La République Démocratique du Congo (Rdc) s’achemine vers la fin de sa transition. Les élections générales qui vont être organisées à partir du mois prochain, vont permettre à ce vaste pays (2.345.000 Km2, 42.280.000 habitants) de tourner définitivement la page noire de son histoire et l’aider à entrer dans une ère de paix et de démocratie. Pourtant, la peur d’une autre guerre et les signes d’une fragmentation de ce «continent dans un continent » sont déjà perceptibles. Des rumeurs folles et des documents souvent distribués à des fins de propagande sont déversés dans le pays. Mais, nombreux font état de la balkanisation du grand Congo, et révèlent que le président Joseph Kabila est en train de jouer le rôle de Mikhaïl Gorbatchev dans la dislocation de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (Urss).
Cependant, si la colonisation nous a surpris dans la danse c’est dans le rêve que la balkanisation du Congo-Kinshasa va nous surprendre, à en croire tous ceux qui la prophétisent. D’ailleurs, nous-même nous avons fait un rêve.
Rêve puéril ou rêve prémonitoire ?
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En effet, hier, j’ai dormi profondément comme un saoulard. Pourtant, il ne m’est pas habituel de faire une longue sieste comme dans une caserne militaire au Congo Brazzaville où les officiers supérieurs et généraux, obèses, se permettent de prolonger leur sieste pendant des heures et des heures même quand des coups de feu bien nourris envahissent la ville-capitale. C’était le cas le 18 Mars 1977, lors de l’assassinat du président Marien Ngouabi !
Cependant, dans ma petite mort, j’ai passé tout mon temps à traîner dans les couloirs d’un grand hôpital. Puis, je me suis arrêté devant le bloc opératoire. Mais, je ne savais pas pourquoi le bloc opératoire avait accroché mon attention et arrêté mes pas. Pourtant, dans mon jeune âge, je n’ai jamais eu la vocation d’un chirurgien. Néanmoins, j’étais là et je guettais à travers un œil-de-bœuf pour prendre quelques images sur la vie d’un bloc opératoire. Mais, ce jour là, ce n’est pas une personne humaine que l’on opérait. J’ai vu couchée sur une table, la République Démocratique du Congo. Autour d’elle, se tenait un représentant de l’Organisation des Nations Unies qui veillait à ce que l’opération se passe sans beaucoup de risques; des représentants de quelques grandes puissances occidentales à savoir les Etats-Unis d’Amérique, La Grande Bretagne, la France et la Belgique, mais aussi celui de la Chine puisque la grande puissance de demain, tenait elle aussi, à être présente et avoir, déjá, une parcelle en Afrique. Néanmoins, tous tenaient des ciseaux et s’acharnaient sur le Congo-Kinshasa, le frère jumeau du Congo Brazzaville. « Paraît-il que le phénomène de la balkanisation de certains Etats, serait, aujourd’hui, la meilleure solution à tous les conflits qui ont pour cause la cohabitation des tribus ou des peuples ». Me dit une voix inconnue.
La complicité des Chefs d’Etat africains
Dans tous les coins de la même salle, je vis tous les chefs d’Etat africains. Eux, avaient dans leurs mains des serviettes, des serpillières et des torchons qu’ils avaient mélangés dans des vases (pourtant, on ne mélange pas tous ces linges ! recommandent les règles d’hygiène) et qui leur permettaient d’effacer le sang qui coulait sur la table, les carreaux et les blouses que portaient les représentants de l’Onu et des puissances occidentales et orientale. Et, de temps en temps, eux aussi venaient autour de la malade pour souffler sur ses plaies. C’est ainsi qu’ils croyaient atténuer ou diluer les douleurs que ressentait le Congo. Mais, le Président Joseph Kabila n’était pas dans la salle.
Joseph Kabila dans le rôle de Mikhaïl Gorbatchev ?
Le Président Joseph Kabila n’était pas dans le bloc opératoire. Il était sur les planches du plus grand théâtre de la ville de Kinshasa. Il jouait le rôle de Mikhaïl Gorbatchev dans la fragmentation de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (Urss). Pourtant, je le voyais aussi proclamer la renaissance du Congo. Je le voyais organiser les élections générales dans ce même Congo, entre avril et juin prochains, et chanter la victoire du Congo et des Congolais au bout d’une longue et tumultueuse période de transition. Cependant, comme le Président Joseph Kabila, les quatre vice-présidents de la République, eux aussi, n’étaient pas dans la salle de chirurgie. Ils étaient avec leurs militants et tenaient des meetings. Des meetings qui quelques heures seulement étaient transformées en des orgies.
Ruberwa entonna la chanson de la balkanisation
Ruberwa entonna la chanson de la balkanisation et proclama un Etat indépendant à l’Est du Congo. Il est soutenu, dans sa démarche, par le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et la Tanzanie. « Une démarche qui concourt à la construction de ce que l’on appelle déjà dans certains milieux « Empire Hima ». Un vaste projet qui regrouperait tous les peuples nilotiques dispersés dans beaucoup d’Etats d’Afrique. Et qu’une bonne partie de l’Est du Congo démocratique serait une propriété privée du Roi Salomon. Il faudra donc la reconquérir » me dit encore la voix inconnue.
Jean-Pierre Bemba reprit le refrain dans l’Equateur et à Kinshasa
Puis, je vis Jean-Pierre Bemba, reprendre la même chanson. En effet, soutenu par les Mobutistes et certains Chefs d’Etat d’Afrique centrale, il profita du boycott des élections par Ruberwa dans la partie orientale du Congo pour légitimer une guerre contre Joseph Kabila qu’il prit pour un traître et un complice de Ruberwa. Cependant, soutenu par les populations de Kinshasa et les Mobutistes, Bemba proclama un Etat indépendant et s’empara de Kinshasa, la ville-capitale. « Koffi Olomidé, Werrason et les jeunes des Marquis de Maison mère n’ont-ils pas déjà, dans leurs dernières sorties, dépoussiéré quelques partitions du temps fort de Mobutu ? Et, le Parlement congolais n’a-t-il pas exhumé la tête du léopard qui fut l’insigne fondamental du Zaïre de Mobutu ? » me demanda la même voix inconnue.
Olivier Kamitatu, Kisenga, Zahidi Ngoma, Yérodia Ndombassi et Tshisekedi entrèrent, eux aussi, dans la danse. En effet, ils repartirent, tous, vers leurs régions respectives (Bas Congo, Bandundu, Kasaï) et créèrent, eux aussi, des Etats indépendants. « Qui a dit que la balkanisation de l’Afrique était achevée ? » me demanda encore la voix inconnue.
Joseph Kabila, le « Congolais venu de nulle part » ?
Cependant, au grand théâtre de la ville, le Président Joseph Kabila joua le rôle de Gorbatchev jusqu’à la fin de la représentation. Et, lorsqu’il sortit de la salle des spectacles, il vit le Congo fragmenté et balkanisé. Il vit la ville-capitale noyée par des effigies de Mobutu. La queue entre les jambes, comme un chien suffisamment abattu par son maître, il sortit de la ville et alla se réfugier dans le Shaba, la lignée de son père, où il créa, lui aussi, un Etat indépendant. D’ailleurs, on apprend à Kinshasa que ce dernier aurait déjà installé son quartier général dans cette région riche en cuivre, manganèse, plomb et uranium. Une région qui a les dimensions de certains Etats européens.
Mes oreilles attendent le discours de Elikia Mbokolo, Théophile Obenga, Dominique Ngoie Ngalla…
Mon téléphone portable sonne et me réveille brusquement de mon long sommeil. Je sursaute de mon lit pour le prendre et répondre à l’appel. Mais, je n’arrive pas à prendre mon petit appareil. Mon rêve a ébranlé mes os et tout mon courage. « Les Blancs ont encore réussi à diviser pour mieux voler », me dit, cette fois-ci, mon cœur. Mais, ma tête reste encore incrédule. Et, mes oreilles attendent le discours de mes aînés: Elikia Mbokolo, Théophile Obenga, Dominique Ngoie Ngalla… qui vont, sans doute, me parler des Afriques bantou, nilotique, soudanaise et maghrébine. Paraît-il que les succès de l’Union Africaine et la paix en Afrique viendront d’une nouvelle balkanisation de l’Afrique et de la consolidation de toutes ces grandes entités. Mais, ce discours forgé hors du continent noir n’est-il pas dangereux pour l’Afrique et les Africains ?
journaliste et écrivain
