Elections à tous prix : tel est pris qui croyait prendre 1157

‘‘Même aux Etats-Unis, il n’y a jamais eu d’élections parfaites’’. De la bouche des tenants des élections prêts-à-porter, invariable, la même réponse revient inlassablement. Alors qu’aux Etats-Unis, tout est mis en œuvre pour organiser les élections dans des conditions idéales et que les imperfections, du reste inhérentes à toute œuvre humaine, ne sont constatées qu’en fin de processus, au Congo, les couacs américains sont montés en épingle pour justifier la tenue des élections à tous prix.

C’est donc avec l’impression de n’être que des acteurs de seconde zone dans un scénario écrit ailleurs au profit du candidat des occidentaux que les congolais sont allés, sans grande conviction, aux urnes le 30 juillet 2006, avec les incongruités relevées en amont du processus électoral, pour élire un président de la république et 500 députés nationaux.

L’absence d’un calendrier pour le deuxième tour de l’élection présidentielle, les nombreuses déclarations de Louis Michel et autres officiels européens favorables au président sortant, et la propagande menée tous azimuts dans la presse occidentale en faveur de ce dernier indiquaient clairement la volonté de l’occident officiel de reconduire son candidat à travers un simulacre d’élections, dès le premier tour.

Sans se laisser gagner par le fatalisme, les congolais se sont massivement prêtés au jeu de l’establishment occidental en participant au vote en toute vigilance. Ils ont pu, en maints endroits, débusquer les acheteurs des voix, condamner l’intrusion des Interamwe à Shabunda, le comptage des bulletins en l’absence des témoins non PPRD chassés par les chefs des centres, le bourrage d’urnes, l’attribution d’un numéro d’ordre à plus d’un votant, le vote indûment opéré par une tierce personne en lieu et place du détenteur de la carte,…

Comme si toutes ces irrégularités ne suffisaient pas, les habitants de la commune de Matete, quartier De Bonhomme, rapportent qu’ils se sont réveillés lundi 31 juillet 2006, le lendemain des élections, dans un émoi général. Et pour cause, un tas de 500 bulletins de vote cochés jetés sous le Pont Matete. Dans le lot, 400 bulletins pour Jean-Pierre BEMBA, 80 pour Oscar KASHALA et 20 pour Pierre PAY PAY. Les Matetois croient, dur comme fer, que ces bulletins auraient été remplacés par ceux du président sortant dont le score à Kinshasa n’aurait pas arrangé ses souteneurs occidentaux.

Sur le registre des contestations, le ton est monté d’un cran. Azarias Ruberwa, vice-président candidat président de la république, dénonce l’invalidation délibérée et intentionnelle de ses bulletins que les membres de la CEI auraient cochés plus d’une fois, fustige l’intervention des FDLR dans le déroulement des élections à Shabunda, déclare ces élections non crédibles et exige leur reprise, si pas sur l’ensemble du territoire national, mais en tous cas à l’est du Congo, car selon lui, sans ces irrégularités, il serait assuré d’en découdre au deuxième tour avec un candidat dont il attend encore le nom. Une autre contestation, et non la moindre, est formulée par Oscar KASHALA, un autre candidat à la présidentielle qui aurait ramassé, dans la rue, un bulletin avec son nom coché.

Le dépouillement et la compilation, pourtant étapes cruciales pour la crédibilité de ces élections historiques, souffrent étonnamment d’un manque de transparence qui peut sérieusement compromettre l’acceptation des résultats. Les récentes images d’un centre de compilation, avec bulletins et procès-verbaux entassés pêle-mêle, en ont inquiété même des plus optimistes.

Pour parfaire le tableau, l’agence Reuters dans sa dépêche publiée sur le web jeudi 3 août 2006 à 22.14, signale l’incendie d’un centre important de dépouillement de N’djili. Sans être proche ni de l’opposition congolaise ni de Jean-Pierre Bemba, l’agence trouve quand même suspect cet incendie au cours duquel « plusieurs urnes remplies de bulletins ou bien vides sont parties en fumée dans ce centre situé à N’Djili, non loin de l’aéroport de la mégapole congolaise, où sont en cours de dépouillement les voix provenant 1.400 centres de vote, soit un quart environ des suffrages des Kinois.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, devant tant d’opacité, les observateurs internationaux et nationaux qui devraient plutôt s’investir à fond dans une exigence de plus de transparente dans le dépouillement et la compilation, embouchent plutôt la trompette de l’apologie de la CEI en répétant à tout bout de champ que tout va bien comme dans les meilleurs des mondes, non sans inviter déjà les perdants à accepter les résultats. L’Eufor qui avait déjà mis les congolais en garde en brandissant le recours à la force létale, renouvelle cette fois-ci ses menaces contre tous ceux qui oseraient contester les résultats.

Enhardie par tant de complaisance lui affichée par ceux dont elle n’est que le bras visible et se prenant sans doute pour la bonne conscience des congolais, la commision électorale indépendante (CEI), invite les congolais au calme alors qu’elle ne promet les résultats partiels qu’au 20 août. Et comme au Congo, tout celui qui a une petite parcelle d’autorité se croit tout permis, la vaillante CEI, de concert avec la Haute Autorité des Médias (HAM) et le très controversé CIAT interdisent, au nom d’on ne sait pas trop bien quelle loi, aux Congolais de diffuser des tendances partielles sur compilation des résultats affichés aux différents centres de vote.

Comment ne pas croire que la diffusion des tendances énervent le CIAT seulement parce que celles-ci ne semblent pas faire les affaires du candidat que la communauté internationale a porté sans gêne aucune à bout des bras ? A Kinshasa, l’opinion croit que la stratégie de l’Occident officiel est de mettre à profit le temps qui reste jusqu’au 20 août pour permettre à la CEI d’opérer un tripatouillage parfait afin de déclarer le président sortant vainqueur au premier tour. Malu Malu, président de la CEI ne fait rien pour démentir cette impression. Bien au contraire, alors que toutes les données objectives après dépouillement de plus de 70 % des bureaux de vote indiquent bien la tenue un deuxième tour pour départager les deux premiers, bavard devant l’Eternel, l’abbé président conseille déjà au vainqueur, on ne comprend pas très bien en vertu de quel mandat, d’éviter tout triomphalisme et de former un gouvernement d’union nationale.

Le peuple est allé voter massivement en croyant déjouer le piège des occidentaux, mais c’était sans compter avec la hargne de ceux qui, n’ayant pas prévu de ‘‘Plan B’’ tant la victoire de leur candidat paraissait inéluctable, font maintenant feu de tout bois, dans une conspiration tous azimuts qui ne s’embarrasse ni de réserve diplomatique, ni des moyens mis en oeuvre dont le grotesque n’a d’égal que l’immoralité illimitée des soit disant professeurs es démocratie.

Tels des diables dans un bénitier, ils se débattent devant le regard amusé et vigilants du peuple congolais. Jamais dicton n’a été si à propos : tel est pris qui croyait prendre.

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