Elections 2006 : Bukavu sous haute tension 795

10 morts à Bukavu en l’espace d’une semaine, selon les premiers éléments d’information. Emblème de partis politiques déchirés. Accusation et contre accusation des dirigeants des partis politiques. Marche de protestation de la population contre ces assassinats. Bukavu est sous haute tension depuis une semaine alors que les élections approchent. Mauvais signe.

Selon des sources concordantes, le président de la République, Joseph Kabila, a dépêché une forte délégation de la présidence de la République depuis hier lundi 10 avril, pour s’enquérir de la situation qui prévaut à Bukavu. En effet, en l’espace d’une semaine, la ville de Bukavu a enregistré près de 10 morts. Ils sont décédés dans des conditions non encore élucidées.

Mais ce qui est vrai c’est qu’ils ont été tués par balles par des personnes en uniforme. Devant cette recrudescence d’insécurité, la population de Bukavu est descendue dans la rue afin de protester. Au cours de cette marche, il y a eu également mort d’hommes. D’où cette réaction brutale de la population qui s’en est prise aux emblèmes de certains partis politiques, notamment le Pprd.

Comment en est-on arrivé jusque-là ? Pourquoi cette montée en flèche de la violence dans cette région sensible au regard de tant d’événements douloureux encore frais dans la mémoire des Congolais, mais qui se produisent à quelque deux mois de l’ organisation des élections ?

DES ACCUSATIONS RECIPROQUES

C’est pour s’enquérir de la situation et apporter la solution qui s’impose que le Président de la République a dépêché à Bukavu cette délégation de ses différents services. Mais de nombreux observateurs sont convaincus que ces incidents ont un caractère politique pour autant que certaines personnes malintentionnées visent à troubler le bon déroulement des élections. Ou alors qu’ il s’agirait tout simplement d’un ballon d’essai en prévision d’une autre action militaire de grande envergure.

Comme pour donner raison à ces observateurs, la presse a fait allusion aux différentes déclarations des acteurs politiques. Pas plus tard que dans notre édition d’hier, le Rassemblement congolais pour la démocratie, le Rcd, réagissait aux déclarations de Vital Kamerhe, secrétaire général du Pprd. Selon le Rcd, « Vital Kamerhe a faussement accusé les éléments de l’ex-Anc ayant appartenu au Rcd d’être auteurs de ces assassinats alors qu‘aucune enquête n’est encore engagée et aucun rapport n’a été produit ». Bien plus, le Rcd pointe du doigt également les Fdlr en appelant à la communauté tant nationale qu’internationale « sur les conséquences politiques de ces actes sur le processus électoral ».

Pay Pay wa Siaghassige, candidat à l’ élection présidentiel, abonde quasiment dans le même sens en dénonçant les propos de Vital Kamerhe. De telles accusations réciproques ne sont pas de nature à entretenir un climat apaisé lors des élections. Bien au contraire, elles sont susceptibles de polluer l’atmosphère politique, de cultiver la méfiance et la haine. Ce qui constitue un précédent dangereux pour la campagne électorale.

TERREUR ET INTIMIDATION

A y réfléchir sérieusement, ce sont des actes de terreur et d’intimidation en prévision des élections. Il importe dès lors de prendre toutes les mesures qui s’imposent, et ce sans délai, pour contrer ce genre de dérapages. La sécurisation de la population est une priorité qui ne peut être négligée ni aliénée au profit des intérêts égoïstes. Autant également les dispositions doivent être prises en vue de sécuriser les candidats aux différents échelons des scrutins ainsi que les sièges et symboles des partis politiques. Ce climat d’intolérance a déjà été évoqué par l’ Union européenne qui vient de répondre favorablement à la demande du Conseil de sécurité des Nations Unies pour l’ envoi d’une force militaire en Rdc. Les instances de la République doivent y concourir efficacement et positivement pour mettre surtout un terme à l’ère de l’ impunité et de « mauvais plaisantins » qui excellent dans l’art d’échafauder des « coups montés et manqués ».

Les acteurs politiques congolais doivent donc éviter d’entraîner la population dans une spirale de violence dans le seul but de bloquer le processus électoral. Ces manœuvres de terreur et d’intimidation ne sont rien d’autre que le refus d’aller aux élections. Mais que les signes avant-coureurs de ce refus, d’une imminente action militaire d’envergure pour déstabiliser les institutions de la République s’observent à partir de l’Est du pays, n’est pas du tout un fait divers. Tout se passe comme s’il s’agissait déjà de la concrétisation d’un agenda caché.

Il revient au Parlement de se saisir sans plus tarder de cette situation pour que, dès le retour de la mission de la présidence de la République qui s’est rendue sur place, qu’elle livre le secret de son enquête. Pour que le gouvernement prenne des mesures conséquentes.

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