MISE EN LIGNE LE 19 MARS 2007 | LE SOFT INTERNATIONAL2 N°900 DATÉ 19 MARS.
Pourquoi les R-dCongolais ne pourraient-ils pas être cohérents et mettre avant l’intérêt national? Comment un seul et même pays peut-il parler devant l’étranger plusieurs langages?
Comment ne pas mener ce peuple de qui tous se réclament à plonger dans l’embarras, pire, à démonétiser la politique? Comment ne pas dire de ce pouvoir: sitôt sorti des urnes sitôt désaffecté?
L’affaire était pourtant rondement menée: des nouvelles faisant état que onze ou treize villages r-dcongolais du territoire de Kahemba avaient été rayés de la carte et ses populations, en tête le chef coutumier, chassées et poussées plus au centre de la R-dC ont conduit Kinshasa à dépêcher le 2 mars une délégation sur place.
On y comptait des députés r-dcongolais mais aussi – pour bien faire – des représentants de plusieurs organismes. A la tête, le gouverneur du Bandundu voisin puisque la partie angolaise était conduite par le gouverneur de Lunda Norte.
Après quatre jours de travaux à Dundo, chef-lieu de Lunda Norte, le résultat est sans équivoque: échec, la partie angolaise a échoué à faire prévaloir sa thèse d’une non occupation du territoire r-dcongolais.
Sur place, au contraire, la partie kinoise a trouvé que le drapeau angolais flotte sur des terres «occupées» – le moins que l’on puisse dire – depuis des temps immémoriaux («depuis Berlin») et sans que cela ne pose problème, par des R-dCongolais, des appareils de télécommunication angolais ont pris possession des lieux outre leurs utilisateurs, des militaires; une barrière gardée par des soldats armés empêche les populations r-dcongolais de retourner sur leurs terres…
Un communiqué commun est signé qui fait état d’échec de la rencontre.
Le 12 mars, une délégation angolaise déboule en force à Kinshasa – au total treize personnes. On compte le ministre de l’Intérieur Monteiro Roberto, des chefs d’état-major des armées et de la police, le ministre des Affaires étrangères, Joâo Bernardo Miranda. Ferme, celui-ci rejette «catégoriquement» les accusations de Kinshasa. Miranda considère le différend territorial sous examen comme un «malentendu déplorable».
Avant lui, un ministre r-dcongolais avait parlé d’«un différend mineur».
Peu après, désavouant sa propre délégation partie à Dundo, le ministre de l’Intérieur, le général Denis Kalume Numbi, reconnaît que Luanda n’a occupé aucune partie du territoire r-dcongolais. Le monde entier l’entend sur Rfi…
Pourtant, Miranda explique que si des forces de police angolaises ont été déployées sur les 13 villages r-dcongolais, elles l’ont été dans le cadre de la «réorganisation des frontières angolaises». Il ne pouvait être plus clair…
Au passage, il savoure le plaisir de fustiger «la mauvaise interprétation» de la partie r-dcongolaise de la borne 21 située à Dembo.
Le ministre r-dcongolais en charge des Affaires étrangères, Antipas Mbusa Nyamwisi de louer «la présence à Kinshasa de la délégation angolaise témoignant de la bonne volonté des deux gouvernements de consolider les bonnes relations entre les deux pays».
À l’étranger, la diaspora est repartie à l’assaut. Dans un communiqué daté du 15 mars, le Congrès mondial des Congolais de l’étranger annonce des sit-in devant les représentations diplomatiques angolaises «à travers le monde» alors que les deux mots les plus courants sont désormais «Cession» et «trahison. Sitôt arrivé, sitôt désaffecté?
Faut-il parler d’une fin de l’état de grâce? Kahemba qui a massivement voté Kabila aux derniers scrutins s’interroge. Le territoire a acquis la conviction d’être passé par pertes et profits. «le Soft International» ouvre le dossier.
D. DADEI.
Les Angolais avaient osé dans le passé par deux fois, Mobutu les en avait chassés
MISE EN LIGNE LE 19 MARS 2007 | LE SOFT INTERNATIONAL2 N°900 DATÉ 19 MARS.
Député du territoire de Popokabaka voisin de Kahemba, l’Hon. Jean-Pierre Pasi Za Pamba Boka est convaincu que les Angolais ont des choses qu’ils cachent aux R-dCongolais.
S’ils disent connaître la «Borne 23», ils ont tout fait pour faire échouer – collapser – la mission partie à Dundo en empêchant de montrer cette Borne à la délégation venue de Kinshasa. De même qu’ils ont tenté d’empêcher le contact entre la population r-dcongolaise autochtone et les envoyés de Kinshasa en invoquant un risque d’affrontement armé. La visite de la Borne 23 aurait permis aux R-dCongolais de comparer cette borne avec celle présentée par les Angolais comme limite de frontière.
Licencié en gestion commerciale et financière, doctorant en sciences économiques de gestion de la Faculté des sciences économiques de l’Université de Kinshasa, Hon. Pasi fournit au «Soft International» des informations dignes d’éclairer la religion sur ce nouvel embroglio dont les Députés vont débattre en Chambre à partir de lundi 19 mars.
Ministre d’Etat en charge de l’Intérieur, Denis Kalume Numbi mis en cause par l’opposition dans l’affaire poisseuse du Bas-Congo pourrait à nouveau être entendu par les Députés désormais consitué en véritable Camp de la… Patrie. Interview. Hon., vous êtes élu de Popokabaka, qui n’est pas Kahemba!
Ce n’est pas Kahemba en effet. C’est plutôt l’un des territoires qui se trouvent dans le District du Kwango. Lorsque nous avons appris les nouvelles de ce qui se passe à Kahemba, comme Député national, je me suis senti concerné par ce problème et me suis concentré sur le dossier.
On aimerait savoir si vous êtes informé de la situation qui se passe sur le terrain?
Je suis informé et j’ai plus de précisions. L’information de départ, nous l’avons eue du gouvernement de la République. Un ministre sortant a fait état d’un problème qui se posait à la frontière entre l’Angola et la République démocratique du Congo.
Des députés nationaux voulant se rendre à Kahemba pour savoir ce qui s’y passait afin d’éclairer la représentation nationale ont rencontré le président de l’Assemblée nationale qui est aussitôt entré en contact avec le ministre de l’Intérieur.
Celui-ci a fait état de l’envoi sur Kahemne d’une commission. Des députés ont été ainsi admis dans cette commission afin de constater avec les autres ce qui se passait réellement à Kahemba. Nous sommes descendus à Dundo, la capitale de Lunda Norte avec comme chef de délégation le gouverneur de la province de Bandundu.
Avant cela, aviez-vous été à Kahemba?
Je n’avais jamais été à Kahemba. Je ne connais pas non plus exactement les frontières, mais nous sommes arrivés sur le terrain et nous avons vécu des faits qui peuvent vous intéresser. Avant d’embarquer, on nous a appris que le drapeau angolais flottait sur le sol congolais. Nous étions informés qu’une piste aérienne avait été aménagée dans le territoire de Kahemba, une piste d’atterrissage d’hélicoptères; que les populations avaient été chassées de leurs maisons. Nous voulions donc vérifier ces allégations.
La délégation angolaise nous a amenés quelque part où nous avons effectivement trouvé une piste pour hélicoptères parce que le vol qui nous y a conduits, a atterri à cet endroit-là. Nous y avons effectivement également trouvé le drapeau angolais flottant. La délégation angolaise nous parlera de la borne 21 et lorsque nous avons vu ladite borne 21, d’emblée, même moi qui ne suis pas géographe, j’ai directement déclaré que cette borne ne pouvait être une borne de frontière.
En effet, les bornes de frontière ont 1m2 de base et 1m40 de hauteur. Les inscriptions sur cette borne n’ont rien à voir avec la date de 1885 ni avec celle de 1890. Il est écrit sur cette borne qu’on nous a fait voir, «Rep. Da Zaïre», donc République du Zaïre. D’autre part, il est écrit «Rép. Da Angola», ou République d’Angola, et Marco Bentinium.
C’est-à-dire?
Marco Bentinium c’est Marque 21 ou Borne 21. Nous avons fait observer à la délégation angolaise que si c’était une borne de frontière, elle serait écrite d’abord en Français parce que les Belges parlaient le Français. On y aurait écrit Congo belge au lieu de République du Zaïre parce que lors de Berlin, Zaïre n’existait pas.
En plus, on a observé que cette borne est faite avec du ciment frais… donc c’est une borne récente. Nous avons exigé de la délégation angolaise qu’on puisse nous montrer une autre borne afin de confronter les données de cette borne avec celles qu’elle venait de nous présenter. Nous avons cherché avec la délégation angolaise pendant plus d’une heure la borne 23 qu’ils ont dit qu’ils connaissaient. En vain.
Ils disent connaître la borne 23 sans vous y amener?
Nous sommes montés à bord d’un des hélicoptères parce que nous avions deux hélicoptères. Nous avons survolé la brousse. Puis, ils nous diront que pour des raisons climatiques, nous ne pouvions pas descendre ou atterrir là-bas. Nous avons atterri sur un endroit et ils nous diront qu’il faut à partir de cet endroit marcher encore 5 heures avant de retrouver la borne 23. Nous avons dit qu’il était pratiquement impossible de faire 5 heures de marche sous la pluie, à pied. Nous avons déduit qu’ils n’étaient pas disposés à nous faire voir la borne 23.
Nous sommes revenus à l’emplacement de la borne 21 et nous avons exigé de la délégation angolaise de nous conduire vers les villages Shaibwanda, Shakadiata ou Shawono, des villages qui étaient cités par la délégation congolaise. Ils nous diront que c’était pratiquement impossible. Comme il y avait des personnes armées et ne sachant pas quel type d’armes ces personnes avaient, les Angolais ont estimé qu’il était dangereux de nous y conduire au risque de nous faire tuer. Or, pendant qu’on discutait de notre déplacement vers l’un des villages au moins, un policier de frontière angolais dira en Portugais qu’il y a, plus loin, des populations congolaises qui venaient d’arriver à la frontière et demandaient de nous parler.
Ce policier angolais ne savait pas que nous étions en pleine discussion et que les émissaires de Luanda nous empêchaient d’aller à la rencontre de nos compatriotes. Il l’a dit en Portugais mais heureusement pour nous, le consul congolais qui faisait partie de notre délégation lui posera la question pour vérifier s’il y avait des Congolais qui venaient d’arriver. Le policier a dit oui. Nous avons immédiatement suspendu les discussions… Et sommes allés vers nos compatriotes. Sans doute que ce policier sera puni?
Nous ne savons pas ce qui va lui arriver, mais pour nous, c’était vraiment une aubaine, Dieu nous a fait grâce parce que nous allions rentrer sans les éléments concrets de nos investigations. C’est quand nous allions à la rencontre de cette délégation que nous constaterons la barrière érigée par la police de frontière et de l’autre côté de cette frontière se trouvait la population congolaise des villages de Shayimbwanda, de Shawono, de Shakadiata qui détenait un drapeau congolais.
Nous leur avons alors posé la question de savoir qui ils étaient.
Ils nous ont répondu qu’ils étaient des Congolais.
A la question de savoir depuis quand ils habitaient dans le village de Shayimbwanda?
Ils répondront: «Depuis Berlin».
«Que faites-vous de l’autre côté de la barrière?»
Réponse: «Nous avons été renvoyés, chassés de nos villages par la police de frontière que vous voyez ici, par les Angolais».
En outre, diront-ils, d’ailleurs, ce n’est pas la première fois que les Angolais font cela. Ils l’ont fait déjà en 1987 et en 2003, voilà maintenant ils nous ont chassés pour la troisième fois. Nous nous retrouvons ici, loin de nos villages, loin de nos plantations, loin de tout ce que nous exercions comme activités.
Et dans la population, nous avons repéré le chef de groupement de Shayimbwanda et le chef de chefferie Mwamushiku. Nous avons également retrouvé l’agent de police d’encadrement administrateur, un autre agent de police affecté au commissariat de Shayimbwanda…
Bref, ce sont presque quatre responsables que nous avons retrouvés sur le lieu. Nous leur avons posé la question de savoir ce qu’ils faisaient là-bas, ils ont répondu comme les autres: ils ont été chassés par les Angolais.
Comment se présente cette frontière physiquement?
Il n’y a pas de frontière! il n’y a que cette borne-là. Pour les Angolais, c’est la borne de frontière et à partir de laquelle ils ont érigé une barrière. Les Congolais ne peuvent plus retraverser…
Avez-vous vu là-bas une force de police?
Il y a la police qui est armée comme il se doit, bien sûr.
La population peut-elle aller et venir?
La population ne peut pas traverser la barrière érigée par cette police. Donc, la population se trouvait de l’autre côté. Pour les Angolais, les villages situés au sud de cette borne se trouvent sur leur territoire angolais. Pourtant, la population nous a déclaré ceci: «Cette borne 21 n’est pas la borne de frontière. Elle a été érigée en 1972 par un géologue américain qui était à la recherche des minerais». Cette même population dit connaître la borne 21 qui se trouverait dans le village Shingeya sur la route de Luanda.
La population congolaise avait-elle regagné ses terres quand elle en avait été chassée en 1987 et en 2003?
Bien sûr. Quand elle a été chassée, elle est revenue sur ses terres, mais je n’ai pas eu de précisions sur la manière dont elle est revenue. En fouinant, j’ai appris qu’en 2003, les Angolais avaient été repoussés. Je ne sais pas ce qui s’est passé en 1987. Mais en 2003, ils ont été repoussés – ça c’est sûr. Cette fois-ci, ils y sont rentrés soutenant qu’à partir de la borne, c’est le territoire angolais. Nous, nous avons dit ceci: le problème de frontière est un problème qui doit se régler entre Etats. L’Angola ne pouvait entreprendre d’une manière unilatérale de chasser des populations qui se disent congolaises.
Si l’Angola considère que c’est la borne de frontière, elle devait en principe intéresser le gouvernement congolais pour que ce travail de détermination des frontières se fasse ensemble et qu’on dise, par exemple, qu’à partir d’ici, c’est le Congo et, à partir de là, c’est l’Angola. Le 7ème parallèle dont on parle n’est pas une ligne droite, c’est une ligne imaginaire.
C’est ce que nous avons tous appris à l’école. À partir de cette ligne, il devait y avoir en principe autant de kilomètres qui devaient séparer l’Angola de la R-dCongo. En marge des propositions scientifiques, je veux dire que ces populations qui y vivent depuis très longtemps, savent en principe qu’à partir de telle forêt, nous nous retrouvons dans le territoire angolais. Donc pour moi, la déclaration de la population est fondamentale parce que ces gens y vivent depuis leurs arrières-grands parents jusqu’à la date d’aujourd’hui. Ces gens ont voté lors des dernières élections. Ces populations n’ont pas voté en tant qu’Angolais, mais parce que ce sont des Congolais. Voilà des éléments…
Où vivent les chefs coutumiers trouvés sur place?
Ils étaient en dehors de leurs villages. C’est pourquoi dans la déclaration que nous avons faite et signée à Dundo, nous avons dit qu’il y a eu déplacement forcé des populations
Avez-vous quelque chose à ajouter?
Ces derniers temps, nous observons une inflation de déclarations à la presse. C’est vraiment dommage que ces déclarations viennent du Gouvernement par le biais du ministre de l’Intérieur. Ça c’est vraiment très grave pour une nation. Dans la déclaration que nous avons signée de commun accord entre la délégation congolaise représentée par le gouverneur du Bandundu, Wenzi, et la délégation angolaise conduite par le gouverneur de Dundo, le professeur Maiato, nous avons relevé ces points-ci: le drapeau angolais flotte sur le sol congolais; les populations sont effectivement déplacées. Nous avons trouvé la police de frontière qui a érigé une barrière avec des matériels de communication militaires…
Nous avons signé cette déclaration commune parce que nous n’avons pas trouvé un compromis entre la délégation angolaise et la délégation congolaise. Je dis que nous n’avons trouvé aucun compromis. Nous avons travaillé dans des conditions très difficiles. Nous avons travaillé samedi de 15 heures à 1 heure du matin sans rien manger. Le dimanche, nous sommes partis à 8 heures 30’ et nous ne sommes revenus qu’à 2 heures du matin. Nous avons mis du temps parce que aussi nous tenions à insérer dans le document que les populations étaient déplacées de force et que ce sont des Congolais. Nous avons convenu, à l’issue de ces négociations – comme nous ne nous sommes pas mis d’accord – de nous remettre à nos gouvernements respectifs afin qu’ils instruisent le dossier, créent une commission mixte qui doit munitieusement examiner la question afin que soient fixées définitivement la frontière. Et si les deux Gouvernements ne s’en sortent pas, qu’ils recourent à la Belgique, à la France, aux Nations. Nous voulons que ce problème soit résolu une fois pour toutes et qu’il y ait désormais une légitimité internationale sur la question.
Au lieu d’être face à une situation de demande d’investigation de la part du Gouvernement congolais, c’est à une pluie de déclarations que nous assistons et qui nous émeut. Nous sommes tristes d’entendre ces déclarations. Quand un ministre parle, c’est tout le Gouvernement qui est engagé, c’est aussi le Président de la République qui est engagé. Donc, nous aimerions que l’on suspende un peu ce genre de déclarations, que l’on se mette au travail afin qu’on puisse identifier réellement les bornes érigées par la colonisation. Et lorsque l’on aura fini ce travail conjointement par les deux pays, à ce moment-là, on pourra savoir si réellement Shayimbwanda, Shakadiata tout comme Shawono se trouvent sur le territoire angolais ou sur le territoire congolais. Mais, dans l’intervalle, nous exigeons à ce que les populations regagnent leurs villages…
Comment jugez-vous les propos du ministre Kalume?
Je me refuse pour le moment de les qualifier. Le ministre de l’Intérieur assume seul la responsabilité de ses déclarations parce que celles-ci sont très graves pour tout un pays.
Vous vous dites ému et triste…
Nous devons être tristes parce que nous avons été sur terrain. Le ministre de l’Intérieur détient des informations, des images dans lesquelles les populations font des déclarations. Il doit analyser. On nous a dit qu’on ne publieriait pas ces images dont la primeur revenait au président de la République. Nous supposons que le Président a pris contact avec le ministre de l’Intérieur et qu’il a visualisé ces images pour que ce problème soit traité avec beaucoup de sérénité.
Vous avez porté la question au débat du Parlement…
Nous poursuivons la démarche parlementaire. Le président de l’Assemblée nationale qui nous a d’ailleurs allégrement reçus par deux fois a promis de convoquer une plénière pour lundi 19 mars sur cette question. Le président de l’Assemblée nationale a été très attentif à notre requête et lui, s’en tient à notre déclaration.
