A quinze jours de la fin du délai légal de la publication officielle des résultats définitifs des législatives du 30 juillet dernier, la Cour Suprême de Justice s’est livrée à une véritable course contre la montre. Des arrêts tombent chaque jour à une allure vertigineuse, la Haute Cour semble décidée à en finir avec ce dossier qui, comme on le sait, va déterminer le rapport des forces au sein du parlement de la 3ème République naissante. Parmi les décisions irrévocables qui sont déjà rendues publiques, il y a celles qui concernent des grosses pointures de la classe politique congolaise.
Quatre membres de l’AMP invalidés
Hier, quelques décisions douloureuses ont été prononcées et des pleurs ainsi que des grincements des dents ont été entendus dans cette salle qui en a déjà vu. Si sa requête a été jugée recevable, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle a été déclarée non fondée, a décidé la Cour Suprême de Justice en ce qui concerne le recours introduit par l’AMP Raymond Tshibanda Tunga Mulongo, actuel vice-ministre du Plan. Ainsi donc, son adversaire Alexis Kadima Lubemba conserve le siège jusque-là querellé dans la circonscription électorale de Tshilenge au Kasaï Oriental. Un autre membre du gouvernement sortant qui a été invalidé, c’est le PPRD Mukendi Tshiambula qui perd son siège au profit d’un candidat du RCD, en la personne de M. Justin Biayi. Examinant le fond de l’affaire, la Cour a trouvé de nombreuses anomalies dans les procès-verbaux des bureaux de vote, le nombre des voix des électeurs en faveur de l’ancien ministre des Petites et Moyennes Industries est inférieur à celui de son challenger.
Joseph Olenghankoyi doit avoir sablé le champagne. L’un des candidats de son parti, en la personne de Mme Henriette Wamu a été reconnue vainqueur dans l’une des circonscriptions de la capitale en défaveur du PPRD Kama. Ainsi, les FONUS obtiennent un second siège à Kinshasa. Dans le Kasaï Occidental, et plus particulièrement à Kazumba, le CDS du vieux baroudeur Aimé-Patrice Sessanga récupère le siège qui avait été attribué par erreur au PPRD Milolo.
Avant-hier, non seulement le ciel a failli tomber sur les têtes des partisans et néanmoins frères adversaires de la circonscription électorale de Kenge dans le Bandundu, mais l’on n’a pas moins évité de justesse une bagarre rangée aussi bien dans la salle des audiences de la Cour Suprême qu’aux alentours entre ceux qui ont toujours juré par le nom du bâtonnier national honoraire Matadi Wamba et leurs frères et sœurs partisans de l’ancien ministre de l’Intérieur Théo Mbemba Fundu. Lorsque la sentence a été prononcée, des jurons en dialecte local ont été entendus, mais hélas ! Il était très tard, la requête introduite par Me Matadi Wamba a été rejetée pour défaut de qualité et par voie de conséquence, la Cour a estimé superfétatoire d’examiner le fond de ce contentieux électoral.
La veille, une grosse pointure de l’UN venait de tomber en la personne de l’ancien ministre et ancien chef de guerre célèbre dans le Haut Uélé, en l’occurrence Roger Lumbala qui, alerté, a immédiatement introduit une tierce opposition au motif qu’il n’a jamais été partie au procès.
La Cour Suprême annule les résultats des législatives de Befale
Sans le vouloir ni le provoquer, la Cour Suprême de Justice vient de créer une jurisprudence fâcheuse qui aura des répercussions dangereuses sur le deuxième tour de la présidentielle. Par sa décision portant annulation des résultats des législatives dans la circonscription de Befale dans la province de l’Equateur au motif que des fraudes massives y ont été constatées, la Haute Cour doit aller au fond de sa logique et en tirer les conséquences qui s’imposent. D’autant que les deux élections s’étaient déroulées le même jour et au même moment. Ce sont les mêmes électeurs qui s’étaient présentés devant les urnes pour élire le président de la République et le député de leur choix. S’il y a eu fraudes massives, elles ont touché aussi bien la présidentielle que les législatives, l’on ne peut pas dissocier l’une de l’autre, a indiqué au Phare un spécialiste en droit constitutionnel positif congolais. Un dossier qui va certainement s’ajouter aux revendications émanant de l’UN et qui ont commencé à pleuvoir depuis hier. Qu’adviendra-t-il des autres circonscriptions où l’on déplore des fraudes massives et des bourrages des urnes ? Car, pour éviter la politique de deux poids deux mesures, de deux choses l’une : soit annuler les résultats des circonscriptions où des fraudes massives ont été constatées, soit reprendre les élections.
