La Prospérité (Kinshasa)
Les employés de la Gécamines pleurent leur ADG Paul Fortin limogé par la firme française Sofreco sans, apparemment, l’aval du gouvernement congolais. Pour rien au monde, ils aimeraient revivre le calvaire d’antan. Depuis hier jeudi, la grève est totale, aucun service minimum. Si le couple Kabila- Gizenga ne fait pas attention à cette grogne sociale, par contagion, tous les canards boiteux de l’économie nationale vont entrer en ébullition et la paix sociale sera très menacée.
Le 6 décembre 2006, dans son discours d’investiture, le Président Joseph Kabila a dit qu’il rêve d’un Congo où, chaque matin, jeunes et vieux vont au travail. Pour ce faire, lui-même devait servir d’électrochoc. Le 24 février dernier, lors de l’investiture de son Premier ministre Antoine Gizenga par les députés à l’Assemblée nationale, celui-ci s’est engagé à faire plus que Mbudi à condition que chacun se mette activement au travail. S’il y a un secteur sur lequel tous comptent s’appuyer pour financer le programme du gouvernement et préserver la paix sociale, c’est celui des Mines. Lors de la cérémonie de la passation des pouvoirs au ministère des Mines, le mercredi 28 février, le nouveau ministre Martin Kabwelulu a déclaré à la presse qu’il appliquerait sans faille les injonctions du Premier ministre pour permettre une bonne réalisation du vaste et ambitieux Programme de refondation de l’Etat congolais. Seulement voilà, tous ces engagements risquent d’être réduits à néant ou d’aller reposer à l’enfer à côté d’autres bonnes intentions.
Il y a déjà de l’électricité dans l’air. Tout le front social risque de s’embraser si on n’y prend garde. Le ton à la grogne sociale a été donné hier jeudi 1er mars 2007 par les agents et cadres de la Générale des carrières et des mines (Gécamines), le canard boiteux de l’économie congolaise. Kipushi, Likasi, Kolwezi, partout dans les grandes villes du Katanga où est implantée la Gécamines, des marches de protestation ont été organisées toute la journée d’hier. Aucun service minimum n’a été organisé. A Kinshasa, au bas de l’immeuble Sozacom qui abrite la Représentation de la Gécamines, le Cadastre Minier et le ministère des Mines ; il y a eu beaucoup d’agitation à tel point qu’on s’est demandé si le bâtiment n’allait pas s’écrouler sous les pieds des manifestants en colère. Interrogés par un fin limier de La Prospérité pour donner les raisons de ce mouvement d’humeur, certains agents et cadres de la Gécamines ont déclaré vouloir s’opposer au limogeage de leur ADG Paul Fortin, qualifié de meilleur gestionnaire. « Nous voulons Fortin ou rien. Depuis qu’il est là, nous avons nos salaires régulièrement. », scandaient les grévistes comme revendications.
Un syndicaliste a reconnu que les employés de la Gécamines ont retrouvé le sourire depuis l’avènement de Fortin à la tête du Comité de gestion. Avant, c’était la misère la plus noire. Plus de 35 mois d’arriérés des salaires, pas d’allocations familiales, rien alors rien. Pour rien au monde, les salariés de cette entreprise aimeraient revivre un calvaire similaire.
Kabila, Gizenga et Kabwelulu interpellés
Liens Pertinents
Afrique Centrale
Congo-Kinshasa
Travail
Actualités des Entreprises
Outre la gestion dite orthodoxe de l’ADG Paul Fortin, les agents et cadres de la Gécamines regrettent la procédure de son limogeage. La décision a été prise unilatéralement par la Société Française des Etudes et Conseils (Sofreco). Au Comité de pilotage et des reformes des entreprises publiques (Copirep), on s’inscrit en faux contre la décision de la Sofreco. Selon un responsable qui a requis l’anonymat, les termes du contrat liant la Sofreco à la Gécamines reconnaissent que seul le gouvernement congolais est qualifié à mettre fin aux fonctions de l’ADG. Plusieurs dispositions pertinentes du contrat sont évoquées. Notamment, le point 3.5 et le point 4.2 se rapportant aux ABC. On pense alors que la Sofreco aurait bien fait de prendre langue avec le gouvernement pour faire entendre les arguments militant en faveur de l’éviction de Paul Fortin. Aussi longtemps que les preuves avérées des griefs à la charge de l’ADG ne seront pas apportées, Fortin restera en fonction.
Le contrat de gestion fragmenté
Un contrat de gestion fragmenté en trois phases lie la Gécamines et la Sofreco. La première phase concerne le dimensionnement du personnel dans son volet social. A la deuxième phase, il était question de poser le diagnostic de l’entreprise. Et la troisième phase concerne la stabilisation des activités de la Gécamines. Le recrutement de la Sofreco s’était effectué sur avis d’appel d’offres international. Dans le but de faire bénéficier à la Gécamines une expertise internationale. Au niveau national, les cadres ont été recrutés sur base d’un concours. Un décret présidentiel avait par la suite nommé les meilleurs au Comité de gestion avec pour mission d’optimiser la gestion de la Gécamines avant de proposer un plan de restructuration. De l’avis des employés, cette mission est réussie. C’est ainsi qu’ils considèrent le limogeage de Paul Fortin comme une surprise désagréable et inopportune. Le président de l’Assemblée provinciale du Katanga, Kyungu wa Kumwanza, a reçu la délégation syndicale pour tenter de désamorcer la crise et les grévistes ont sollicité l’arbitrage du Président de la République.
