compose avec l’AMP
L’Opposition prétendant être « forte et républicaine » que le leader de l’UN et chairman du MLC Jean-Pierre Bemba annonçait, en réaction aux déboires essuyés au second tour du scrutin présidentiel et à l’arrêt de la Cour suprême de justice qui confirmait la victoire du candidat Joseph Kabila Kabange de l’AMP, a l’air d’une structure de combat politique mort-née. Ses méthodes de travail, les grandes lignes de sa lutte, la manière dont elle allait batailler pour fournir à l’opinion des preuves convaincantes de « sa force et sa républicanité » dont on avait promis la publication dans les jours qui suivaient, ne sont jamais connues du public jusqu’ici. Ce que l’on sait ce sont quelques rares discours plaintifs prononcés à des occasions d’échecs électoraux aux législatives, aux sénatoriales et aux gouverneurs de Provinces.
Ni à l’Assemblée nationale déjà opérationnelle, ni au Sénat encore au niveau des tâtonnements, on n’entend jamais s’affirmer une Opposition « forte et républicaine » avec des idées-forces de bouleversements politiques et mentaux. Il y a certes de temps en temps des faits et gestes remarqués d’individus agissant isolément, mais qui ne sont pas une action cohérente, organisée et efficace attribuable à une structure qui se veut une Opposition évoluant au sein des institutions.
L’Opposition « forte et républicaine » a dramatiquement manqué de tirer parti d’une occasion en or pour se manifester de façon spectaculaire et se dédouaner vis-à-vis de l’opinion nationale qui ne pardonne pas à son leadership de lui avoir fait perdre inutilement ses voix à la présidentielle et aux législatives. Qui pis est, on a lâchement gâché cette occasion pour se compromettre davantage.
Un député de l’UN qu’on peut considérer comme clairvoyant et avisé, a saisi la maladresse au bond commise par un autre député de l’AMP en rapport avec la question de la nationalité. Il fait ses propres investigations préliminaires, réunit des documents comme pièces à conviction, amplifie la question et la soumet à l’Assemblée nationale siégeant en plénière. Son action a un grand retentissement, ébranle toute la Chambre basse et constitue un danger évident pour environ cent soixante personnes (160) personnages provisoirement identifiés par ce député José Makila qui a eu le courage de lever un lièvre.
Alors que l’occasion inespérée était là fraîche et à sa portée pour s’en emparer et rendre à la partie adverse la monnaie de sa pièce, l’Opposition « forte et républicaine » a étonné par sa mollesse et sa flexibilité pour composer avec le camp adverse de l’AMP dans la recherche d’une solution politique de compromis dans la violation flagrante de la Constitution et de la loi sur la nationalité.
Alors qu’ils avaient réussi à prendre l’AMP à son propre piège, et à mettre le bureau de l’Assemblée nationale en difficulté à trois reprises pour convoquer la plénière, les députés de l’UN et du MLC censés être les meneurs de l’opposition « forte et républicaine » au parlement, ont étrangement écouté le chant des sirènes et se sont accommodés de cautionner allègrement le moratoire sur la question de la nationalité, que José Makila venait de suspendre sur la tête de l’adversaire comme l’épée de Damoclès. C’était le moment ou jamais de montrer à l’opinion qu’ils étaient les défenseurs de la Nation et de la cause du peuple, qu’ils étaient les meneurs d’une opposition « forte et républicaine », une minorité agissante et dynamique capable de soulever les montagnes. Auront-ils encore une occasion en or comme celle-là ? Quand bien même ils l’auraient comme le triomphalisme, la gourmandise et l’arrogance aveuglent ceux qui sont prisés par le goût du pouvoir et ne freinent pas leur propension aux maladresses et erreurs, ils succomberaient au charme comme ils viennent de le faire.
Les loups ne se mangent pas entre eux. Les députés de l’UN et du MLC se sont rendu compte que pour cette question de la double ou multiple nationalité, ils étaient logés à la même enseigne que ceux de l’AMP et du PPRD.
Pourquoi alors s’acharner à aller jusqu’au bout en brandissant la corde quand il y a parmi eux beaucoup qui méritent aussi la supplice de la potence ? A la réflexion, l’aval donné au moratoire par les députés de l’Opposition « forte et républicaine », valant l’acte de compromission, et qui profite plus à l’AMP déjà comblée et qui a des avantages à revendre au détriment de l’UN qui s’est laissée complètement tondre la laine sur le dos même dans ses propres fiefs électoraux, n’est pas différent de la signature d’une série de protocole d’engagement humiliant opposée à la veille du second tour du scrutin présidentiel. J’ai regardé lundi soir sur certaines chaînes de télévision locales, le Secrétaire général du MLC, François Muamba Tshishimbi, s’en prendre durement à l’AMP et l’accuser du détournement de la démocratie et de sa propension à accaparer et contrôler sans partage les institutions de la IIIème République. Il a retracé sommairement le chemin parcouru depuis le dialogue à Sun City en Afrique du Sud pour en arriver aux élections conduisant à l’avènement de la démocratie et de l’Etat de droit en RDC. Force est de constater, a-t-il dit en guise de conclusion, que le compte n’y est pas.
Mais les observateurs avertis qui analysent avec détachement les péripéties du processus depuis le dialogue jusqu’aux élections en passant par la transition, sont loin de partager autant l’étonnement ou la surprise du Secrétaire général du MLC. Ce qu’il déplore n’est rien d’autre que le couronnement d’un édifice à la construction duquel ils ont spontanément et activement participé, en dépit des défauts techniques de l’architecture maintes et maintes fois relevés et signalés par les connaisseurs, sans qu’ils aient été disposés à en tenir compte. En d’autres termes, le camp adverse estime qu’ils l’ont accompagné à la magistrature suprême et que depuis lors leur mission est accomplie.
D’ailleurs, tout en lui reprochant son égocentrisme, ils n’en continuent pas moins de l’aider dans les travaux de finition de l’édition. A preuve le fait qu’ils ont bien cautionné le moratoire sur la question de la nationalité, alors qu’ils auraient dû s’y opposer et marquer ainsi un point spectaculaire aux yeux de l’opinion nationale. Dans tous ses discours prononcés le cas échéant comme celui consécutif aux tragédies du Bas-Congo, le leader de l’UN semblait dire qu’il ne pactiserait pas avec la confusion des pouvoirs. Mais le geste n’est jamais joint à la parole.
L’Opposition « forte et républicaine » a malheureusement péri encore dans l’œuf. Ce ne sont pas des faits et gestes isolés d’individus qui peuvent empêcher un pouvoir tentaculaire de dormir ou d’aller son bonhomme de chemin. Ceux qui devraient l’inquiéter dans les institutions ne résistent pas à son charme envoûtant. C’est bien dommage.
2007-02-24
