KINSHASA (Reuters) – Des heurts ont opposé lundi des gardes du président congolais Joseph Kabila à des partisans de l’ancien chef rebelle Jean-Pierre Bemba pour la deuxième journée consécutive, après l’annonce d’un second tour de la présidentielle entre les deux hommes.
Malgré l’appel au calme lancé plus tôt dans la journée par les Nations unies, des gardes du président Kabila ont ouvert le feu aux abords de la demeure de Bemba où le candidat rencontrait des responsables de l’Onu et des ambassadeurs, ont rapporté des témoins.
La garde présidentielle s’est attaquée aux partisans armés de Bemba avec un char d’assaut et des armes lourdes, ont précisé les témoins.
Le chef de la mission de l’Onu au en République démocratique du Congo (RDC), William Swing, et des ambassadeurs du CIAT, le Comité international de la transition en RDC, se sont retrouvés coincés par les combats.
Le CIAT, un groupe de donateurs étrangers, réunit les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu: les Etats-Unis, la France, la Chine, la Grande-Bretagne et la Russie, de l’Union européenne, de l’Union africaine et de plusieurs pays dont la Belgique, le Canada, et l’Afrique du Sud.
Un correspondant de Reuters a vu de la fumée noire s’élever du secteur de la demeure de Bemba.
Kabila et Bemba, sortis respectivement premier et deuxième du scrutin du 30 juillet en République démocratique du Congo (RDC) selon les résultats provisoires annoncés dimanche par la Commission électorale indépendante (CEI), seront départagés le 29 octobre, date provisoire du second tour.
Des affrontements avaient déjà éclaté dans la soirée dimanche à Kinshasa entre des partisans des deux candidats après l’annonce de ces résultats, faisant cinq morts selon les Nations unies.
« Nous appelons chacun à rester calme et à respecter les résultats du vote », a déclaré lundi matin Jean-Tobie Okalan, porte-parole adjoint de la Mission de l’Onu en République démocratique du Cogo (Monuc).
Des traces de blindés étaient visibles sur l’un des principaux boulevards de la ville, où patrouillaient des hommes de la garde présidentielle, des policiers congolais et des casques bleus.
SECOND TOUR TENDU
Ces affrontements augurent d’une campagne des plus tendues pour le second tour, estime Jason Stearns, analyste à l’International Crisis Group.
Joseph Kabila, le président sortant âgé de 35 ans, est arrivé largement en tête du vote en recueillant 44,81% des suffrages.
Il a fait campagne sur sa promesse tenue de mettre fin à la guerre, un engagement qu’il avait pris en succédant à son père Laurent Kabila, assassiné en 2001 par un garde du corps.
Il a pu compter sur sa popularité dans l’Est, région dont il est originaire et où la langue swahili est prédominante. En revanche, il maîtrise mal le lingala, parlé dans l’Ouest, notamment dans la capitale Kinshasa où son adversaire a enregistré de bons scores.
Jean-Pierre Bemba, âgé de 43 ans, est arrivé deuxième avec 20,03% des voix au plan national. Pendant la guerre, il avait dirigé le Mouvement de libération du Congo (MLC), force rebelle soutenue par l’Ouganda. Premier groupe à avoir accepté de signer un accord de paix avec Kabila, le MLC est devenu un parti politique, qui a rejoint le gouvernement de transition en 2003.
Une fois les résultats du premier tour confirmés par la Cour suprême de RDC, les deux hommes vont se lancer dans la chasse aux soutiens des 30 autres candidats en vue du second tour.
Les élections législatives et présidentielle du 30 juillet avaient constitué les premières élections multipartites en RDC depuis plus de 40 ans et doivent permettre au pays de tourner la page d’une décennie de violences.
La Monuc, plus importante force de paix de l’Onu avec 17.000 militaires, est épaulée par un millier de soldats de l’Union européenne venus veiller au bon déroulement du processus électoral.
Les opérations de vote se sont globalement déroulées dans le calme lors du premier tour. /GWB/MV
