Ituri: le marché brûle encore à Loga après l’opération de l’Onu 193

Le marché de Loga brûle encore, deux jours après l’opération militaire de l’Onu dans cette localité de l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Au son d’un moteur de voiture, la population s’enfuit. Même la poignée d’hommes en treillis, Kalachnikov en bandoulière, s’éclipsent.

Dans une case réduite à un tas de tôles noircies, la fumée monte encore. Des bouteilles de bière ont été pulvérisées et les casiers ont fondu sous la chaleur des bombardements.

Progressivement, la population, qui s’était cachée, revient. Les garçons sont en tenue civile mais nombreux sont identifiables comme étant des miliciens: colliers de perles en plastique et vernis à ongles aux pieds, à la mode chez les miliciens dans la région, un petit enfant est armé d’un poignard, un plus grand s’appuie sur son épée.

Les adultes sont accueillants, les jeunes plutôt taciturnes. A leurs pieds des peaux de bananes, des noyaux d’avocats, des haricots et des savons brûlés. « La population vaquait à ses occupations comme d’habitude (ce mardi). L’attaque était une surprise pour la population », affirme Mateso Sumbo, un chef de collectivité local, interrogé jeudi. « Les Pakistanais (de l’Onu) sont arrivés à 10 heures avec 10 ou 12 chars, et brusquement ils ont commencé à tirer », assure Love Tchusi, une institutrice.

Mardi, la mission de l’Onu en RDC (Monuc) a lancé une vaste opération contre des miliciens de l’ethnie lendu à Loga, situé dans l’Ituri, district où les violences interethniques ont fait environ 50.000 morts depuis 1999. Cette opération, qui a été organisée quatre jours après l’assassinat de neuf Casques bleus en Ituri, s’est soldée, selon l’Onu, par la mort d’une « cinquantaine de miliciens ». « Nous avons fui. Les hélicoptères sont venus. Nous avons entendu les bombes et après les maisons ont commencé à brûler, » poursuit Love Tchusi, affirmant que 10 enfants ont été tués lors de l’opération qui a duré cinq ou six heures.

A quelques mètres de la place centrale, une fosse commune tout récente, qui, selon les habitants, contient le corps de trois enfants. « Les corps de tous ceux qui ont été tués par les bombes et les mitrailleuses étaient déchiquetés, donc on les a enterrés très rapidement », explique Pelo Gutsi, président de l’association La Paix. La plus grande confusion règne quant au nombre de morts.

Au fond d’une case, dans le noir, un jeune homme est allongé, nu, à l’exception d’un pansement qui lui couvre les parties génitales. Il a perdu une testicule pendant l’opération militaire de la Monuc, selon des témoins. Il semble trop souffrir pour pouvoir parler. Pour Mateso Sumbo, le conflit en Ituri est un complot fomenté par les Etats-Unis qui cherchent, selon lui, à exploiter les richesses minérales de cette région qui regorge d’or, de diamants et de pétrole.

Toujours selon lui, l’opération de la Monuc sur Loga n’est que la dernière dans une série de tentatives d’exterminer le peuple lendu au profit d’un autre groupe ethnique, les Hemas (minoritaires).

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