D-MADE DE LA BANQUE MONDIALE: ACCUEIL MITIGE A BRUXELLES 2087

Ce lundi 17 septembre 2007 entre 14 heures et 16 heures, coincés les uns contre les autres dans un local du 8ème niveau de Residence Palace au rond-point Schuman, nous étions près de deux cent personnes de la diaspora africaine subsaharienne à tenter de suivre les explications des initiateurs du D-MADE ou la foire du développement pour la diaspora africaine en Europe.

Les orateurs du jour n’ont pas pu dire mieux que ce qui était sur le dépliant du projet, distribué à l’entrée, laissant la plupart des participants sur leur soif.

En deux mots comme en cent cela se résume à ceci : la banque mondiale et ses partenaires belges, français et hollandais viennent de lancer un concours pour sélectionner des projets de développement, conçus par des africains en Europe, susceptibles d’être exécutés en Afrique.

Après un processus assez tortueux d’études et de sélections, septante finalistes seront retenus et le montant le plus élevé octroyé sera de 40.000 €. À supposer que tous les septante finalistes soient ex æquo, cela représente une enveloppe maximale de 2.800.000 € en argent liquide pour les prix.

Alors que l’information nous parvenue était en français, la plupart des communications étaient en anglais, sans traduction instantanée. Ce qui a ennuyé plus d’un, le reliquat de notre anglais appris à l’école secondaire il y a des décennies étant des plus modestes.

La banque mondiale n’ayant pas très bonne presse en Afrique noire depuis les indépendances, c’est avec beaucoup de méfiance que la plupart d’entre nous suivaient les différents discours et explications, à l’affût d’une moindre anomalie.

Aussi, en se référant au dernier sommet sur l’immigration tenu il y a peu à Bruxelles sur initiative de l’ONU, les organisateurs n’ont pas apporté un argument de poids susceptible de convaincre davantage l’auditoire. Si les africains fuient de plus en plus leurs pays et beaucoup au péril de leurs vies, c’est que le mal est très profond. Ce ne sont pas ces rescapés des traversées de l’océan atlantique en pirogue qui se sentiraient concernés.

Dans son adresse, l’ambassadeur d’Afrique du Sud a par exemple parlé des préparatifs d’un sommet de chefs d’Etat africains en 2008 dans son pays sur le même thème. Or, la fuite des cerveaux africains vers l’Europe est due essentiellement au fait de la mauvaise gouvernance, du manque de respect des droits de l’homme et des dirigeants qui se cramponnent au pouvoir contre vents et marrées.

Un orateur a avancé le chiffre de 1,7 millions de subsahariens en Europe. C’est effectivement un grand potentiel humain et financier. Comment l’organiser ? Au profit de qui ? Quel dividende juteux les concernés pourraient-ils en tirer ?

Quand on voit la politique d’immigration de la Belgique, de la hollande et de la France, est-elle rassurante pour les africains ?

Il y a aussi le problème de propriété intellectuelle. Avec tout l’argent qu’elle a, la banque mondiale ne pourrait-elle pas recruter des cerveaux qui pourraient concevoir directement des projets qui seraient appliqués ?

Enfin, il y a les véritables attentes des africains. Les organisateurs en ont-ils pris le pouls ? Connaissent-ils le profil de ceux qui se sont déplacés ou ceux qui chercheront cette l’information par Internet ? Savent-ils ce que ceux-ci entreprennent sur terrain ? Est-il certain qu’en ce moment, c’est vraiment un concours de confection ou de conception de projets dont ces gens ont besoin ?

Durant près de cinquante ans, la banque mondiale et les ministères de la coopération au développement de nos anciens colonisateurs ont œuvré de concert avec nos différents dirigeants. Quel bilan peuvent-ils présenter?

Devons-nous comprendre que cette initiative est un aveu d’échec de leurs politiques de développement passés? Les africains subsahariens qui sont aujourd’hui nombreux ici en Europe ont d’abord vécu en Afrique. Qu’est-ce qui aurait dû être réalisé pour eux qui ne l’a pas été et qui les a poussé à l’exil ? Est-ce quand ils se retrouvent hors de leur continent qu’ils deviennent intéressants ? Mais en ce moment, n’y en a-t-il pas d’autres aux pays qui ont les mêmes capacités voire plus, qu’entreprend-t-on pour eux ?

Les initiateurs du projet D-MADE ne devraient négliger aucune facette du très complexe problème de l’immigration des subsahariens ainsi que de la fuite des cerveaux. Et ne pas réellement impliquer les concernés ne risque-t-il pas de transformer le projet D-MADE en un candidat pour la longue liste des projets sans lendemain qui ont défilé sous nos yeux, après avoir mobilisés des millions en frais de missions, études et autres sommets ?

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