Diaspora congolaise: son paradoxe et sa place dans la troisième République 1527

Le Potentiel
Dans un article publié dans le Potentiel par Freddy Mulumba Kabuayi: « Déchéance ou démission des intellectuels universitaires en RDC », il a soutenu que: « le redressement de la situation de notre pays viendra en grande partie des intellectuels et cadres universitaires de la diaspora. Du moins, une certaine partie de celle-ci est à l’abri de la corruption, de la culture de la cueillette.» Cependant, il s’est posé la question de savoir si cette diaspora est consciente de sa mission. La diaspora congolaise a en moyenne une expérience de 15 ans en Occident et elle a accumulé une riche expertise dans des domaines stratégiques au développement du Congo. De ce fait, le Congo a tout intérêt d’exploiter ces «ressources humaines pour s’atteler aux défis énormes de reconstruction et de développement auquel il fait face. La diaspora congolaise, d’autre part, doit avoir la détermination et la bonne volonté de sacrifier son confort pour le développement politique, économique et social du Congo qui pourra ainsi se bâtir un avantage concurrentiel parmi les nations du monde.

LA DEUXIEME REPUBLIQUE ET LES CONGOLAIS
Tout au long de la deuxième République, les Congolais ont vu au fil du temps l’effondrement de la vie politique, économique et sociale du Congo jusqu’au point où rien ne fonctionnait. Le maréchal Mobutu Sese Seko et ses collaborateurs se sont clandestinement accaparés le pouvoir en corrompant les majeures institutions gouvernementales. Ils ont transformé l’Etat congolais à leurs propriétés personnelles en mettant à sac le trésor public pour leurs propres bénéfices et les bénéfices des membres de leurs tribus. Ils ont ouvertement saccagé le trésor public sans peur d’être tenus responsables pour leurs actions. Ils ont exercé un contrôle absolu sur les ressources de l’Etat congolais, sans aucune distinction entre leurs intérêts publics et personnels. Ils ne se sont sentis sous aucune obligation politique de distribuer les biens et services publics d’une façon équitable. Ils ont approuvé des projets non pas dans l’intérêt de la nation, mais parce qu’ils présentent une opportunité pour encaisser des pots-de-vin. Ils ont utilisé la violence pour brimer et réduire la population congolaise au silence.
Les mécanismes de fonctionnement de la deuxième République se sont soldés par la destruction des infrastructures économiques et l’instabilité politique que le pays est en train de traverser jusqu’à ce jour. Il est aujourd’hui facile pour les Congolais de pointer le doigt vers les Mobutistes pour ce dérapage. Nous devons reconnaître qu’un des facteurs qui nous à conduits jusqu’à ce point de désespoir, est notre manque de capacité organisationnelle de nous débarrasser de ces prédateurs politiques, et d’exercer notre droit de contrôle sur le gouvernement. Nous avons été abusés, violentés et humiliés à cause de notre manque de capacité organisationnelle. Notre désorganisation nous a fait une proie facile à ceux qui veulent piller les ressources du Congo pour leurs intérêts personnels. Nous avons permis le défilé devant nos yeux des abus du régime, des arrestations arbitraires, de la dégradation des valeurs morales, du tribalisme, des relégations, et de l’appropriation des biens publics. Nous avons même glorifié les dirigeants qui ont transformé à leurs profits les biens et les services publics.
Au cours de trente premières années d’indépendance, nous nous sommes laissés manipuler par les mensonges du régime. L’Eglise catholique, protestante et kimbanguiste qui constituent les structures de base de la société civile se sont engagés d’une façon timide à dénoncer le régime au moment où leurs fidèles croupissaient dans la misère. Beaucoup d’entre nous qui constituons aujourd’hui la diaspora congolaise avons choisi l’exil au lieu de la résistance sur le terrain. Nous sommes rassemblés en partis politiques ou groupuscules pour dénoncer les abus du régime auprès des pays occidentaux sans pour autant nous rendre compte qu’ils sont les mêmes qui ont comploté contre Patrice Lumumba et ont aidé le maréchal Mobutu Sese Seko à accéder à la magistrature suprême. La plupart de ces partis politiques ou groupuscules ont eu une vision très limitée, opérant sous les exigences et les directives du système occidental avec le souhait que l’Occident interviendra à leur égard pour apporter de changement politique au pays.
Pourquoi alors toute cette méfiance envers les pays occidentaux si nous sommes en quête à notre tour de légitimation occidentale ? Pensons-nous que le Congo sera indépendant de l’Occident si nous continuons à œuvrer dans cette direction ? Qu’espérons-nous avec des manifestations sur les rues de Bruxelles, de Paris, de Londres et de Washington? Nous avons besoin de cette prise de conscience qu’ensemble, nous sommes capables d’instaurer la démocratie, la paix, l’unité nationale et la bonne gouvernance au Congo. Notre disposition à dépendre de l’Occident pour intervenir dans les affaires congolaises constitue à la fois notre désespoir et notre paradoxe.
LA TROISIEME REPUBLIQUE ET LA DIASPORA CONGOLAISE
Le danger est là. Les risques de dérapage sont énormes. Comment devrions-nous contrôler ces risques? Quels mécanismes de contrôle devrions-nous mettre en place afin d’atténuer ou éliminer ces risques? Ce sont là, entre autres, les questions que les Congolais devraient se poser pour éviter la répétition de notre histoire. Ceux qui oublient les leçons de l’histoire sont contraints à les répéter. Si nous n’y prenons garde, le pays risque de plonger de nouveau dans le chaos (la dictature, la transition de 16 ans et la tutelle internationale).
La diaspora congolaise continue de jouer un rôle important dans la lutte patriotique pour l’indépendance politique et économique du Congo, le respect des libertés civiques et le respect des biens publics. Face à cette lutte, il y a une frange de la diaspora qui n’a plus l’espoir pour le Congo. Les leitmotivs suivants sont courants parmi nous: « Ngai mboka wana, ngai te. Ba bongisa kaka. Soki ba bongisi, nde nako kende kuna. Mboka wana, bal’oka yango ». C’est une erreur grave de penser que ce sont là les responsabilités d’autres Congolais et non nos responsabilités. La diaspora congolaise n’a aucune raison de perdre l’espoir et de devenir pusillanime.

Nous devons réaliser que le destin et le futur du Congo dépendront de notre vision du Congo. Ainsi, nous devons tailler ce destin et ce futur. La survie du Congo est de notre responsabilité. La défense du Congo est de notre devoir. Nous sommes parmi les plus éduqués et les plus informés de notre peuple. Nous ne devrons pas nous tenir à l’écart du Congo. La souffrance de nos compatriotes au Congo est aussi notre souffrance. Il est temps de regarder avec courage et conviction vers le Congo. C’est aujourd’hui ou jamais que nous devons nous engager de retourner au pays pour réaliser’ cette vision. Nous sommes dans une période dangereuse de notre histoire, quand nous devons soit accepter la bonne direction ou déchoir. Nous ne pouvons plus permettre la continuité de ces crimes contre notre peuple. La diaspora congolaise doit sacrifier son confort pour aider à regagner le Congo entre les mains de ceux qui veulent le piller pour leurs propres bénéfices, et à bâtir une nation forte qui va protéger le peuple congolais.
La diaspora congolaise est une masse importante avec une expertise technique et intellectuelle dans plusieurs domaines. Le Congo a tout intérêt de bénéficier de ces ressources humaines afin de s’atteler aux défis de souveraineté, de sécurité nationale, de justice sociale, de gestion gouvernementale, de sécurité alimentaire, d’approvisionnement en énergie, de santé, et de croissance économique équitable. La diaspora congolaise a un rôle déterminant à jouer dans cette troisième République. Elle peut participer dans la gestion des affaires publiques et privées en défendant la bonne gouvernance et la justice sociale. Elle peut concentrer son énergie en établissant des infrastructures économiques et en mobilisant de ressources afin de resoudre les problèmes qu’elle estime critiques et essentiels pour le développement et l’émancipation du Congo et de son peuple.
Elle peut aussi travailler ensemble avec les forces de la société civile de développer de mécanismes de participation et de contrôle sur le gouvernement. En fait, il s’agit d’éduquer notre peuple sur ce qu’il devrait savoir pour qu’il soit à mesure d’évaluer la performance de ses dirigeants dans l’accomplissement des objectifs de gestion, de reconstruction et de développement du pays.
C’est au peuple congolais de s’organiser, pas nécessairement en partis politiques en quête de pouvoir. Il ne peut se tenir à l’écart de la gestion du pays. Il est impératif qu’il développe des mécanismes de contrôle et d’action sur le gouvernement pour assurer sa souveraineté, ses libertés civiques et son bien-être. Allons-nous attendre dans cinq ans ?

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