Dernièrement, l’une de mes nièces, séchant sur une dissertation dont le sujet était « La parole est d’argent et le silence est d’or » me demanda mon aide. Je lui conseilla de trouver, avec ses mots à elle, la signification de ce dicton afin qu’elle en comprenne le sens qui servira de base à la trame de son travail. Après plusieurs minutes d’une intense réflexion, elle lâcha : « Mieux vaut la fermer plutôt que de la ramener pour dire des conneries ». Je la félicita et l’invita à continuer son devoir.
Se taire pour ne pas dire des conneries, la fermer pour ne pas la ramener, juste rester conforme à ses convictions, est-ce à cela qu’est réduit aujourd’hui Etienne Tshisekedi ?
Est-ce suffisant dans le contexte actuel de rappeler simplement que « l’Udps n’est pas partie prenante à ce processus électoral puisqu’elle a été exclue par la seule volonté des gestionnaires institutionnels de la transition » ?
A qui cette déclaration est-elle destinée, au peuple congolais ou la communauté internationale ?
Si c’est à la communauté internationale, Etienne Tshisekedi doit effectivement « la fermer plutôt que de la ramener au risque de dire des conneries » mais si l’Udps s’adresse ainsi à son peuple, au peuple congolais, il est à craindre que ce parti n’ait perdu le sens de responsabilités.
Faisant l’évaluation du dernier conflit israélo-libanais, Hassan Nasrallah secrétaire général du Hezbollah pense que le « problème principal de ce conflit aujourd’hui tient aux enseignements que nous retirons de ce qui s’est passé et du point où ont abouti les choses. Si nous considérons que notre résistance fut une victoire, nous devons déterminer quelles en sont les limites et surtout quelle en est la valeur »
L’Udps et ses dirigeants peuvent-ils nous dire aujourd’hui où en est le processus électoral quand un rapide coup d’œil dans le rétroviseur nous renseigne :
1. Que l’enrôlement des électeurs et le référendum ont eu lieu malgré l’appel au boycott lancé par l’Udps.
2. Que la constitution a été votée bien qu’elle consacre la vente de notre pays aux étrangers et la perte de notre souveraineté selon l’analyse faite par l’Udps.
3. Que le 30 juin 2005 et le 30 juin 2006 n’ont pas rendu caduques les institutions de la transition malgré le mot d’ordre d’Etienne Tshisekedi et la formation de son gouvernement de sauvegarde.
4. Que l’organisation par la Cei des élections du 30 juillet 2006 (Elections législatives et premier tour de la présidentielle) est une réalité bien qu’il n y ait eu aucunes concertations politiques préalables selon le vœu exprimé par l’Udps.
Si l’Udps considère ses prises de positions durant les différentes étapes décrites ci-dessus comme autant de victoires sur ceux qui veulent nous imposer le processus électoral de l’extérieur, il serait intéressant que ses dirigeants nous éclairent sur les limites et surtout la valeur de ces victoires.
« L’Udps n’est pas partie prenante à ce processus électoral puisqu’elle a été exclue par la seule volonté des gestionnaires institutionnels de la transition ».
Nous osons espérer que cette déclaration n’est pas destinée au peuple congolais car cela voudrait dire, non seulement que l’Udps a perdu le sens de responsabilités mais qu’en plus ce parti est désormais réduit à espérer secrètement un bain de sang comme celui que nous avons failli connaître durant les tristes événements du 20 au 22 août à Kinshasa, ce qui justifierait à posteriori le fait que son leader ait eu raison de ne pas s’impliquer dans le processus électoral.
Le machiavélisme dans cet espoir est que le sang versé sera celui des congolais et même dans ce cas, l’Udps n’aura pas les moyens d’imposer la paix car elle se contentera de susurrer de mots doux à deux chiens qui se battent.
Vous me direz que nous n’avons non plus aucune garantie d’éviter un bain de sang si Tshisekedi appelle à soutenir Bemba mais au moins il aura fait preuve de courage politique en prenant ses responsabilités car la faiblesse de l’Udps tout au long de ces trois années de transition fut constamment celle de s’opposer sans jamais réellement proposer d’alternatives crédibles. Et prétendre, comme elle le fait, que « l’intérêt général recommande de faire le constat d’échec du processus actuel afin de repartir sur de nouvelles bases saines » est plein de bon sens mais totalement incompatible avec la situation du moment.
L’Udps a certes ses raisons de se montrer rigide dans ses convictions mais dans le contexte actuel, le silence de son leader, Etienne Tshisekedi, est-il vraiment d’or ?
Il ne nous reste plus qu’à faire confiance aux combattants de l’Udps qui se sont enrôlés (eh oui, il en existe !). Espérons que le moment venu, eux au moins sauront faire le bon choix.
