Depuis que le bulldozer des démolisseurs assermentés de l’Hôtel de ville a entrepris de casser habitations, kiosques et autres excroissances immobilières anarchiques, il pleut, sur Kinshasa, une pluie des pleurs et des larmes dans les quartiers déjà «vaccinés».
Pour les résidents de plusieurs dizaines d’autres sites ciblés pour recevoir leur coup de … grâce, l’heure est à l’angoisse. L’épreuve à laquelle ils s’attendent avec résignation est épouvantable. Tous, comme un seul homme avec une seule femme, pensent que l’Etat s’acharne contre des victimes et protège les bourreaux. «Il leur a fait trop d’honneurs», se lamentent-ils. Au fond, ce dossier soulève le problème d’équité pour son traitement. Voici pourquoi.
Un. Quel sort est désormais réservé aux constructions dites «anarchiques» de la capitale ? Eh bien, l’Hôtel de ville a décidé la démolition super méchante, par bulldozer interposé, la scène étant puissamment encadrée par des bataillons de policiers en armes afin d’assurer la sécurité des démolisseurs officiels.
Deux. A quelles conséquences sont exposés les auto-constructeurs de bonne foi, tombés victimes de la roublardise des fonctionnaires des Affaires foncières et de l’Urbanisme qui, aiguillonnés par une légendaire concupiscence, leur ont délivré des documents administratifs de propriété «pas tout à fait légaux» ? Dans la plupart de cas, c’est la démoralisation, susceptible d’induire chez les sujets la tentation du suicide.
Trois. Doit-on inquiéter les ministres véreux des Affaires foncières et de l’Urbanisme, ainsi que leurs «commissionnaires» pour avoir incité les acquéreurs des concessions à violer la loi foncière, en leur octroyant contre espèces sonnantes et trébuchantes des autorisations de bâtir et des certificats d’enregistrement «plus qu’irréguliers» ?
Cette dernière question mérite approfondissement. En effet, il s’avère indispensable de déterminer les responsabilités de chacun des «commissionnaires» : secrétaires généraux, conservateurs et géomètres des ministères mis en cause. Sans leur apport, il n’existerait pas de banditisme foncier «légalisé».
Alors, sans sanction administrativo-juridique, ces multirécidivistes, professionnels de l’arnaque, continueraient allégrement leur travail de bourreaux. Au détriment des gens en quête d’un terrain pour se construire régulièrement un toit avant d’aller se reposer au cimetière.
Il y a présentement iniquité. Sans sanction, l’impunité ne sera qu’encouragée.
