élections 2007
Le parler vrai de Karel De Gucht 1800

Mis en ligne le 04/05/2007
La méthode du ministre des Affaires étrangères a tranché avec celle de son prédécesseur, Louis Michel. Avec un certain succès, notamment dans la gestion du processus de pacification du Congo-Kinshasa. A part cela, la présidence de l’OSCE et l’accession de la Belgique au Conseil de sécurité l’ont servi.

Karel De Gucht aux Affaires étrangères, ce fut d’abord un style qui trancha
avec celui de son prédécesseur Louis Michel et puis, quelques résultats
engrangés. Ainsi sur l’Afrique, et plus précisément le Congo, M. Michel
avait prêté le flanc à la critique en apportant un soutien marqué à Joseph
Kabila, là où la Belgique aurait dû observer une stricte neutralité si elle
voulait jouer le rôle d’arbitre et de référence auquel le bouillant ministre
MR aspirait pour notre pays. Conséquence, au demeurant prévisible :
l’opposition à Joseph Kabila a fait de M. Michel, mais bientôt aussi des
Belges en général, une de ses cibles – non sans risque de dérapage,
heureusement évité.

M. De Gucht, en revanche, s’il a fâché les kabilistes à plus d’une reprise,
est très apprécié de la rue congolaise pour le franc-parler qui lui a fait
mettre, à plus d’une reprise, le doigt sur la plaie : médiocrité des
dirigeants, corruption, usage excessif de la violence pour résoudre un
problème… Et si les relations entre M. De Gucht et M. Kabila sont
notoirement mauvaises, une part en revient sans doute au travail de sape de
la diplomatie belge entrepris par d’autres membres du gouvernement, qui
s’imaginent dans les capitula (1) d’un « Monsieur Congo » : les ministres
socialiste de la Défense André Flahaut et libéral de la Coopération Armand
De Decker, qui rivalisent d’indulgence et d’assiduité auprès du maître de
Kinshasa.

OSCE et Conseil de sécurité

Karel De Gucht a été bien servi par le calendrier pour se mettre en valeur.
Il a hérité de la présidence tournante de l’Organisation pour la sécurité et
la coopération en Europe (OSCE), en 2006, puis d’un siège dévolu pour deux
ans (2007-2008) à la Belgique au Conseil de sécurité de l’Onu. Les deux
exercices ont une portée limitée (l’OSCE fonctionne par consensus et les
membres non permanents pèsent peu, à l’Onu, face aux cinq Grands), mais ils
assurent une belle visibilité sur la scène internationale.

De la présidence belge de l’OSCE, on retiendra les ambitions déçues de M. De
Gucht dont on ne sait s’il a jamais cru réellement pouvoir régler les
« conflits gelés » que l’implosion de l’URSS a créés en Transniedstrie, en
Ossétie du Sud et au Nagorny-Karabakh. Il dut, en effet, reconnaître que le
mot « gelé » avait ici tout son sens, malgré l’impressionnante énergie
dépensée par le ministre en voyages éclairs et en interminables réunions. Le
point d’orgue de la présidence belge fut symbolique, mais bien modeste : la
libération d’une poignée d’espions russes présumés, à laquelle elle put
convaincre le gouvernement géorgien d’acquiescer.

Ce dénouement heureux a été rendu possible par les relations amicales – trop
amicales, diront certains – que M. De Gucht s’est plu à tisser avec la
Russie, comme, au demeurant, avec les Etats-Unis. Il s’agissait, dans ce
dernier cas, de faire oublier les dissensions stridentes nées de
l’opposition à la guerre en Irak sous son prédécesseur.

Union européenne

Professeur de droit européen, ancien eurodéputé, Karel De Gucht a endossé le
costume de ministre des Affaires étrangères avec un fameux bagage d’expert
de l’Union. Il avait d’ailleurs été membre de la Convention qui, présidée
par Valéry Giscard d’Estaing, avait accouché du projet de traité
constitutionnel. L’homme est un fervent défenseur de la méthode
communautaire, et du rôle de la Commission en tant que garante de l’intérêt
général européen et, partant, de celui des petits pays. Plaider pour une
Union qui fonctionne ne l’a pas empêché, au Conseil des ministres européens,
de soutenir l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Croatie et la
Turquie en 2005. Mais il a aussi soutenu l’idée de ne pas reprendre les
négociations sur l’accord de stabilisation et d’association (ASA) avec la
Serbie, gelées en mai 2006, tant que les autorités de Belgrade ne coopèrent
pas pleinement avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie
(TPIY).

(1) short en usage durant la colonie
© La Libre Belgique 2007

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top