Ce jeudi 16 mars 2006 en la Cité de Calvin, Genève, le réalisateur belge Thierry Michel présentait en avant-première en Suisse sa dernière œuvre titrée « Congo River, au-delà des ténèbres », plus documentaire que film et ayant comme héros principal, notre fleuve.
La projection s’insérait dans le cadre de la 4ème édition du Festival International du Film sur les Droits Humains et ce fut donc là une occasion unique pour le public tant occidental que congolais de se retrouver autour de Thierry Michel pour évoquer le Congo, un peu de son histoire pré et post colonial, mais surtout la situation actuelle de cet immense pays dans lequel le cinéaste a passé 15 ans de sa vie. Les oeuvres précédentes de ce documentaliste sont bien connues dans les milieux congolais et notamment le très bon « Mobutu, Roi du Zaïre».
Profitant de cette occasion, quelques ressortissants de la République Démocratique du Congo, versés dans l’activisme politique, ont pu échanger avec le réalisateur après la projection, mais aussi avec le reste de l’audience occidentale présente ce soir-là.
Ne laissant à personne le soin d’entamer les débats, Philippe Lomboto Liondjo, membre du groupe de pression « Banacongo Section Suisse » s’empara du micro pour remercier Thierry Michel en premier lieu pour ce film sur le Congo. Après une rapide et succincte analyse critique du film, Liondjo chercha à axer le débat plus sur le volet de la situation politique du pays et sur l’avenir de cette nation. En effet, il faut remarquer que la majorité des personnes venues assister à la projection cherchaient plus à en retirer la quintessence artistique et leurs questions allaient plus dans le sens culturel. Et dès que les questions précises et pressantes sur la politique, les conséquences des guerres, le Rwanda et le processus de la Transition lui étaient posées, Thierry Michel, très habilement se retranchait derrière le masque de la Culture.
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Mais il ne put jouer ce jeu bien longtemps car les Congolais lui firent remarquer que ces films avaient une forte connotation politique et que l’actualité commandait le débat. Il ne se déroba plus et fit part de son grand espoir de voir enfin ce pays qu’il aime réellement se sortir du gouffre et, pour en revenir à son film, remonter vers la lumière et laisser derrière les ténèbres.
Il est à relever que quelques congolais ont tenté de faire passer un message pro-gouvernement actuel en tentant de brosser un bilan doré de l’action du 1+4 depuis son instauration. En effet, ils firent des assertions sur le succès du référendum, de l’enrôlement, etc. Mais Philippe Liondjo et d’autres congolais firent valoir le contraire par des exposés précis sur les violations de droits de l’homme, le pillage à grande échelle, les incohérences et les incompétences patentes des hommes de la transition.
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Banacongo Section Suisse fit aussi remarquer qu’il était dommage que le film n’est pas montrer plus d’acteurs du processus en cours (seule apparaît une faction des Maï Maï, avec leurs rituels et leurs croyances d’invincibilité).
Ce qui est regrettable également c’est que l’organisation des projections et débats de cette journée consacrée à la région des Grands lacs et des génocides qui y ont cours étaient répartit sur deux sites et se chevauchaient, empêchant ainsi de pouvoir participer à l’ensemble des discussions. D’un côté le génocide rwandais (attirant plus de monde) et de l’autre le documentaire à caractère culturel sur le Fleuve Congo.
Un congolais eut cette remarque acerbe mais peut-être juste : « Ils ont eu peur de mettre les Rwandais et les Congolais ensembles » !!
Qui peut dire ???
Un ressortissant Burkinabé qui était venu là fit remarquer à Thierry Michel qu’il pouvait et devait jouer un rôle culturel de type formateur auprès des artistes cinéastes du Congo ce que le réalisateur affirma vouloir accepter de tout son cœur, car très attaché à ce grand pays.
