévisible.
Certains kasaïens du Katanga se demandent pourquoi Kyungu doit sans cesse demander pardon car, il l’avait déjà fait plus d’une fois. Encore qu’il le fait au nom de tous les katangais. De quel katangais s’agit-il, car le découpage de cette province est déjà consommé? Qui ignore, qu’à cet effet, la population katangaise avait été manipulée et instrumentalisée à dessein par lui pour assouvir ses désirs ? M. Tshivuadi, un membre influent de la communauté kasaïenne pense que pour bien sceller cette réconciliation, qui est nécessaire pour l’harmonie et le développement de la RDC, il faudrait plutôt attendre l’après élections présidentielles. Encore que tous les ressortissants du Kasaï ne sont hostiles, ni à Joseph Kabila, ni encore à l’AMP.
Pour l’heure, il convient de noter au rouge que la Cokas demeure une grande inconnue au Katanga. Et pour s’en convaincre, c’est à la fin de la manifestation de ce samedi 23 que M. Ngoy Kabuya, son président, remettra une copie des statuts en catimini à un kasaïen du Katanga pour l’implanter. En clair donc, la section provinciale du Katanga du Cokas est un leurre.
Comme qui dirait, il y a de quoi rire. Mais dans l’entre-temps, c’est la poche de Joseph Kabila qui continue à souffrir. Pauvre Joseph qui doit payer le prix du mal que d’autres avaient commandité pour des intérêts égoïstes.

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