Joseph Kabila fragilisé par Karel de Gucht 152

From www.congoindependant.com : Karel De Gucht légitime « involontairement » la polémique sur les origines controversées du chef de l’Etat congolais.

Reçu froidement, jeudi soir, par le Président Joseph Kabila, le ministre belge des Affaires étrangères serait en colère. La journaliste Colette Braeckman du « Soir » de Bruxelles, par qui le scandale est arrivé, serait déclarée « persona non grata » au ministère belge des Affaires étrangères. Elle est accusée de chercher à mettre des « bâtons dans les roues » des relations belgo-congolaises pour avoir publié le contenu du dossier de presse distribué par les services du ministre belge des Affaires étrangères. Dossier qui contenait des données biographiques peu valorisant pour des membres de l’espace présidentiel.

Karel De Gucht va-t-il perdre le portefeuille des Affaires étrangères à l’issue de son voyage au Congo ? « Jamais ! », nous a confié une source belge bien informée. « Le Congo dans sa configuration actuelle ne vaut pas une crise politique en Belgique », a-t-elle ajouté tout en soulignant que Bruxelles regrette la divulgation du document querellé. Dans une déclaration faite vendredi 18 février par le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, celui-ci a déclaré que ce ne sont pas les écrits du quotidien « Le Soir » sur le Congo qui le préoccupent. « Ce qui me préoccupent au Congo c’est de savoir si le processus de normalisation politique avance sur le terrain. La Belgique contribue financièrement dans ce pays. C’est ça que j’attends de savoir des entretiens qui ont eu lieu entre le Président Kabila et le ministre De Gucht ». De quoi s’agit ? Dans l’avion qui conduisait le chef de la diplomatie belge, mercredi 16 février, à Kinshasa, un dossier de presse contenant des données biographiques des principaux dirigeants de la transition a été distribué aux journalistes. « On y découvre, parmi les hypothèses sur la filiation du président Joseph Kabila, qu’il pourrait être le fils d’une femme nilotique , probablement rwandaise tutsie originaire de la ville de Moba près du lac Tanganyika ou qu’il serait le fils de Kanambe (…) et de Marcelline (de pure origine tutsie) », peut-on lire notamment dans l’édition du « Soir » datée jeudi 17 février, sous la signature de Colette Braeckman. « Un autre des interlocuteurs du ministre Karel De Gucht, le vice-président Azarias Ruberwa, à la tête du RCD Goma, n’est pas plus gâté. Il se dit Munyamulenge, Tutsi congolais, originaire des hauts plateaux de la province du Sud-Kivu dans l’est du pays. Serait en fait originaire de Viura et de souche burundaise. (…) Politiquement, il est victime de ses origines, qui le font passer aux yeux de certains de ses compatriotes, en particulier à Kinshasa, pour un « Rwandais », rapporte par ailleurs notre consoeur qui cite le document contesté.

Incident diplomatique

La journaliste n’écartait pas l’hypothèse d’un « incident diplomatique » au cas où les biographies controversées faites, selon elle, de « ragots et de supputations » tomberaient entre les mains des officiels congolais. Arrivé à Kinshasa dans la soirée de mercredi, De Gucht n’a été reçu par Joseph Kabila que dans la soirée de jeudi 17. « La rencontre a eu lieu à la résidence du chef de l’Etat congolais et non à son cabinet au Palais de la Nation. Le ministre De Gucht était accompagné uniquement de l’ambassadeur Johan Swinnen. Tous les journalistes ont été renvoyés à l’hôtel Memling », indique-t-on. Au cours d’une conférence de presse tenue dans la soirée, De Gucht a confirmé la froideur de l’accueil : « J’ai eu un entretien avec le président de la République qui a commencé dans une atmosphère tendue à cause de la présence dans un dossier de presse distribué aux journalistes m’accompagnant du C.V. du président et du vice-président Ruberwa ». Et d’ajouter qu’« il n’était pas indiqué d’avoir ces documents car cela pouvait donner l’impression d’un jugement, ce qui n’est absolument pas le cas ». Dès jeudi, la francophone Isabelle Durant, chef du groupe « Ecolo » (opposition) à la Chambre, a réclamé la démission de « l’incorrigible » ministre. Une demande balayée d’un revers de la main par le chef du gouvernement belge. Vendredi 18, dans un commentaire intitulé « Diplomatie en péril », Gérald Papy, chef du « Service étranger » du quotidien « La Libre Belgique » s’interroge sur « l’aptitude de M. De Gucht » à mener une diplomatie adaptée aux particularismes et aux défis de l’Afrique centrale et à rétablir une relation de confiance suffisante avec les dirigeants congolais pour servir les intérêts de « la population locale » et de la Belgique. En Flandre, c’est le silence plat. On regrette l’incident. C’est tout. Le quotidien « De Morgen » rapporte les péripéties du voyage de De Gucht au Congo. Sans commentaires. L’envoyée spéciale du très influent « De Standaard » fait de même en soulignant néanmoins que « Joseph Kabila n’a pas intérêt à créer la tension avec la Belgique. Il n’a pas non plus intérêt a suscité de remous sur ses origines ».

Persona non grata

Au cabinet du chef du gouvernement belge, on ne cache pas une certaine irritation à l’encontre de la journaliste Colette Braeckman « qui porte une responsabilité en tant qu’actrice au lieu d’être une observatrice » des relations belgo-congolaises. Au 15, rue des Petits Carmes, siège du ministère belge des Affaires étrangères, on reproche à notre consoeur d’avoir ignoré « sciemment » les consignes selon lesquelles les documents distribués lors de ce genre de déplacement ministériel ne sert que de « back ground ». Didier Seeuws, porte-parole de Guy Verhofstadt a protesté auprès de la rédaction du « Soir » contre ce qui est considéré au 16, rue de la Loi (cabinet du Premier ministre) comme un excès de zèle de la part de la « grande spécialiste ès questions congolaises » du quotidien de la rue de Louvain. Un avis que réfute énergiquement Béatrice Delvaux, Rédactrice en chef du « Soir », qui soutient sa journaliste. Reste que « C.B. » ne serait plus invitée aux voyages du ministre des Affaires étrangères a-t-on appris. Dans une interview accordée aux quotidiens « Le Soir » et « De Standaard » datés 18 février, le chercheur belge Erik Kennes du Cédaf (Centre d’études et de documentation sur l’Afrique centrale) soutient mordicus que Joseph Kabila « est bien le fils de Laurent-Désiré et de sa première femme, Sifa Mahanya, originaire du Maniema ». Kennes dont l’épouse est originaire de la province du Katanga ajoute : « Pour des raisons de sécurité, Joseph prend alors le nom de Hyppolyte Kabange Mtwale ». Il faut dire que tous ces détails sont repris dans l’ouvrage « Histoire du Congo – Les quatre premiers présidents » dont l’auteur n’est autre que le professeur Célestin Kabuya Lumuna qui vient de créer l’événement en publiant l’arbre généalogique de Joseph Kabila. Question : Joseph Kabila était-il à ce point plus menacé que Laurent-Désiré qui avait gardé ses nom et prénom – tout en étant dans la maquis – alors que c’est lui qui était opposant au régime de Mobutu ? Dans les milieux congolais, les observateurs estiment que le ministre belge des Affaires étrangères vient de relancer en polémique en jetant un pavé dans la marre sur les origines controversées de l’actuel chef de l’Etat congolais.

Kabila doit fixer l’opinion

« Joseph Kabila ne doit plus se taire. Il doit fixer l’opinion pour arrêter les « ragots » qui se racontent tant sur ses origines que sur son parcours scolaire et professionnel », nous a déclaré un universitaire congolais. « A défaut, il va traîner cette affaire comme un boulet au pied lors des prochaines élections ». Sur le « Net », un internaute estime que seul un « test ADN » pourrait clore cette querelle. Depuis son investiture à la présidence de la République le 26 janvier 2001, au lendemain de la mort de Laurent-Désiré Kabila, les origines de Joseph Kabila ne cessent d’être un sujet à polémique. L’acte de naissance brandie lors de la cérémonie d’investiture indique le plus officiellement du monde que « Joseph » est né à Hewa Bora. Une véritablement quand on sait que cette localité est inexistante dans la nomenclature des entités administratives congolaises. C’est en revanche le nom donné par LD Kabila à son maquis de Fizi-Baraka. Le même acte d’état civil qui est ainsi entaché de fausse déclaration renseigne que Kabila junior a pour mère la dame Sifa Mahanya. « Faux », répondent en chœur des témoins crédibles qui assurent que la mère biologique du numéro un Congolais est une Tutsi rwandaise qui répondrait au patronyme de Mukambuguje. Un internaute a écrit récemment qu’elle se prénommerait « Triphonia ». Mama Mukambuguje résiderait actuellement aux Etats-Unis. A en croire cet internaure, le père de « Joseph » s’appellerait Antoine Kazembere Mtwale. D’autres sources parlent d’un certain Kanambe Christopher. Le 17 décembre dernier, « congoindependant.com » a publié une lettre ouverte adressée à Joseph Kabila émanant d’un certain Mbanza Gukeba. Celui reprochait au chef de l’Etat congolais sa volonté désespérée d’éviter que « les Congolais connaissent la vérité » sur ses origines et les liens qui le rattacheraient à Mama Mukambuguje, « la mère Tutsi qui vous mit au monde en même temps que Jeannette, votre sœur jumelle, et plus tard Selemani, votre petit frère ». Selon Gukeba, Joseph serait « réellement un fils Kabila ». L’homme de raconter que le Mzee Laurent -Désiré Kabila est arrivé à Kinshasa le 22 mai 1997 en provenance de Lubumbashi. Mama Mukambuguje l’y a rejoint incognito dans la soirée du 30 juin 1997. Ils habitaient dans l’actuelle résidence présidentielle dite « La raquette » en attendant l’achèvement des travaux de réfection du Palais de marbre.

Un thème de campagne inespéré

« Janvier 1998, la réhabilitation du Palais de Marbre est achevée et Mzee Laurent -Désiré Kabila décide d’y emménager, mais sans votre maman. Car s’y opposent farouchement Gaétan Kakudji et Mwenze Kongolo, les deux faucons du régime dont les sentiments antirwandais s’aiguisent de plus en plus », note-t-il. Et de poursuivre que l’épouse du chef de l’Etat doit se contenter de la villa n° 42 de la Cité de l’Oua dédiée à la Tanzanie. Gukeba de donner quelques détails sur la vie à la présidence. Au Palais de Marbre, écrit-il, Julienne, « votre demi-sœur » tient le rôle d’intendante domestique du Président, pendant que Chantal Umari-Nyota, une jeune femme tutsie originaire du Nord-Kivu, est intendante officielle de la présidence de la République. C’est en août 1998 que Mama Mukambuguje aurait été exfiltrée lors de la chasse aux Tutsis déclenchée à Kinshasa. Direction : les Etats-Unis. Les Congolais ont dû attendre le mois de décembre 2002 pour prendre connaissance du curriculum vitae de leur Président grâce à une dépêche de l’Agence France presse. Un C.V. maigrichon qui laisse beaucoup de questions sans réponses sur le parcours de la vie de l’intéressé. En tous cas pour des analystes congolais, ce n’est pas l’ascendance tutsie de Joseph Kabila qui fait problème mais plutôt la volonté de « cacher » une partie de son passé. A Bruxelles la « gaffe » de Karel De Gucht est perçue comme un « acte délibéré » destiné à préparer l’opinion. A quoi ? Selon un militant politique congolais, «la Belgique a voulu envoyer à Kabila un « signal fort » afin qu’il renonce à se présenter aux élections présidentielles ». Pour notre interlocuteur, le patron de la diplomatie du royaume vient de donner aux rivaux du chef de l’Etat sortant un « thème de campagne inespéré ». Selon lui, « Karel De Gucht, ministre d’un pays qui connaît le Congo parfois mieux que les Congolais eux-mêmes vient de légitimer les doutes qui planent sur les origines de Kabila junior ». Une appréhension qui semble partagée au sein de l’entourage du successeur de Mzee où l’on s’interrogeait jeudi soir sur les « motivations réelles de ce ministre si peu diplomate ».

Nana Bitsho www.congo independant.com

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