Deuxième tour de l’élection présidentielle :

Un leader de perdu, dix de retrouvés 1376

Dimanche 29 octobre 2006, les Congolais se rendent aux urnes pour le deuxième tour de l’élection présidentielle et celle des députés provinciaux. Comme au premier tour face à l’élection législative nationale, l’élection présidentielle vole la vedette à la législative provinciale.

Dans les camps de Jean-Pierre Bemba et Joseph Kabila, les deux candidats restés en lice, la détermination, la confiance et l’assurance de voir leur candidat remporter la victoire sont totales. Quel que sera le vainqueur de cette élection présidentielle et en dépit d’innombrables et grossières irrégularités dont ce processus aura été émaillé, le véritable vainqueur sera plutôt le peuple congolais.

Cette victoire consiste premièrement à la réussite, à travers ce deuxième tour de l’élection présidentielle, d’avoir fait tomber les masques de ces politiciens les plus mauvais de la planète qui se sont amusés pendant de longues années à donner le change. Le peuple sait maintenant qui est qui et ceci est très important pour l’avancement de la démocratie. Quiconque se mettrait en tête de jouer au petit malin n’aura, cinq ans après, à ne s’en prendre qu’à lui-même.

Cette victoire consiste aussi à la prise de conscience du peuple de son incontournabilité dans le jeu politique, car le pouvoir, loin d’être le bien privé d’une certaine personne qui le partagerait à sa guise avec qui lui chanterait, appartient plutôt à lui le souverain primaire qui a maintenant toutes les cartes en main pour faire payer à ces politiciens de dimanche leur arrogance et leur imposture.

Heureusement pour le peuple et le bien de la démocratie, dans cette marmaille des politiciens discutables, quelques politiciens suscitent à travers leur démarche, l’espoir d’une culture politique qui a fait tant défaut au personnel politique congolais.

Tshisekedi : Il Maestro !

« Maintenant je le sais, au Congo, il n’y a qu’un politicien ». Ainsi s’exclame Marie, une étudiante en droit des Facultés protestantes de Kinshasa, qui a appelé de tous ses vœux le soutien de Tshisekedi à Jean-Pierre pour une victoire assurée au deuxième tour de l’élection présidentielle. Marie partage le point de vue de la majorité des congolais selon lequel la mise à l’écart de Tshisekedi et de l’UDPS du processus électoral a été le fait du candidat Joseph Kabila et de son parti le PPRD, qui ont instrumentalisé, avec la bénédiction de la nébuleuse communauté internationale, la commission électorale dite indépendante, pour ne pas accéder aux conditions, pourtant pertinentes, posées par la fille aînée de l’opposition pour la requalification et la crédibilisation des élections.

Quand on sait que plus de 7 millions des congolais enrôlés, soit plus de 30 pourcents de la population électorale, ne se sont pas rendus aux urnes au premier tour, et que ces abstentionnistes sont répertoriés dans le Kasaï et à Kinshasa, milieux réputés bastions du Lider Maximo, quand on sait qu’en l’absence de Tshisekedi, plus de 50 % de ceux qui sont allés voter au premier tour n’ont jeté leur dévolu sur l’un ou l’autre des candidats que par défaut, Tshisekedi aurait pu profiter de ce deuxième tour de l’élection présidentielle pour se venger contre Kabila, l’artisan désigné de son exclusion, en lançant un mot d’ordre de vote clair de soutien à Jean-Pierre Bemba.

Mais cet homme est d’une noblesse rare. Il n’y a en lui aucune mesquinerie. Il est très élevé moralement pour s’abaisser dans une vengeance qui pêcherait contre son culte de la constance. S’il a jugé le processus électoral trop vicié pour y participer lui-même, il est logique qu’il ne s’y invite pas avec un soutien à Jean-Pierre Bemba. On peut lui reprocher de ne pas être pragmatique ou opportuniste, mais dans la démarche politique de Tshisekedi, la norme l’emporte sur la stratégie. Quiconque serait tenté de l’en blâmer ferait mieux de se demander si l’émergence d’un état de droit repose sur la stratégie, donnée conjoncturelle, ou plutôt sur le respect des règles et des lois, ciment de la stabilité de tout état moderne.

Gizenga : la honte !

De la médiocrité des politiciens congolais, la preuve est venue d’Antoine Gizenga, le plus vieux d’entre eux. On ne l’a pas dit assez, au premier tour, l’homme a, avec une hargne rare, mené toute sa campagne contre la personne de Joseph Kabila. L’expertise du PALU, parti de Gizenga, a produit une étude de grande facture sur l’ONATRA, la SNEL et la REGIDESO, les trois principales sociétés publiques congolaises, respectivement de manutention, de production et de distribution de l’énergie électrique et de l’eau courante. L’étude concluait pertinemment que toutes ces sociétés, en l’instar de toutes les autres, étaient en situation de dépôt des bilans et que ce sombre tableau était imputable à Monsieur Kabila et à sa famille politique qui n’avaient pas, selon le PALU, géré le bien national en bons pères de famille.

Un bréviaire de campagne a aussi été produit sur tous les aspects de la vie socio-économique du pays. Dans tous les domaines, le PALU relevait le marasme dont le seul responsable n’était personne d’autre que Kabila. D’une manière plus sournoise, dans le Bandundu profond, le fief de Gizenga, une campagne de sape était menée contre Kabila, présenté par les propagandistes du PALU comme étranger. Même si le PALU est plus une secte qu’un parti politique, les membres ne comprennent pas ce qui a changé entretemps pour qu’ils soient appelés à voter pour celui qu’ils ont combattu avec tant d’engagement au premier tour.

Du coup, le pouvoir du gourou s’est effrité. De son fief, le message de désolidarisation lui est parvenu. ‘‘Akeyi ye moko’’ (Il est parti seul), ne cesse-t-on d’entendre des appels téléphoniques en provenance du Bandundu. Dans la rue à Kinshasa, une conviction fait son chemin que le vieux se serait vendu contre espèces sonnantes et trébuchantes. Mais pour les observateurs avertis, le revirement du vieux n’est pas une surprise dans la mesure où Gizenga n’a été jusqu’ici qu’un opposant de salon. On se souvient qu’à son retour d’exil au début des années quatre-vingt-dix, toute l’opposition, Tshisekedi en tête, lui avait fait allégeance pour conduire la lutte contre Mobutu. La seule action à l’actif de Gizenga qui revient en mémoire n’est que cette ténébreuse OTT (opération tremblement de terre) qui avait fait des morts inutiles. L’opinion se souvient aussi que lors de l’élection du premier ministre à la conférence nationale souveraine, alors que toute l’opposition s’était rangée derrière Tshisekedi, Gizenga avait soutenu Thomas Kanza, le candidat de … Mobutu !

Selon certaines indiscrétions, le vieux aurait capté le message cinq sur cinq et voudrait se rattraper. Il aurait décidé, en cas de victoire de Joseph Kabila, de céder le poste de premier ministre lui promis à un de ses lieutenants. Les noms les plus avancés sont ceux de Mayobo et de Freddy Matungulu. Une opération qui ne pourrait berner que les naïfs qui la salueront comme un geste de haute portée patriotique du Lumumbiste qui n’aurait rallié l’AMP que pour sauvegarder l’unité nationale. Mais aussi, comme il n’est pas évident que son séjour à la primature dure, Gizenga se mettrait ainsi à l’abri d’une humiliation qui ne ferait qu’en ajouter à la honte d’un politicien qui se retirera de la vie politique sur la pointe des pieds.

Bemba : Igwe !

A Kinshasa, contrairement à la propagande de l’AMP de Kabila, les données n’ont pas changé. Il n’y aura pas de cinquante cinquante. Pour preuve, alors que les photos de Kabila sont affichées sur les belles jupes des barons du sérail, celles de Bemba sont visibles sur tous ces taxi bus et taxis de fortune à bord desquels se déplacent les Kinois. Dans la rue, il n’est pas rare de voir les enfants de la rue, les cireurs et les vendeurs à la criée se pavaner avec les photos de Bemba affichées à même le corps. Même si Bemba perdait à l’élection présidentielle, quiconque se hasarderait à faire le malin en lui cherchant noise aura Kinshasa sur son chemin. En effet, la capitale du Congo a consacré le Muana Congo Igwe, ce qui veut dire dans une langue nigériane : Chef suprême.

Quoi de plus normal en ces temps où de petits pays se permettent de venir faire leur loi sur le grand Congo en toute impunité. Dans ce pays pris en otage par des bandes armées nationales et étrangères qui font subir toutes sortes d’exactions au peuple, dans l’indifférence totale d’un leadership plus enclin à l’affairisme qu’à la défense du territoire national, le désir d’un leader qui rassure s’est vite fait sentir. Alors que contre toute attente, Budja Mabe, ce vaillant combattant qui avait réussi à tenir en respect Nkunda et Mutebusi se faisait muter à Kitona, Bemba avait menacé de remettre sa tenue militaire du temps de la rébellion pour aller pacifier le grand Est congolais.

Alors que le projet de son adversaire ne se fait entendre que de la bouche des autres, Bemba a plus d’une fois, tenu une conférence de presse dans laquelle le peuple a été séduit par le sérieux des ambitions que le Chairman nourrit pour le Congo. Le fait que Kabila ait séché le débat contradictoire n’a fait que conforter les Kinois dans leur conviction qu’Igwe est numéro un en tout face à son adversaire.

Certains regrettent cependant que Bemba n’ait pas tué carrément le doute en allant à Limete, même en rampant, pour arracher le soutien de Tshisekedi plutôt que de privilégier cette voie épistolaire qui n’a fait que compliquer les choses.

Nzanga Mobutu : le parricide

Le Fils a tué le Père pour la seconde fois, entend-t-on les gens se plaindre du ralliement de Nzanga à Kabila. L’opinion se rappelle toutes les méchancetés racontées par les Kabilistes sur Mobutu depuis leur avènement au pouvoir. La famille du Maréchal du Zaïre a produit une déclaration contre ce fils égaré qui a craché sur la mémoire de son père pour un gain sordide et par mesquine vengeance contre Bemba.

Il pourra peut-être occuper un ministère pendant deux ans et même cinq, mais après Nzanga devra oublier d’aller encore se présenter à une quelconque élection. Il est assez intelligent pour réaliser qu’il ne vaut rien de par lui-même pour mériter cette confiance de la population au premier tour, laquelle confiance n’ayant été que le transfert, sur le fils, de l’attachement que la population avait pour le père. Maintenant qu’il trahi le père, il n’a qu’à mettre une croix sur sa carrière politique.

Kashala : un leader est né

Oscar Kashala, ce professeur cancérologue qui a séduit aussi bien les intellectuels que le petit peuple au premier tour a donné, par son soutien à Bemba, la preuve qu’il s’était porté candidat pour amener l’alternative dans le leadership au Congo. Contrairement à tous ces politiciens du ventre qui se sont rués à la table de l’AMP, Kashala s’est mis du côté du candidat qui présente plus d’atouts pour répondre aux défis de la modernité et du développement du Congo.

Kashala fera beaucoup de bien à Bemba dans la mesure où il convaincra une bonne partie des abstentionnistes du premier tour à faire le déplacement du bureau de vote. Contrairement à l’abstention du premier tour, les nouvelles en provenance du Kasaï, où Kashala vient de battre campagne pour Bemba, font état d’un engouement fou en faveur du Muana Congo.

Kabila : le doute

Qui est-il ? D’où vient-il ? Que veut-il faire du Congo. Autant des questions que nombre des congolais se posent encore sur Joseph Kabila, cet homme qui est arrivé au pouvoir dans des circonstances non encore élucidées. Tout ce que les congolais savent est que Kabila veut le pouvoir à tout prix. Même s’il faut donner la primature à Gizenga, les affaires étrangères à Nzanga, le respect feint ou réel à Tshisekedi,…

Toutes les lois du pays ont été taillées sur les seules mesures de cet homme. Les occidentaux ne jurent que par lui et ferment les yeux sur tous ses forfaits. Il est présenté comme l’espoir et la chance qu’a ce pays pour se développer. Seulement, beaucoup des congolais doutent des capacités de Kabila à diriger un pays aussi grand que l’Europe occidentale. Ils se plaignent de n’entendre son programme que de la bouche de ses nombreux courtisans. A la place du débat contradictoire qui aurait permis aux Congolais de savoir ce qu’il vaut vraiment, l’homme a préféré se prêter à un casting avec quelques journalistes triés sur le volet et conditionnés. La presse internationale et la radio onusienne, jugées peu coopératives et indésirables, ont été priées d’aller voir ailleurs.

L’homme ne dit rien sur les bavures et les exactions de l’armée et de la police. Il ne garantit rien sur le respect des droits et libertés des citoyens, sur le sort des prisonniers politiques, sur la tenue des procès publics et crédibles sur la mort de Mzé Kabila et sur le cas de l’Archbishop Kutino.

Pour réduire ses adversaires au silence et museler la presse, il s’est assuré les services d’une soit disant haute autorité des médias qui n’est rien d’autre que la caisse de résonance de ses propres vues. L’opinion ne comprend pas cet acharnement de la haute autorité des médias sur le seul domaine politique alors que les danses obscènes, les films malsains et violents et les publications des boissons alcoolisées ne font l’objet d’aucune régulation.

Les mentors occidentaux de Kabila lui ont inventé le concept ‘‘congolité’’ pour répondre à la contestation de sa nationalité. Alors que pendant une bonne partie de la transition, la famille politique de Kabila a présenté Azarias Ruberwa, Moïse Nyarugabo et les autres tutsis du RCD comme ruandais, sans émouvoir outre mesure ces citoyens du monde que sont les plénipotentiaires de la communauté internationale.

Pour de nombreux congolais, le doute persiste non seulement sur la nationalité, la capacité intellectuelle et la compétence de Kabila, mais surtout sur le fait qu’il ne serait pas que le candidat des occidentaux pour maintenir le Congo dans l’état de ce comptoir colonial qu’il a toujours été.

Le doute persiste encore sur les capacités de Kabila à préserver l’unité nationale quand on voit les divisions que sa personne crée dans les familles Lumumba, Kasavubu et Mobutu, quand on voit que même au sein de la sérieuse église catholique, on entend maintenant un son de cloche d’une église de l’Est qui vient toujours se désolidariser des positions de la hiérarchie nationale de l’église romaine

Pourtant, grâce à une population de l’Est qui ne se pose pas les bonnes questions, car soumise à une campagne de désinformation par une soit disant société civile qui croule sous les dollars des mentors de Kabila, ce dernier a de fortes chances de se succéder à lui-même. Les congolais n’auront qu’à gérer leur doute, pour cinq ans encore, dans les meilleures des cas.

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