Des vendeuses de maïs kidnappées et violées à Kibomango 1881

Le centre d’instruction de Kibomango ne garde pas que des secrets militaires. Des choses on ne peut plus intolérables s’y passent ces derniers temps. Une vendeuse de maïs du marché « Muselu » de l’avenue Gambela, dans la commune de Bumbu, a failli en faire la triste expérience.

Il y a de cela une semaine, sœur Dorcas avait quitté Bumbu vers 13h00’’ pour aller s’approvisionner en sacs de maïs au port. Arrivée sur l’avenue Victoire, elle a trouvé un minibus de marque Hiace où n’étaient admises que des femmes. Le véhicule étant presque plein, elle a pris place à bord. Ensuite, le receveur a donné le signal de départ.

Mais au croisement de l’avenue Sendwe et du boulevard Lumumba, le véhicule a changé d’itinéraire en prenant tout droit la direction de l’aéroport de N’Djili. N’y comprenant rien, les femmes ont commencé à crier. C’est à ce moment-là que le chauffeur, le receveur et deux hommes en veste assis devant brandiront des armes de guerre en intimant à ces dames l’ordre de se taire.

Au vu de ce danger, sœur Dorcas s’est mise à invoquer l’Eternel et à chanter des cantiques religieux. Mais, leurs ravisseurs lui ordonneront de fermer la bouche, et ses compagnes d’infortune la trouveront idiote. Malgré les intimidations de ses bourreaux, Dorcas la Kasaïenne chantait toujours à la gloire de son Dieu, dans sa langue maternelle. Pendant ce temps, les autres femmes ne faisaient que pleurer.

Sourd à ces lamentations, le véhicule roulait toujours, On dépassa ainsi la commune de Limete, on doubla celle de Matete, on dévala à vive allure les communes de Masina et de Kimbanseke et enfin, l’aéroport international de N’Djili. Illusion. Ce n’était pas le point final.

Le chauffeur accéléra encore, et le minibus prit la droite. Les pauvres femmes se trouvaient maintenant dans le dangereux domaine militaire de Kibomango, fief de la Garde républicaine.

Enfin, le minibus avait fini par s’immobiliser devant une maison en pleine brousse. Là, l’ordre fut donné à ces femmes d’y entrer et de s’y déshabiller en laissant tout ce qu’elles possédaient : bijoux, montres, argent, etc. Toutes peureuses, ces dernières s’exécutèrent.

Mais sœur Dorcas croyait encore en son créateur qui agissait même en dernière minute. Elle a refusé d’obtempérer et a continué à entonner ses chansons religieuses à haute voix. Et ce, malgré les menaces du chauffeur.

Miracle ou bonne chance ? Tout d’un coup, un soldat est venu en courant. Et il a dit à ce geôlier que le chef venait de téléphoner. Il ordonnait à ce qu’on ne touche pas à cette femme, et qu’elle soit ramenée là où on l’avait prise. Mais l’autre soldat s’entêtait.

Une deuxième injonction tomba, et on lui faisait comprendre que dans le cas où malheur arrivait à cette femme, c’est tout le monde qui en subirait les conséquences.

Les instructions d’en haut furent enfin respectées. Sœur Dorcas a été remise dans le véhicule Hiace et ramenée au rond-point Victoire. Il était déjà 16h00’’. Courageuse, elle s’est amenée au port et a acheté ses sacs de maïs. De retour à Bumbu, elle est allée directement à son église pour glorifier l’Eternel des armées.

Quant aux autres femmes, on ignore leur sort. Fasse le ciel qu’elles aient pu regagner leurs foyers. Dans le cas contraire, le Congo serait alors un enfer, où il faudrait regarder par deux fois dans un minibus de transport en commun, avant de monter à bord.

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