Jean-Marc de la Sablière : « Le Conseil de sécurité n’entend pas se plonger dans un débat politique 972

L’après-midi de la journée dominicale du 11 juin a été marqué par l’ entretien que la délégation du Conseil de sécurité a eu avec les différentes couches de la société congolaise. Il s’est agi particulièrement des candidats présidents, des membres des partis politiques, de la société civile et des institutions d’appui à la démocratie. Un face-à-face intéressant qui a été caractérisé par un échange fructueux, soutendu par des observations pertinentes. Mais c’est sur un goût d’inachevé que cette rencontre s’est clôturée. Le seul point qu’il y a à retenir, c’est que le Conseil de sécurité s’en tient à la date du 30 juillet 2006 pour l’organisation des élections. « Il faut absolument s’ en tenir à cette date », a souligné le chef de la délégation du Conseil de sécurité, Jean-Marc de la Sablière qui s’est empressé, en réponse à une question sur les concertations, de dire que le « Conseil de sécurité n’ entend pas se plonger dans un débat politique ».

Auparavant, Abbé Malumalu, président de la Commission électorale indépendante avait pris la parole pour souhaiter la bienvenue à cette délégation du Conseil de sécurité avant d’exprimer la gratitude de la Cei envers tout ce que la communauté internationale fait pour le processus électoral. Aussi a-t-il tenu à rappeler que désormais, en République démocratique du Congo, l’on n’accèdera plus au pouvoir par la voie des armes ou autres moyens détournés afin de résoudre la crise de légitimité qui sévit dans notre pays.

LA RESPONSABILITE DES PARTIS POLITIQUES

Intervenant à son tour, Jean-Marc de la Sablière s’est employé à faire remarquer que dans une démocratie , « ce sont les partis politiques qui animent et font que les institutions marchent normalement. Aussi, la communauté internationale s’en tient à l’ organisation des élections en RDC ». Mais pour une réussite, il a insisté sur le message de tolérance, de rassemblement du peuple congolais pour que la compétition politique soit basée sur l’avenir du pays et la promotion du peuple.

Pour la communauté internationale, le chef de la délégation de l’ Onu a affirmé qu’elle sera avec la RDC avant et après les élections et s’en tient au bon déroulement de celles-ci. Car pour lui, le bon déroulement des élections constitue une garantie pour la coopération entre les Nations unies et la RDC. « L’après-élection dépend beaucoup du déroulement des élections dans un climat apaisé, car il y va aussi de leur crédibilité. Et les élections doivent concourir à rassembler le peuple congolais, à placer le pays sur la voie du développement et la stabilité de la région », a insisté le représentant de la France près le Conseil de sécurité.

Prenant la parole, la partie congolaise a soulevé des questions pertinentes liées à la bonne organisation des élections, à la nécessité du dialogue et à la sécurisation des candidats et des élections. M. Nyemba, candidat à l’élection présidentielle a évoqué la problématique du financement de la campagne électorale, estimant que ceux qui sont au pouvoir ont constitué une pactole en puisant dans les entreprises publiques et la caisse de l’Etat. Ce qui crée un déséquilibre affectant des élections justes.

Autre problématique soulevé par le même intervenant est celui de la concertation. Il a déclaré que de nombreux problèmes entachent le processus électoral à tous les niveaux, tant à celui de l’interprétation des textes qu’ à l’organisation des élections. D’où la nécessité pour la classe politique de se concerter en vue d’évaluer des voies et moyens susceptibles d’avoir des élections libres dont les résultats seront acceptés par tous.

Kikukama de M 17 s’est longuement attardé sur les irrégularités qui caractérisent le processus électoral. Documents à l’appui et de façon magistrale, il a démontré que le dialogue entre les leaders politiques est indispensable pour autant qu’il a été soutenu par le dernier rapport de la dernière délégation du Conseil de sécurité en ses points 16 et 17. Mais aussi par le rapport de l’Union européenne et la Déclaration de Dar es-Salaam. Il a ensuite relevé qu’aux difficultés de la mauvaise organisation des élections, s’ajoute la mauvaise gouvernance émaillée par des détournements des deniers publics utilisés à des fins personnelles.

Quant à Madame Wivine Nlandu Kavuidi, candidate à l’élection présidentielle, elle s’est interrogée sur l’organisation des élections dans un pays où des foyers de tension sont manifestes. Notamment en Ituri, au Kivu, à l’Equateur, au Bas-Congo… N’en parlons pas de Kinshasa où le foyer de tension est permanent, a-t-elle insisté. Comment peut-on organiser des élections là où la sécurité des candidats n’ est pas assurée ; ils n’ ont pas de liberté de circuler, sont l’objet des menaces jusqu’à déserter leur foyer? Enfin, comment peut-on organiser des élections, s’est-elle encore interrogée là où la liberté d’expression n’est pas assurée ; que les journalistes sont interpellés à tout moment? Que dire alors de la sécurisation de 52.000 bureaux d’élections à travers toute la République?

Pour sa part, Joseph Mabanga de l’opposition politique a posé la question de savoir si la Communauté internationale soutient des individus ou le peuple congolais. Il a saisi cette opportunité pour rappeler qu’en date du 24 février 2006, William Swing, représentant spécial du secrétaire général de l’Onu et responsable de la Monuc avait insisté pour que les élections aient lieu le 30 juin 2006. Comment expliquer ce volte-face?

Devant cette situation, l’intervenant a souligné l’importance du dialogue avec comme ordre du jour le calendrier électoral. Il a poursuivi en démontrant que le calendrier électoral est incomplet et intérimaire. Nulle part, il n’est fait mention du IIème tour, du déroulement des élections provinciales, locales et de la mise en place des institutions de la IIème République, sans oublier l’examen des contentieux électoraux.

De son côté, Madame Nzuzi wa Mbombo, candidate à l’élection présidentielle, a fait remarquer que si le nombre des bureaux a été augmenté, aucune attention n’a été accordée à ces populations éloignées du lieu de vote de 20, 30, 50, voire 100 km. S’il est vrai que pendant l’enrôlement en ce qui concerne le référendum constitutionnel, elles ont effectué le déplacement, c’était uniquement pour obtenir la carte d’électeur qui fait office de la carte d’identité provisoire. Sans plus. Aujourd’hui que le vote n’est pas obligatoire et que sur la carte d’électeur rien n’indique que la personne a voté, il est fort probable que l’on enregistre un fort taux d’abstention.

Revenant sur l’insécurité, Oscar Kashala, candidat à l’élection présidentielle, a souligné que cette insécurité est totale. Il existe des partis ou des candidats qui ont gardé leurs armées ; que la Police est inégalement répartie. Dans ces conditions, il est impossible de se déplacer sur toute l’étendue de la République pour tenir un discours électoral.

En plus, ceux qui sont au pouvoir ont accumulé des moyens énormes pour leur campagne électorale, mais pas les autres. «J’ai demandé d’amener un hélicoptère pour ma campagne électorale. On m’a opposé un refus catégorique. Ce comportement n’est pas de nature à favoriser l’équité», a dit le candidat Oscar Kashala.

Enfin, le délégué de la Société civile, Kibiswa Naupess, a tenu à relever que le peuple congolais ne veut pas de dialogue, ni des concertations. Car, selon lui, ces concertations engendrent d’autres concertations, rendant la démarche politique élastique. Il ne reste plus qu’à aller aux élections, a-t-il conclu.

LES MESSAGES DU CONSEIL DE SECURITE

En réponse à toutes ces préoccupations, Jean-Marc de la Sablière a livré des messages qu’il estime importants, de la part du Conseil de sécurité : 1.- La Communauté internationale est avec le Congo au moment où va se dérouler un événement important. Elle sera avec le Congo après les élections. 2.- Le Conseil de sécurité n’entend pas se plonger dans un débat politique. Par son rôle, il aide le Congo à aller aux élections. 3.- La date du 30 juillet, il faut absolument s’en tenir à cette date. Le Conseil de sécurité ne peut pas se mêler des querelles congolaises. 4.- Des foyers de tension. L’Union européenne a rassuré le Conseil de sécurité pour assurer la sécurité des élections et le Conseil de sécurité lui a accordé son appui. L’Union européenne entend l’assumer en toute responsabilité tant en ce qui concerne la sécurité des candidats aux élections pour plus d’efficacité. 5.- Le financement de la campagne électorale doit être garantie ainsi que l’égalité à travers les médias. Il revient aux Congolais et à la Communauté internationale de répondre à cette préoccupation.

Ceci dit, le président de la Cei est intervenu pour préciser que le calendrier électoral sera complet juste après la publication des listes définitives des candidats aux élections provinciales. C’est sur cette note, teintée d’un goût d’inachevé que la séance a été levée.

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