Francis Mampuya est artiste peintre, congolais, résidant et travaillant à Kinshasa. Je l’ai croisé lors d’un atelier d’écriture que je menais au Centre culturel français de Kinshasa, et j’ai à cette occasion pu travailler avec lui.
Sale temps pour l’artiste africain en France
mercredi 16 mars 2005
Francis Mampuya est artiste peintre, congolais, résidant et travaillant à Kinshasa. Je l’ai croisé lors d’un atelier d’écriture que je menais au Centre culturel français de Kinshasa, et j’ai à cette occasion pu travailler avec lui. Son trait est bouillant, jeté comme une colère ; il m’a plu tout de suite. Là-bas, quand on le croise dans la rue, les bouches lui donnent du « maître Francis », et il est régulièrement exposé dans son pays et ailleurs.
Avec Gilles Zaepffel, directeur de l’Atelier du Plateau, nous avons décidé de lui confier la réalisation du décor du festival « l’Atelier du Plateau fait son cirque » pour que nos murs parisiens fassent écho à cet ailleurs coloré, vif, dont on parle peu et qui est riche d’artistes.
Pour que Francis Mampuya puisse venir à Paris, il lui fallait un visa Schengen. Pour obtenir ce visa, nous avons dû envoyer une lettre d’invitation, une attestation de la direction régionale des affaires culturelles rappelant son soutien à nos activités, ainsi qu’une attestation de résidence Gilles Zaepffel s’est rendu à la mairie du XIXe, où il a rempli un questionnaire.
Outre les renseignements habituels, il a dû fournir une copie du bail de son appartement, faire mention de la superficie de son logement, et décliner l’identité des personnes habitant avec lui, le tout avec un timbre fiscal à 15 euros. Ceci pour dire qu’il faut de la persévérance et de l’opiniâtreté pour inviter un artiste étranger, congolais de surcroît.
Francis Mampuya a finalement obtenu son visa auprès de l’ambassade de France le mardi 1er mars. Le soir même il prenait l’avion pour Paris et devait débarquer à 7 heures du matin. On se disait : on y est arrivé. Et l’on se réjouissait. C’était sans compter sur la délicatesse et l’arbitraire de la police des frontières. Celle-ci a décidé que Francis Mampuya était en possession d’un faux passeport et l’a placé d’office en zone d’accueil.
Après moult coups de téléphone et l’intervention du ministère des Affaires étrangères, la police des frontières nous a laissés entendre que Francis ne serait pas renvoyé dans son pays. Le lendemain matin, au mépris de l’individu et des promesses faites au téléphone, la police des frontières remettait Francis Mampuya dans l’avion et le renvoyait dans son pays, sans même le faire accompagner de ses bagages.
Une telle pratique, dont on sait qu’elle est de plus en plus répandue, bafoue la libre circulation des artistes.
De nos jours, il n’est pas bon d’être africain en France.
