Congo, le pays continent de l’Afrique centrale est en train de mettre en place ses institutions issues d’un processus électoral plus que discutable. Les avis sont partagés quant à la capacité et la volonté de ces institutions à améliorer les conditions de vie de la population, la mise en place d’un système de gestion transparente des ressources nationales et le respect des droits et libertés des citoyens.
A l’intérieur, la tendance générale est à l’attentisme. On veut voir ce qui va se passer. On accorde le bénéfice du doute à ce président qui est loin de rassurer tant le flou persiste sur sa compétence, sa bonne foi, ses origines et les circonstances qui ont présidé à son intrusion sur la scène politique congolaise, à ce premier ministre dépassé et limité aussi bien physiquement qu’intellectuellement. On rêve de ces millions que les occidentaux vont déverser sur le pays pour soutenir leurs hommes de main qu’ils ont réussi à placer au pouvoir à travers des élections taillées sur mesure.
Et pour se défendre de leurs exigeants compatriotes de la diaspora qui les traitent de naïfs, les congolais de l’intérieur répondent que de toutes les façons, personne ne propose mieux. L’UDPS leur avait promis qu’elle mettrait son poids politique dans la balance pour que les élections ne se fassent pas sans elle, les élections ont eu lieu; le Cardinal Etshou n’a pas réussi à engager l’église catholique dans une position commune pour requalifier le processus; l’armée est trop inféodée et prise en otage pour en attendre la moindre alternative; les aventures de rébellion ont toutes montré leurs limites pour être envisagées après que le pays ait connu plus de quatre millions des morts.
On se farcira donc encore du Kabila pendant au moins 5 ans. On trépigne d’impatience curieuse de vivre un Gizenga premier ministre. On se convainc qu’après tout, avec les alternances de pouvoir qu’il y aura dans 5 ans en occident, Kabila se verra bien lâché par les dirigeants de gauche, surtout en France, et qu’alors les meilleurs pourront monter aux affaires.
Dépité, Roger, du Canada, où il a décidé de se naturaliser, lance au téléphone : ‘‘Il faut vraiment être Congolais pour imaginer pareils attelages. Après le 1+4, ils n’ont pas été foutus de confier le pays entre des mains expertes. Ils auront un président qui passera son temps à poser devant les objectifs des caméras et à couper les rubans symboliques et un premier ministre dont le boulot consistera à dormir à longueur de journée à s’expliquer des dossiers auxquels il ne pourra jamais rien comprendre. Avec Matungulu, au moins il y aurait eu quelqu’un en train de travailler… et avec ça, ils attendent des miracles !’’.
Maurice, de Suisse, ne se décide pas à baisser si rapidement la garde : ‘‘Il n’est pas question de laisser cet étranger diriger encore le Congo pendant 5 ans. Sinon, nous allons perdre le Kivu. Savez-vous que ce gars est allé à Kigali juste après sa prestation de serment alors que la destination officielle était Goma ?’’. Seulement, Maurice, comme la plupart de ses compatriotes de la diaspora, ne proposent rien de concret pour arrêter l’imposture et la vente du pays, mis à part les qualificatifs des poules mouillées et des traîtres qu’ils lancent aux congolais restés au pays, à Bemba et à l’Union pour
la Nation.
Heureusement, on attendra pas 5 ans pour savoir si les congolais de l’intérieur caressent un mirage, si la diaspora congolaise joue au prophète de malheur. Il suffira juste de voir Gizenga former son gouvernement, le faire fonctionner, réussir à gouverner réellement, sans se soumettre au gouvernement parallèle de Kabila et de son entourage. Il suffira de voir la police et l’armée réagir aux manifestations politiques. Il suffira de voir fonctionner la RTNC
(radio télévision nationale congolaise). Il faudra voir le train de vie de Gizenga et ses ministres. Et pour ça, 6 mois sont amplement suffisants.
De toutes les façons, les Congolais sont tombés sur la tête depuis déjà bien trop longtemps pour que le ciel leur tombe sur celle-ci en 2007. Parce que finalement il ne pourrait leur arriver pis qu’avant, pourquoi ne pas leur souhaiter une bonne année 2007 et les laisser fêter encore une fois, en ce début d’année nouvelle, comme à leur congénitale habitude ?
Qui sait ? Peut-être qu’en 2007, ils ne déchanteront pas plus qu’avant…
Bonne année 2007, quand même…
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