>(*) Président de la Ligue nationale pour les élections libres et transparentes (LINELIT)
1. Après la tenue des élections de 2006, la RDC se prépare, avec l’aide de la communauté internationale, aux scrutins locaux, urbains et municipaux. Pensez-vous que les autorités congolaises ont tiré des leçons de précédentes échéances ?
L’organisation de la première phase des échéances électorales qui tablaient sur des élections présidentielle, législatives et provinciales avec l’assistance de la communauté internationale était un processus d’apprentissage par essai et erreurs. Par ce motif, tous les partenaires impliqués dans ce processus doivent impérativement tirer des leçons sur les failles, les insuffisances et les faiblesses, afin de les capitaliser pour l’amélioration de la 2ème phase prévue dans l’agenda électoral. Toujours est-il que la mobilisation des fonds par le gouvernement et l’apport extérieur sont les atouts nécessaires pour l’organisation des élections locales.
2. Quels sont les enjeux de ces élections qui pourraient se dérouler l’année prochaine et que compte faire la LINELIT pour leur réussite?
Les élections locales, urbaines et municipales doteront la RDC des conseillers urbains, des maires et leurs adjoints, des conseillers municipaux, des bourgmestres et leurs adjoints, des conseillers de secteur ou de chefferie, des chefs de secteur et leurs adjoints pour ériger le socle de la démocratie qui part de la base au sommet sans inverser la pyramide. Les enjeux de ces élections se trouvent dans la participation des citoyens à la vie publique par le biais de la décentralisation qui permet le partage des responsabilités et l’adhésion des populations à la gestion de la chose publique, car la décentralisation du gouvernement favorise la prise de décision par la population. Dans cette dynamique de consolidation de la démocratie naissance dans notre pays, la LINELITs’est fixée depuis sa création qui remonte à l’année 1991, comme cheval de bataille l’information, la formation et la sensibilisation centrées sur la mobilisation et la responsabilisation citoyenne par la participation efficiente et la promotion des valeurs de la démocratie, de la bonne gouvernance et du respect des droits de l’homme.
3. Le gouvernement et la CENI sont les principaux artisans du succès de l’opération ; y compris la Monuc pour son appui logistique. Que pouvez-vous leur demander pour que la population puisse se prendre en charge et s’approprier l’opération électorale ?
Le gouvernement, le futur pouvoir organisateur des élections, la Monuc et les organisations de la société civile qui ont la thématique des élections et de l’éducation civique, sont les acteurs intéressés par le processus d’appropriation des opérations électorales pour la transparence et la crédibilisation du scrutin électoral. Pour ce faire, ma demande s’adresse au gouvernement, au Parlement et à la communauté internationale.
Primo, le gouvernement doit déposer, toutes affaires cessantes au Parlement, un projet de loi portant organisation, attributions et fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et prévoir un budget conséquent pour les élections locales. Secundo, j’invite l’Assemblée nationale d’inscrire à son ordre du jour comme matière à la session de mars 2007, la loi organique créant le cadre juridique de la CENI qui doit remplacer la CEI qui est dissoute de plein droit depuis l’installation du nouveau Parlement et cela conformément à l’article 222, alinéa 2 de la Constitution de la RDC. Les députés qui ont l’initiative des lois, conformément à l’article 122 de leur Règlement intérieur, peuvent déposer au bureau de l’Assemblée nationale le projet de loi organique sur la CENI. La LINELIT se réjouit d’apprendre que certains députés ont déjà déposé leurs propositions de loi sur la CENI, ce qui est déjà une bonne chose. Tertio, la LINELIT demande à la communauté internationale de maintenir son soutien au processus électoral en cours pour son aboutissement heureux.
4. L’ insécurité se porte bien en Ituri, dans les deux Kivu et au Nord du Katanga. Etes-vous certain que les élections locales s’y dérouleront sans incident ?
Il est vrai que c’est un non-sens d’organiser des élections dans un environnement politique et social trouble et malsain tel que vous le dites. Mais, le gouvernement ne saura agir sans sortir de cette situation d’insécurité, sans raisonner sur le futur. Le gouvernement congolais est pour nous un moyen d’assainir l’environnement politique et social du pays. Forts de leur légitimité issue des urnes, les institutions et les dirigeants démocratiquement élus doivent restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national par le dialogue et l’application de la loi dans toute sa rigueur, afin de sécuriser les opérations électorales. C’est sa mission traditionnelle et constitutionnelle.
5. Vous avez mené plusieurs missions d’observation des scrutins électoraux à travers le monde. Quel est votre commentaire sur les récentes élections présidentielles nigériannes et la victoire de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal au premier tour à la présidentielle en France?
Le Nigeria était en voie d’être classé parmi les pays de référence en matière de démocratie naissante pour le continent noir après l’Afrique du Sud. Telles que rapportées par les observateurs nationaux et internationaux, les cas d’irrégularités, de tricheries à grande échelle, de bourrage des urnes par des militaires et des agents électoraux qui s’en est suivi avec la violence électorale et plus de 200 morts, recommandent l’annulation pure et simple du scrutin. Dommage ! C’est un coup dur à la démocratie africaine. Quant à la présidentielle française, la LINELIT salue la victoire de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy au premier tour de cette présidentielle. Rien n’est encore joué, car les résultats du débat contradictoire entre les deux candidats et la position de l’électorat de François Beyrou donneront à la France son président élu.
