Colette Braeckman mise face à ses contradictions à Paris 1321

Le vendredi 6 octobre 2006, se tenait à Paris, dans l’auditorium de la Bibliothèque nationale de Paris (appelée bibliothèque François Mitterrand) le Colloque international organisé par l’association humanitaire Médecins du monde (MDM) sur le thème de la « reconstruction post-conflit des systèmes de santé en RDC ».

Dans les premières interventions du matin basées sur les enjeux politiques après la transition, les conférenciers dont Colette Braeckman étaient appelés à plancher sur le panorama de la situation politique après les élections du 30 juillet et la configuration des acteurs en présence depuis. Prenant la parole, Madame Braeckman, dans un exercice d’objectivité visiblement difficile pour elle vu son implication personnelle dans le camp du président Kabila, a dressé un tableau noir et pessimiste sur l’issue du processus politique en cours sur lequel pèseraient plusieurs hypothèques.

Identifiant ces hypothèques, elle énumère différents points suivants :
– l’état de l’armée qui n’a pas été complètement brassée selon les recommandations de l’Accord global et inclusif de Sun City. Là où il y a eu brassage, les bataillons constitués ne sont pas régulièrement payés, nourris, équipés et motivés et se livrent parfois au pillage sur les populations civiles,
– les défis sociaux non relevés durant la transition,
– les pillages des ressources naturelles poursuivis durant la transition,
– la logistique difficile

En dépit de ces hypothèques qui font encore peser le risque de reprise de la guerre sur le processus en cours, madame Braeckman souligne ce qu’elle présente comme des avancées à ses yeux à savoir, l’organisation du référendum populaire sur la constitution de la 3è république, le premier tour des élections présidentielles et législatives, le succès des indépendants aux élections législatives face aux partis politiques même institutionnels et les vénalités des campagnes électorales déjouées par la population. Jusque-là, tout allait bien quand madame Braeckman annonce sa conclusion par une série de propositions qui se transforment brusquement en charges violentes contre les journalistes congolais qu’elle accuse de n’avoir aucune déontologie professionnelle à cause des thèmes identitaires qu’ils développent largement dans leurs articles et qui ont pour but de jeter de doute sur les origines du président Kabila. Parmi les pistes de solution, elle propose « qu’il ne faille pas dénoncer trop vite les contrats léonins signés par le régime de Kabila après les élections (sic !), qu’il faille impliquer certains perdants du premier tour des élections présidentielles dans la gestion post-transition dont particulièrement Ruberwa du RCD-Goma (et pourquoi seulement Ruberwa ?), qu’il faille envisager des pistes pouvant favoriser l’accès des pays frontaliers de la RDC à ses ressources naturelles dans le cadre de la conférence internationale sur la région des Grands Lacs prévu au mois de décembre 2006 et enfin prolonger la tutelle de la communauté internationale sur la RDC sous une forme différente même après la mise en place des institutions de la 3è république ».

Pour finir, madame Braeckman conclut presque désolée que l’issue du 2è tour des élections présidentielles est incertaine à cause des campagnes de haine menées par les hommes politiques congolais qui n’ont pas permis aux populations de l’Ouest de voter comme celles de l’Est pour la paix (c’est-à-dire pour Kabila !) dès le premier tour. Elle a émis le doute de voir les électeurs de Gizenga de Bandundu et ceux de Nzanga Mobutu à l’Equateur déjà trop intoxiqués par « les discours de la haine » suivre leurs leaders car les alliances avec Kabila ne sont pas fondées sur des considérations idéologiques mais sur l’argent, le partage du pouvoir et les intérêts personnels. Ce réalisme étonnant de la part d’un des alliés occidentaux importants de Kabila tranche avec le triomphalisme de ses alliés qui voient déjà Kabila dans le fauteuil présidentiel de la 3è république du fait des ralliements de deux personnalités ci-haut citées. Elle a ajouté qu’alors que « la communauté surveillait Bemba qu’elle soupçonnait de vouloir s’opposer par les armes aux résultats des élections, c’est plutôt Kabila chouchou de cette communauté internationale qui a fait preuve de violence en s’attaquant à l’arme lourde à la résidence du vice-président Bemba au moment même où s’y trouvait 14 ambassadeurs des pays accompagnateurs du processus politique en RDC ». Cet aveu sur la face cachée (mais connue des congolais) de Kabila de la part de Braeckman, un soutien médiatique important en Europe montre-elle la panique qui s’est emparée de tous ceux qui avaient pensé que les élections seraient une simple formalité d’officialisation du schéma tracé par l’extérieur et qui sont aujourd’hui déprimés par la détermination du peuple congolais à déjouer ce plan ?

Toujours est-il que collette Braeckman ne s’est pas limitée à cet aveu allant jusqu’à affirmer que l’actuelle majorité parlementaire constituée de plusieurs partis politiques, des opportunistes et d’indépendants disparaîtrait en cas de victoire de Bemba au 2è tour des élections, ce qui permettrait par exemple à ce dernier de recomposer facilement une nouvelle majorité acquise à sa cause au sein du parlement.

L’un de temps forts du colloque a été l’ouverture de débat avec la salle lorsque le modérateur a donné la parole aux participants. Prenant d’abor la parole, Daniel Onhema, porte-parole de la plate-forme pour la défense du Congo à Paris a rappelé à l’attention de l’auditoire que « les désastres humanitaires qui sévissent en RDC depuis une décennie ne sont pas les faits de la nature mais de l’agression dont a été victime la RDC de la part du Rwanda et de l’Ouganda. Il a ajouté que les diasporas congolaises à l’étranger sont mobilisées en solidarité avec les congolais de l’intérieur pour déjouer le complot qui vise à imposer à la tête du pays un imposteur que le peuple ne veut et n’a choisi. Il a fini en indiquant que les 44% de voix obtenus par Kabila au premier tour ne reflètent pas la réalité car ce dernier avait été battu dès le premier tour par Bemba qui est le président que le peuple congolais de l’intérieur ou de l’extérieur s’est choisi ». Mr Onhema était accompagné par une forte délégation de l’Apareco conduite par la Chargée des relations publiques de cette association.
C’est alors que Jean-Paul Mopo, juriste de formation et chercheur à l’Université de Sorbonne intervient en poussant d’emblée madame Braeckman dans ses propres contradictions sur les critiques et propositions qu’elle venait de faire. La prenant aux mots, Mr Mopo a regretté ses propos sur les journalistes congolais qui font pourtant consciencieusement leur travail. L’intervenant a expliqué qu’il était normal dans le contexte congolais que les journalistes se posent la question de l’identité des responsables politiques congolais comme madame Braeckman elle-même a eu à le faire en 2001 sur les origines Tutsi de la mère de Kabila dès que celui-ci a succédé à Laurent-desiré Kabila à la tête du pays. Jean-Paul Mopo a insisté sur le fait qu’en 1997, James Kabarebe qui a occupé le poste de Chef d’état-major général de l’armée en RDC était présenté comme congolais et les journalistes qui disaient le contraire à l’époque étaient muselés. Un an après, Kabarebe a quitté la RDC pour ailler occuper du jour au lendemain le même poste au Rwanda en affirmant qu’il était plutôt rwandais. Ce qui est grave dans le contexte d’agression de la RDC par le Rwanda qui a entraîné quand même 4 millions de morts. Il est donc légitime que les journalistes congolais s’interrogent sur les origines des acteurs politiques qui n’ont jamais vécus aux pays et qui ne sont apparus qu’à la faveur de l’agression du pays par le Rwanda et l’Ouganda en 1997.

Quand à la question de légitimité des contrats miniers léonins que madame Braeckman n’aimerait pas voir dénoncer trop vite après les élections, Jean-Paul Mopo a ironisé dans sa réplique à cette dernière en disant qu’elle avait peut-être voulu dire le contraire, c’est-à-dire, qu’il fallait absolument les dénoncer car un contrat léonin n’a pas par essence à être légitimer tel quel. La bonne gouvernance que la communauté internationale appelle de tous ses vœux en RDC passe entre autre par une gestion saine du secteur minier pour lui permettre de contribuer efficacement à la reconstruction du pays et par corollaire à la reconstruction des systèmes de santé qui était le thème du colloque. Dans une tentative pathétique de madame Braeckman pour répondre à Jean-Paul Mopo, elle concède d’abord en passant qu’il est normal de parler du problème identitaire mais maintient que cela occupe une place disproportionnée par rapport à d’autres thèmes dans les débats électoraux. Quand aux contrats léonins, elle concède aussi qu’il faudrait un jour les dénoncer mais maintient aussi que cela ne doit pas se faire précipitamment mais en faisant recours aux juristes internationaux pour en analyser préalablement les termes.
Ces propos couplés avec ceux tenus précédemment sur le rôle que devrait jouer Ruberwa qui n’a pas dépassé les 2% aux élections présidentielles et celui de la nécessité de favoriser à ses yeux l’accès des Rwandais aux ressources naturelles de la RDC démontrent les vraies raisons du soutien indéfectible des lobbies internationaux à Kabila malgré l’hypothèque de guerre civile qui risque de réduire à néant les énormes efforts consentis et les moyens colossaux injectés par la communauté internationale dans le processus de paix dans ce pays. Si le projet de Kabila tel que décliné par son alliée Braeckman consiste au bradage des ressources naturelles de la RDC pour en faciliter l’accès à ceux-là même qui sont responsables de cinq millions de mort, les congolais ont raison de se mobiliser pour le déjouer. La lutte doit continuer.

Jean-Paul MOPO
Juriste et Chercheur

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