Climat politique vicié, incertitudes autour de l’avant et après 30 juillet 2006 940

Dans un communiqué rendu public le 25 mai 2006 à Kinshasa, le Comité international d’accompagnement de la transition (Ciat) «s’inquiète de voir que le recours aux manipulations, aux intimidations et au mensonge est en train de prendre le pas sur le débat politique et démocratique qui convient pendant une période de transition».

A plusieurs kilomètres de là, le président du Conseil diocésain des laïcs, Jean René Kabasele, a exprimé samedi le même sentiment en parlant de « l’inquiétude que nous avons et l’incertitude face aux enjeux politiques de l’heure », pour justifier la marche pacifique que cette structure apolitique a organisée le même jour au chef-lieu du Kasaï Oriental.

INJURES ET MENACES

Comme on l’observe depuis quelques semaines, les injures et les menaces publiques sont devenues le pain quotidien des acteurs politiques en République démocratique du Congo.

«Nous, on ne pleure pas, on ne pleurniche pas. Désormais, la classe politique de Kinshasa doit savoir que le Katanga répondra du tic au tac», a déclaré le week-end un leader politique lors d’une manifestation publique à Lubumbashi, en réaction à la controverse née autour de la nationalité de certaines autorités politiques. «Nous vous donnons 48 heures pour nous dire si nous, Katangais, on n’est pas des Congolais», a-t-il menacé, se vantant de posséder un «dictionnaire d’injures, de A à Z». Le Ciat a pourtant appelé, d’une part, l’ensemble de la classe politique et les candidats aux élections «à respecter le code de conduite» pendant la période électorale et, d’autre part, le gouvernement «à faire preuve de retenue» en respectant notamment les libertés d’expression et de rassemblement.

A ce propos, les partis politiques signataires en mars 2005 du Code de bonne conduite ont pris l’engagement d’«éviter notamment le langage d’intimidation, les propos incendiaires incitant à la violence, la diffamation, dont celles relatives à la vie privée des gens, la diabolisation, les discours divisionnistes et la propagation des rumeurs».

Malgré les bonnes intentions affichées, leurs animateurs paraissent incapables de retenue. «Je pense que c’est le meilleur moment où nous devons de la retenue, du calme, parce que tel que nous avançons, il est à craindre que le pire arrive au dernier moment», s’est aussi inquiété le vice-président de la République en charge de la Commission politique, défense et sécurité. Azarias Ruberwa a alors appelé les acteurs politiques à la «retenue».

«Nous nous rendons de plus en plus compte que la tension monte au niveau des acteurs politiques qui n’arrivent pas à s’entendre », a observé pour sa part le président du Conseil diocésain des laïcs, Jean René Kabasele, craignant que le pays aboutisse «à des élections qui vont déboucher sur des conflits armés».

En effet, de nombreux acteurs politiques, sous le prétexte «d’éveiller la conscience du peuple congolais à la veille des élections », profitent des débats télévisés pour critiquer leurs adversaires. Si les uns y vont en termes quelque peu «civilisés», d’autres – plus nombreux – usent carrément d’un langage proche de celui des chiffonniers pour faire passer leurs messages.

CALME ET TOLERANCE

«Au Congo-Kinshasa, la campagne électorale débute dans un climat détestable », titrait vendredi le journal français Le Monde, dont l’envoyé spécial à Kinshasa note une «atmosphère empoisonnée» qu’il estime à la mesure de l’enjeu.

En fait, le débat politique aujourd’hui tourne autour de la tenue ou pas d’une rencontre des acteurs politiques pour discuter de la prolongation de la transition que le législateur a rendu «automatique» au-delà du 30 juin 2006, terme «constitutionnel» aux termes de l’Accord de Sun City et de la Constitution de 2003.

«Cette question étant réglée par l’article 222 de la Constitution du 18 février 2006, il n’y aura pas de vide juridique», soutiennent le parti présidentiel et tous les alliés du Pprd (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie). Ceux-ci se disent, à l’instar du chef de l’Etat, «ouverts au dialogue» mais refusent de «nouvelles négociations politiques».

Selon cette disposition constitutionnelle, «les institutions politiques de la transition restent en fonction jusqu’à l’installation effective des institutions correspondantes prévues par la présente Constitution et exercent leurs attributions conformément à la Constitution de la transition».

«La question est plus d’ordre politique que juridique», rétorquent le Rcd et l’opposition radicale conduite par l’Udps qui s’est découvert un nouvel allié, en la personne de Jean-Pierre Bemba, président du Mlc et membre de l’espace présidentiel. «Si le dialogue aboutit à une brève prolongation de deux à trois mois, avec implication de l’Udps dans le processus, je jouerai le jeu», a déclaré le président du Rcd. Sans autre précision, dans le cas contraire…

En fait, personne n’est en mesure aujourd’hui de dire avec certitude ce que sera l’atmosphère de la journée du 1er juillet 2006. Mais, l’opinion publique est unanime sur un point : une grave menace plane sur les élections, tant que la classe politique n’aura pas eu le bon réflexe de faire les indispensables réglages en vue de restaurer le calme et la tolérance dans ce climat devenu vicié.

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