Dialogue Inter Congolais 317

La lutte pour la liberation de la liberté est engagé et bien engagé. Le dialogue inter congolais longtemps confisqué par une « élite » descend aujourd’hui à la base. Je laisse la parole cette semaine à 2 compatriotes qui ont eu un échange très édifiant pour nous tous. J’espère que vous apprecierez cette échange à sa juste valeur.

« Je suis convaincu que nous avons le devoir civique d’éviter l’attentisme et d’exiger … personne n’est obligé de gouverner, ceux qui s’engagent à le faire doivent livrer correctement et rapidement. Autrement, il faut céder la place et c’est le recommencement perpétuel qui finit par améliorer la compétence générale. Le pouvoir politique ne doit pas servir à s’enrichir personnellement, nous devons casser cette croyance à la base de tous nos déboires.

Le monde s’apparente parfois à une jungle, si vous libérez des « hormones de peur », des prédateurs vous bouffent et parfois vous tuent par simple opportunité; pour jouer à la vie et à la mort.

Nous n’appartenons pas à des camps adverses, chacun de nous peut se tromper, mais votre choix me paraît dangereux dans l’immédiat déjà, je vous invite à le réviser. »

« Cher compatriote,

J’accuse bonne réception de votre article sur les atrocités commises sur nos compatriotes à l’Est du pays. C’est ce qui fonde votre revendication, avez-vous dit ! Et bien, sans complaisance aucune cette situation est écoeurante et c’est une préoccupation de tous. A cela ajoutez la barbarie qui se commet en Ituri et au nord-Katanga… C’est affreux et inacceptable!
Cependant je ne concilie clairement pas cela avec votre revendication au sujet de la caducité de toutes les institutions de la transition au 30/06/2005, sans passer par les élections. En quelque sorte il s’agit (pour vous) d’évincer le régime actuel pour le remplacer par un autre issu de l’arbitraire (concertations informelles) et non des élections… et ce régime vous le devinez déjà capable de changer par magie la situation actuelle de crise et des tribulations dont les causes remontent très loin dans l’histoire de notre pays!

Voyez non loin de nous, l’exemple édifiant du « pays de Nelson Mandela » où la persévérance dans une lutte de longue haleine a débouché sur une victoire démocratique et pacifique. Ne cherchez donc pas à utiliser des images horribles dans le but de fausser la vraie appréciation du problème congolais en le particularisant à la seule dimension des exactions commises par les rasta à Nindja et autres hors-la -loi sous le nez et la barbe, d’ailleurs, de la MONUC à qui vous ne reprochez apparemment rien.

Il est vrai que la sécurité nationale est une obligation dévolue au gouvernement,mais vous n’ignorez pas le cas de la RDC, notre pays : les anciens rebelles, les forces gouvernementales, les mai – mai… Quel surhumain brasserait en un clin d’oeil tous ces combattants… Avez-vous une idée de ce qu’est la réunification d’une armée?

En plus que voulez qu’on fasse avec un « présidium » de 5 personnes à la place d’un responsable de l’exécutif (comme c’est le cas partout) appelé ridiculement « espace présidentiel »!

Tous ces éléments portent à entrevoir comme issue favorable, l’organisation des élections démocratiques…En-tout-cas c’est cela la solution, il faut qu’on y arrive à tout prix! Chercher d’autres voies me semble illogique. »

(Je masque les noms à dessein, car j’ai pris les textes à titre illustratif !)

LA REPONSE

« Merci aussi au compatriote XXX de nous donner l’occasion de lui présenter notre point de vue auquel il n’arrive pas, comme bien d’autres, à opposer une vision plus convaincante; nous ne demandons qu’à y croire, nous partageons avec lui ce rêve de VOTER, de mettre en place un gouvernement responsable qui s’imposera une obligation de résultat, qui se sentira le besoin de rendre compte, que nous pourrions congédier en cas de déficit grave de performance comme cela est le cas actuellement, qui aura la capacité de résister aux pressions extérieures….

Mon cher XXXX je me permets de renchérir ta réponse pour tenter de convaincre M. XXX, de notre bonne foi et du bien fondé de notre position. Je crois qu’on a le devoir de nous « évangéliser » mutuellement jusqu’à arriver à cette concorde citoyenne qui fait le rempart des cités.

Cher compatriote XXX je voudrais commencer par vous faire remarquer qu’il est très imprudent, pour un démocrate que vous êtes, de manifester autant de complaisance envers un gouvernement dont tout le monde reconnaît pourtant une faiblesse excessive et très inappropriée à la situation.
Je crains que ce légalisme que vous brandissez ne constitue qu’un rempart psychologique destiné à vous éviter de vous attaquer de front à un devoir complexe. Il le faut pourtant mon frère, mettez vous les yeux en face des trous, vous vous rendrez compte que c’est trop mal engagé pour aboutir et que c’est plus risqué encore d’attendre car on prolonge ainsi trop de misère et de déshonneur. Ce serait coupable vis à vis de ceux qui comptent sur nous …

En plus, nous prendrions le risque de laisser au mal le temps de s’enraciner. Les armées et les stratégies de Kagamé continuent à s’affiner. Sans compter que les intervenants occidentaux pourraient tabler sur une telle impassibilité pour nous proposer des compromis faciles pour eux mais plus graves encore pour nous; vous n’ignorez pas l’agenda caché de Kagamé sur notre pays et vous savez que cela importe moins pour les parrains de la transition. Mandela, par exemple, trouvait que c’était du multiculturalisme.

Comment pouvez-vous prétendre qu’il n’est pas facile d’intégrer les armées rebelles alors leurs chefs sont chefs d’État ? Pourquoi parlez-vous à leur place ? Comment seraient-ils capables de mettre en place les institutions démocratiques s’ils ne peuvent pas intégrer rapidement les troupes qu’ils contrôlent ? Pour quelle raison refusent-t-ils d’utiliser l’expertise locale ? Des généraux Congolais ont déjà exprimé à plusieurs reprises leur « disponibilité à servir la république »; c’est le propos du général Amela à la télévision congolaise. Ils sont nombreux ces officiers formés à l’école royale militaire de Belgique. Certains ont déjà dirigé la force inter africaine d’intervention, ont formé l’armée Tchadienne et l’ont conseillé lors de la guerre contre la Libye. On m’a même raconté que l’un deux était Colonel dans l’armée canadienne. Les 1+4 les écartent ou les sous emploient comme Mobutu à l’époque. Et l’on s’en va discuter de l’intégration des forces armées ailleurs (USA, Rwanda, Ouganda, Belgique); c’est une foutaise qui ne peut s’expliquer que par l’existence des agendas cachés.

La transition actuelle sert aussi des objectifs qui nous échappent, c’est l’une des raisons de sa prolongation. Joseph ne pourra pas tout contrôler, il est trop jeune et trop inexpérimenté pour cela, il a fait plus qu’on n’aurait pu espérer de lui.

Vous ne devriez pas accepter aussi facilement ce manquement d’un gouvernement sans contrainte, vous ne disposez d’aucun moyen de coercition contre lui et c’est pour cela que vous devriez au moins « montrer les dents maintenant »; les victimes de l’Ituri, du nord Katanga, etc. attendent cela de nous. Si vous ne créez pas au moins cet espoir maintenant vous donneriez à tous les déçus l’impression qu’ils sont laissés pour compte et qu’ils doivent se trouver justement des moyens de lutte douteux que vous craignez.

Je suis convaincu que nous avons le devoir civique d’éviter l’attentisme et d’exiger … Personne n’est obligé de gouverner, ceux qui s’engagent à le faire doivent livrer correctement et rapidement. Autrement, il faut céder la place et c’est le recommencement perpétuel qui finit par améliorer la compétence générale. Le pouvoir politique ne doit pas servir à s’enrichir personnellement, nous devons casser cette croyance à la base de tous nos déboires.

Le monde s’apparente parfois à une jungle, si vous libérez des « hormones de peur », des prédateurs vous bouffent et parfois vous tuent par simple opportunité; pour jouer à la vie et à la mort.

Nous n’appartenons pas à des camps adverses, chacun de nous peut se tromper, mais votre choix me paraît dangereux dans l’immédiat déjà, je vous invite à le réviser.

Portez vous bien. »

(Je masque le nom de l’auteur)

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top