Le lundi sanglant à Kinshasa est resté dans la mémoire de plusieurs personnes. Voilà le témoignage d’un de nos correspondant à Kinshasa. Il travaille au centre de la capitale et habite la périphérie.
Pour ce qui est des manifestations de lundi, nous avons fui sous les balles, mon fils et moi, ainsi que Maman N., une collègue de travail. RFI, citant les sources officielles parle de quatre morts alors qu’un ami s’étant rendu à l’Hôpital Général de Kinshasa (Mama Yemo) et à la Clinique Bondeko a VU treize morts à la première morgue et trois dans la deuxième visitée. Ce ne sont pas les seuls hôpitaux disposant de morgue !Et puis, tous les morts ne seront pas acheminés à la morgue, c’est évident !
Tout est parti de la CEI. Il s’est fait que l’Abbé Malu-Malu, Président de la Commission Electorale Indépendante avait fait une déclaration sur RFI annonçant que le plus tôt que les élections peuvent se tenir au Congo serait le mois d’octobre car pour juin, rien n’est prêt. Cette déclaration n’a pas plu à bon nombre de gens qui s’en sont pris à l’Eglise Catholique la jugeant de trop d’immixtion dans les affaires politiques et que l’Abbé est allé au-delà de ses prérogatives (critique émise par l’émission « Forum des Medias » de RTNC2 du dimanche 9 janvier 2005).
La situation a dégénéré contre l’abbé d’abord, l’Eglise catholique ensuite avant de se terminer dans le sang le lundi avec des manifestations de rue apparemment non organisées mais commanditées à mon sens par les politiciens verreux qui se sont vus mis à nu par la fuite en avant de l’Abbé. Le bilan provisoire fait état des pertes lourdes de la part de l’Eglise (matériellement) mais non en vies humaines.
Les pertes en vies humaines dépassent largement la dizaine comme je vous l’ai dit plus haut. Mon fils de 14 ans et moi-même avons frôlé la mort devant les balles perdues tirées sur les marchandes au marché de Kapela ce lundi aux environs de 13 h 30 par des militaires enragés qui poursuivaient les manifestants et les paisibles citoyens.
Nous avons dû courir à travers Makala jusqu’à Ngaba pour prendre le taxi de Cité Verte et aller à Matadi-Mayo où nous habitons. L’abbé Malu-Malu a dénoncé les injonctions des politiciens au gouvernement et manoeuvres dilatoires des institutions chargées de rédiger les textes et libérer les fonds. Je vous transmettrai si possible les détails de sa conférence qui a suivi cette déclaration incriminée.
Au regard de cette manifestation sans lendemain, je me permets de vous affirmer que c’est le pouvoir en place et les politiciens en fonction qui ont tous peur des élections qui veulent se décharger sur le président de la commission électorale en organisant un désordre sans précédent afin de justifier un état de fait chaotique. Aucun Congolais sérieux vivant au pays n’y voit des signes de préparation des élections, hormis les déclarations démagogiques de l’espace présidentiel.
On procède aux remaniements que la population considère comme une simple ristourne : on enlève le mari pour le remplacer par l’épouse. Jusqu’à placer une infirmière au Ministère de commerce extérieur (dernier remaniement). Si le ridicule pouvait tuer !
