La France a célébré le jeudi 10 mai dernier sa 2ème Journée pour la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de son abolition. Cette date a été choisie pour pérenniser la loi du 10 mai 2001, dite Loi Taubira, qui reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité. C’est l’occasion de revenir sur la question des origines et de l’évolution de la traite.
La pratique de l’esclavage existait en Afrique avant l’arrivée des Européens, tout comme elle existait ailleurs. Elle a existé dans l’Egypte pharaonique, en Grèce et à Rome. Le mot « esclave » provient des Slaves d’Europe centrale vendus au Moyen Age. En Afrique, les esclaves étaient intégrés à la vie de famille. Dans le Royaume Kongo, il était interdit de faire une allusion quelconque à la situation antérieure d’un affranchi.
Le Potentiel (Kinshasa)
14 Mai 2007
Publié sur le web le 14 Mai 2007
A partir des 8èmes et du 9èmes siècle, la traite des noirs s’est effectuée vers les pays méditerranéens et asiatiques. Un autre flux est perceptible sur les côtes orientales d’Afrique ; il était le fait d’Arabes qui amenaient les esclaves en Inde et en Chine.
Le contact avec les Européens a donné en Afrique une extension considérable au phénomène. Désormais, c’était le commerce régulier, à grande échelle, des êtres humains réduits en esclavage pour être vendus. L’esclavage n’était plus pratiqué comme un signe extérieur de richesse, mais il l’était pour la force de travail qu’il représentait.
Les expéditions portugaises qui découvraient le continent africain ramenaient de force des Africains qu’elles avaient capturés sur les côtes, et qu’elles vendaient au Portugal après 1442. Le noir était tout d’abord un objet de curiosité. Mais assez rapidement, les Portugais se sont rendus compte que ce commerce était des plus rentables.Dès 1550, le 1/10 de la population de Lisbonne était composé d’esclaves noirs.
ECHANGE DE CORRESPONDANCE
Un échange de correspondance entre le roi Afonso du royaume Kongo et le roi Joao III du Portugal reproduit dans notre « L’Histoire du Congo par les textes des origines à 1884 » éclaire les enjeux. En 1526, le roi Afonso se plaint auprès du souverain portugais du fait que ses propres sujets qui convoitent les marchandises du Portugal s’adonnent d’une manière effrénée au commerce des esclaves : « Ils s’emparent de nombre de nos sujets noirs libres, ou libérés, et même de nobles, de fils de nobles, même de gens de notre parenté. Ils les vendent aux hommes blancs qui se trouvent dans nos royaumes, après avoir acheminé leurs prisonniers en cachette ou pendant la nuit, pour n’être pas reconnus ».Le roi Afonso accepte seulement qu’on emmène et embarque ses sujets reconnus esclaves, mais il n’autorise pas que l’on touche aux hommes libres. S’il permet néanmoins l’achat des esclaves, c’est pour faire plaisir au souverain lusitanien : « Nous accordons cette faveur et ces facilités à cause de la participation de V.Altesse à ce trafic. Nous savons en effet que c’est pour votre service que les esclaves sont enlevés de nos royaumes. Sans cela, nous n’y consentirions pas ».
Le roi Joao III répond au roi Afonso en 1529 : « Vous me dites aussi que vous ne voulez pas que l’on fasse dans vos royaumes le commerce des esclaves, parce que ce trafic dépeuple votre pays. Je crois plutôt que vous me dites ceci à cause des ennuis que vous occasionnent les Portugais. Ceux-ci, au contraire, m’ont dit combien le Congo est vaste et tellement peuplé qu’il semble qu’aucun esclave n’en soit jamais sorti »! Le roi portugais ajoute qu’il est d’accord pour qu’il n’y ait pas de commerce d’esclaves, mais que le roi du Kongo autorise néanmoins « une seule caravelle (d’esclaves) chaque année » pour payer l’approvisionnement du royaume Kongo en farine et en vin de messe !
Un changement se produisit lorsqu’il y eut une forte demande de main-d’oeuvre dans les plantations espagnoles en Amérique. Les Indiens « Peaux-Rouges » ne se montraient pas endurants dans le travail des plantations et des mines. La mortalité était effroyable. L’idée fut lancée de remplacer les Indiens par des noirs plus robustes, dociles et acclimatés à la chaleur. Du reste, les noirs allaient gagner le salut de leur âme par la servitude du corps.
Le commerce du « bois d’ébène » s’est organisé dans le cadre de compagnies avec des actionnaires en quête de monopoles. Les marchands européens se groupaient pour faire face aux risques.
L’Espagne a vendu à des particuliers, et à certains pays le droit de transporter un nombre donné de noirs dans ses colonies d’Amérique ; c’est l’asiento accordé successivement aux Hollandais, aux Génois, aux Portugais, aux Français et aux Anglais.
Les points de prélèvement les plus fréquents étaient alors le Sénégal et la Gambie, la Côte de l’Or (Ghana, Togo), la Côte des Esclaves (Bénin), l’estuaire du Niger, le Congo, l’Angola et le Mozambique. Les esclaves amenés de l’intérieur ou ramassés le long de la côte par des traitants locaux, des courtiers, étaient stockés dans des entrepôts. Les enfants étaient séparés de leurs mères. Les meilleurs esclaves étaient appelés « pièces d’Inde ». Les négriers les achetaient après un examen anatomique approfondi (les dents, les yeux, le sexe, les mains, les pieds, la résistance). Une marque au fer rouge était apposée sur une partie du corps. Lorsqu’il avait été acheté, l’esclave devenait un bien meuble négociable et transmissible.
Le trafic se faisait par les comptoirs et les escales qui longeaient toute la côte africaine : Arguin, Gorée, Elmina, Fernando Po, Sao Tomé, Malimba, Cabinda, Pinda, Boma, Mussula, Ambrizette, Loanda, Benguela, etc.
Bon nombre de pays européens se sont livrés à la traite : l’Espagne, le Portugal, la Hollande, l’Angleterre, la France, le Danemark. Les bateaux venaient de ports spécialisés comme Nantes, Bordeaux, Saint-Malo, Londres, Bristol, Liverpool. Ils allaient prendre livraison des esclaves razziés et rassemblés. Les négriers apportaient en Afrique de l’eau de vie, de la verroterie, des friperies, des barres de fer, des boucles d’oreilles, des perles, des tissus et des vêtements. En échange, ils se procuraient des peaux, de la gomme, de l’ivoire, de l’or et surtout du « bois d’ébène » (des noirs). Arrivés en Amérique, ils échangeaient les esclaves noirs avec le sucre, le coton, l’indigo, la mélasse et d’autres produits tropicaux qui y étaient produits. C’est ce que l’on a appelé « le commerce triangulaire ».
Les conditions de voyage de ces esclaves étaient celles de bétail. Ils étaient parqués dans les cales des bateaux et enchaînés. Avant l’arrivée sur le continent américain, les malades qui risquaient de ne pas être vendus étaient jetés à la mer.
Quelle a été l’ampleur de la traite ? Combien de Noirs ont-ils été ainsi vendus du 15ème au 19ème siècle ? Les évaluations oscillent entre 10.000.000 et 20.000.000 de personnes. Si l’on ajoute que pour 1 esclave atteignant l’Amérique, 5 périssaient en route ou en mer, on arrive à un chiffre compris entre 50 et 100 millions. Pour sa part, le Père Dieudonné Rinchon, Capucin, estime à un minimum de 13.250.000 personnes le nombre d’esclaves exportés du Congo en Amérique par les Européens depuis la découverte du Congo jusqu’à la fondation de l’Etat Indépendant du Congo. A ce chiffre il faut ajouter le cinquième pour prendre en compte les personnes décédées depuis la capture jusqu’à la détention à la côte.
CONSEQUENCES DE LA TRAITE ?
Sur le plan démographique, la traite a provoqué en Afrique une saignée continue et systématique. Elle a emporté les éléments plus vigoureux, plus jeunes, plus sains, les éléments qui étaient meilleurs producteurs et procréateurs. D’autres populations ont fui et migré pour ne pas être prises. Sur le plan sanitaire, le continent a vu l’introduction de maladies nouvelles comme la syphilis et la variole. Sur le plan alimentaire, le continent africain a adopté au seizième siècle le manioc et le maïs venus d’Amérique.
En Amérique même, les Noirs s’échinaient sur les plantations de sucre, de riz, de coton, d’indigo, de café, etc. L’esclave noir était l’unique machine avant l’introduction du machinisme. La moyenne de vie d’un esclave était de cinq à sept ans.
En Europe, le commerce des esclaves a fait réaliser des profits énormes : 300 à 800%. Ces profits ont financé des entreprises et créé diverses industries de transformation qui sont à l’origine de la révolution industrielle. La traite a financé l’industrialisation et la modernisation économique. De nombreux banquiers étaient en même temps armateurs, assureurs et commerçants. En France, le commerce négrier a suscité la naissance et le développement d’industries, telles les manufactures de tissus de traite à Nantes. En Angleterre, la traite a participé à la production de biens matériels à bon marché. Au milieu du 18ème siècle, toutes les villes commerçantes ou manufacturières anglaises étaient liées d’une manière ou une autre au commerce triangulaire ou direct. Les bénéficiaires étaient les ports de Liverpool, Bristol, Londres, Glasgow, les villes de Manchester et Birmingham. La traite et l’économie esclavagiste des Antilles ont ouvert à l’Angleterre un vaste marché qui a amené la création de nouvelles industries, à savoir des raffineries de sucre, des manufactures de tabac, des fabriques de rhum, des industries de la pacotille à déverser sur le marché africain.
MOUVEMENT ABOLITIONNISTE
C’est précisément en Angleterre qu’est né le mouvement abolitionniste, le mouvement pour l’abolition de l’esclavage. Il avait des bases philosophiques et littéraires. Les sociétés anti-esclavagistes qui avaient débuté en 1727 ont connu un premier succès en 1774, deux ans avant la déclaration de l’indépendance du 4 juillet 1776, avec l’interdiction de l’esclavage dans dix Etats américains du Nord. Les Etats du Nord ont fait abolir l’esclavage dans les Etats du Sud à l’issue de la guerre de Sécession en 1865.
En France, la Convention issue de la Révolution décréta l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794. Mais Napoléon Bonaparte le rétablit en 1802, sous l’influence, disent certains, de sa femme Joséphine de Beauharnais et des colons. Nous y reviendrons dans un très prochain article.
L’activisme l’emporta chez les anti-esclavagistes anglais qui obtinrent l’interdiction de la traite en 1807. C’était déjà une chose acquise au Danemark en 1803. Les Anglais se sont lancés dans une intense activité diplomatique pour l’abolition de l’esclavage à partir du Congrès de Vienne (1815) après la chute de Napoléon. La France n’a aboli définitivement la traite qu’à l’occasion de la révolution de 1848, sous l’impulsion de Victor Schoelcher, Sous-Secrétaire d’Etat à la Marine.
A la fin du 18ème siècle, des sociétés philosophiques américaines ont lancé un mouvement en faveur du retour en Afrique des anciens esclaves américains. C’est ainsi qu’est née Freetown en 1791. Il en fut de même pour Monrovia, créée en 1822, en souvenir du Président Monroë (1816-1825). Et au moment où se négociait la reconnaissance de l’Association Internationale du Congo de Léopold II par les Etats-Unis en 1884, certains américains se sont intéressés aux possibilités d’émigration au Congo de Noirs américains.
Entre le moment où le premier pays européen a aboli la traite et celui où le dernier l’a fait (Portugal, 1856 ; Pays-Bas, 1860), soit une soixantaine d’années, la traite négrière n’a pas cessé entre l’Afrique et l’Amérique. Cette traite a continué clandestinement dans le golfe de Guinée, et longtemps encore sur les côtes est-africaines (Zanzibar).
Au Congo, la traite orientale a été le fait d’ «Arabes », c’est-à-dire de métis de noirs et d’Arabes, de noirs arabisés venus de Zanzibar. Ils sont entrés au Congo autour des années 1860. Ils ont progressé et occupé une grande partie du pays pendant vingt-cinq ans. Leur zone d’occupation était comprise entre la Lomami, l’Aruwimi, la Lukuga et le lac Tanganyika. Commerçants, les Arabes recherchaient l’ivoire et des esclaves, qui devaient porter l’ivoire jusqu’à la côte orientale avant d’être ensuite vendus eux-mêmes. Les méthodes utilisées étaient les razzias et la chasse à l’homme, les pillages, les incendies des villages et les massacres, les carcans et les chaînes pour prévenir la fuite. La tactique employée était l’effet de surprise. En un quart de siècle, ces éléments est-africains et zanzibarites ont marqué l’Est du Congo en laissant leur empreinte dans l’espace swahili s’étendant au Katanga, au Maniema, au Lomami et au Haut-Congo. L’Etat Indépendant du Congo a entrepris en 1892 « la campagne arabe » qui s’est terminée en sa faveur en 1895.
Les Anglais firent la chasse aux bateaux négriers et débarquèrent les esclaves récupérés dans les colonies échappant à la traite comme Freetown et Monrovia. Par la suite, les Français firent de même au Gabon à Libreville (la ville des hommes libres, libérés de l’esclavage).
Les points de prélèvement les plus fréquents étaient alors le Sénégal et la Gambie, la Côte de l’Or (Ghana, Togo), la Côte des Esclaves (Bénin), l’estuaire du Niger, le Congo, l’Angola et le Mozambique. Les esclaves amenés de l’intérieur ou ramassés le long de la côte par des traitants locaux, des courtiers, étaient stockés dans des entrepôts. Les enfants étaient séparés de leurs mères. Les meilleurs esclaves étaient appelés « pièces d’Inde ». Les négriers les achetaient après un examen anatomique approfondi (les dents, les yeux, le sexe, les mains, les pieds, la résistance). Une marque au fer rouge était apposée sur une partie du corps. Lorsqu’il avait été acheté, l’esclave devenait un bien meuble négociable et transmissible.
Le trafic se faisait par les comptoirs et les escales qui longeaient toute la côte africaine : Arguin, Gorée, Elmina, Fernando Po, Sao Tomé, Malimba, Cabinda, Pinda, Boma, Mussula, Ambrizette, Loanda, Benguela, etc.
Bon nombre de pays européens se sont livrés à la traite : l’Espagne, le Portugal, la Hollande, l’Angleterre, la France, le Danemark. Les bateaux venaient de ports spécialisés comme Nantes, Bordeaux, Saint-Malo, Londres, Bristol, Liverpool. Ils allaient prendre livraison des esclaves razziés et rassemblés. Les négriers apportaient en Afrique de l’eau de vie, de la verroterie, des friperies, des barres de fer, des boucles d’oreilles, des perles, des tissus et des vêtements. En échange, ils se procuraient des peaux, de la gomme, de l’ivoire, de l’or et surtout du « bois d’ébène » (des noirs). Arrivés en Amérique, ils échangeaient les esclaves noirs avec le sucre, le coton, l’indigo, la mélasse et d’autres produits tropicaux qui y étaient produits. C’est ce que l’on a appelé « le commerce triangulaire ».
Les conditions de voyage de ces esclaves étaient celles de bétail. Ils étaient parqués dans les cales des bateaux et enchaînés. Avant l’arrivée sur le continent américain, les malades qui risquaient de ne pas être vendus étaient jetés à la mer.
Quelle a été l’ampleur de la traite ? Combien de Noirs ont-ils été ainsi vendus du 15ème au 19ème siècle ? Les évaluations oscillent entre 10.000.000 et 20.000.000 de personnes. Si l’on ajoute que pour 1 esclave atteignant l’Amérique, 5 périssaient en route ou en mer, on arrive à un chiffre compris entre 50 et 100 millions. Pour sa part, le Père Dieudonné Rinchon, Capucin, estime à un minimum de 13.250.000 personnes le nombre d’esclaves exportés du Congo en Amérique par les Européens depuis la découverte du Congo jusqu’à la fondation de l’Etat Indépendant du Congo. A ce chiffre il faut ajouter le cinquième pour prendre en compte les personnes décédées depuis la capture jusqu’à la détention à la côte.
CONSEQUENCES DE LA TRAITE ?
Sur le plan démographique, la traite a provoqué en Afrique une saignée continue et systématique. Elle a emporté les éléments plus vigoureux, plus jeunes, plus sains, les éléments qui étaient meilleurs producteurs et procréateurs. D’autres populations ont fui et migré pour ne pas être prises. Sur le plan sanitaire, le continent a vu l’introduction de maladies nouvelles comme la syphilis et la variole. Sur le plan alimentaire, le continent africain a adopté au seizième siècle le manioc et le maïs venus d’Amérique.
En Amérique même, les Noirs s’échinaient sur les plantations de sucre, de riz, de coton, d’indigo, de café, etc. L’esclave noir était l’unique machine avant l’introduction du machinisme. La moyenne de vie d’un esclave était de cinq à sept ans.
En Europe, le commerce des esclaves a fait réaliser des profits énormes : 300 à 800%. Ces profits ont financé des entreprises et créé diverses industries de transformation qui sont à l’origine de la révolution industrielle. La traite a financé l’industrialisation et la modernisation économique. De nombreux banquiers étaient en même temps armateurs, assureurs et commerçants. En France, le commerce négrier a suscité la naissance et le développement d’industries, telles les manufactures de tissus de traite à Nantes. En Angleterre, la traite a participé à la production de biens matériels à bon marché. Au milieu du 18ème siècle, toutes les villes commerçantes ou manufacturières anglaises étaient liées d’une manière ou une autre au commerce triangulaire ou direct. Les bénéficiaires étaient les ports de Liverpool, Bristol, Londres, Glasgow, les villes de Manchester et Birmingham. La traite et l’économie esclavagiste des Antilles ont ouvert à l’Angleterre un vaste marché qui a amené la création de nouvelles industries, à savoir des raffineries de sucre, des manufactures de tabac, des fabriques de rhum, des industries de la pacotille à déverser sur le marché africain.
MOUVEMENT ABOLITIONNISTE
C’est précisément en Angleterre qu’est né le mouvement abolitionniste, le mouvement pour l’abolition de l’esclavage. Il avait des bases philosophiques et littéraires. Les sociétés anti-esclavagistes qui avaient débuté en 1727 ont connu un premier succès en 1774, deux ans avant la déclaration de l’indépendance du 4 juillet 1776, avec l’interdiction de l’esclavage dans dix Etats américains du Nord. Les Etats du Nord ont fait abolir l’esclavage dans les Etats du Sud à l’issue de la guerre de Sécession en 1865.
En France, la Convention issue de la Révolution décréta l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794. Mais Napoléon Bonaparte le rétablit en 1802, sous l’influence, disent certains, de sa femme Joséphine de Beauharnais et des colons. Nous y reviendrons dans un très prochain article.
L’activisme l’emporta chez les anti-esclavagistes anglais qui obtinrent l’interdiction de la traite en 1807. C’était déjà une chose acquise au Danemark en 1803. Les Anglais se sont lancés dans une intense activité diplomatique pour l’abolition de l’esclavage à partir du Congrès de Vienne (1815) après la chute de Napoléon. La France n’a aboli définitivement la traite qu’à l’occasion de la révolution de 1848, sous l’impulsion de Victor Schoelcher, Sous-Secrétaire d’Etat à la Marine.
A la fin du 18ème siècle, des sociétés philosophiques américaines ont lancé un mouvement en faveur du retour en Afrique des anciens esclaves américains. C’est ainsi qu’est née Freetown en 1791. Il en fut de même pour Monrovia, créée en 1822, en souvenir du Président Monroë (1816-1825). Et au moment où se négociait la reconnaissance de l’Association Internationale du Congo de Léopold II par les Etats-Unis en 1884, certains américains se sont intéressés aux possibilités d’émigration au Congo de Noirs américains.
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Entre le moment où le premier pays européen a aboli la traite et celui où le dernier l’a fait (Portugal, 1856 ; Pays-Bas, 1860), soit une soixantaine d’années, la traite négrière n’a pas cessé entre l’Afrique et l’Amérique. Cette traite a continué clandestinement dans le golfe de Guinée, et longtemps encore sur les côtes est-africaines (Zanzibar).
Au Congo, la traite orientale a été le fait d’ «Arabes », c’est-à-dire de métis de noirs et d’Arabes, de noirs arabisés venus de Zanzibar. Ils sont entrés au Congo autour des années 1860. Ils ont progressé et occupé une grande partie du pays pendant vingt-cinq ans. Leur zone d’occupation était comprise entre la Lomami, l’Aruwimi, la Lukuga et le lac Tanganyika. Commerçants, les Arabes recherchaient l’ivoire et des esclaves, qui devaient porter l’ivoire jusqu’à la côte orientale avant d’être ensuite vendus eux-mêmes. Les méthodes utilisées étaient les razzias et la chasse à l’homme, les pillages, les incendies des villages et les massacres, les carcans et les chaînes pour prévenir la fuite. La tactique employée était l’effet de surprise. En un quart de siècle, ces éléments est-africains et zanzibarites ont marqué l’Est du Congo en laissant leur empreinte dans l’espace swahili s’étendant au Katanga, au Maniema, au Lomami et au Haut-Congo. L’Etat Indépendant du Congo a entrepris en 1892 « la campagne arabe » qui s’est terminée en sa faveur en 1895.
Les Anglais firent la chasse aux bateaux négriers et débarquèrent les esclaves récupérés dans les colonies échappant à la traite comme Freetown et Monrovia. Par la suite, les Français firent de même au Gabon à Libreville (la ville des hommes libres, libérés de l’esclavage).
