Bruxelles le 15 septembre 2006
S’il est des gens à qui l’on pourrait accorder le paradis sans confession, François Mwamba, Secrétaire Général du MLC, Mouvement de Libération du Congo serait de ceux-là. Au moment où les partisans de l’AMP viennent en Europe en rasant les murs, la conférence de presse du représentant du candidat Bemba a refusé du monde. Comment expliquer cet engouement ?
De passage à Bruxelles, le tout nouveau député de Kabeya Kamwanga a tenu en haleine son public durant près de deux heures, lors de sa communication dans une salle du troisième niveau à l’hôtel Sheraton de Bruxelles, Place Rogier ce jeudi 14 septembre 2006. 200 personnes très attentives. Bien de politiciens congolais ou belges se sont cassé les dents devant la très difficile et exigeante communauté congolaise de Belgique.
Quand on pense qu’il s’est donné comme mission deux choses : faire élire comme Président de la République Jean Pierre Bemba Gombo, et lui assurer une majorité au nouveau parlement, il est possible qu’il y arrive.
Gagner les élections signifiant : communiquer, argumenter, convaincre, rallier les sceptiques et tous ceux qui ont voté pour l’adversaire au premier tour, avec un discours aussi incisif, le camp Bemba ne pourrait-il pas effectivement accéder au pouvoir ?
Prévue pour 11h00 à l’intention de la presse d’abord, puis de la communauté congolaise ensuite, la rencontre n’a commencé qu’à 13h00, suite au chevauchement du programme de l’orateur.
Monsieur Mwamba a abordé sans tabous ni faux-fuyants tous les sujets, même ceux qui fâchent. Concernant son parti, le Candidat Bemba, le processus électoral, et l’après élections. Différentes questions qu’interrogations non exprimées ont trouvé réponse.
L’entrée en rébellion avec le soutien de l’Uganda ?
Ils assument. Il fallait combattre une dictature naissante. Soutien extérieur ne signifie pas allégeance.
Les richesses du Congo ont-elles été pillées par leurs alliés ?
Oui. Cela hélas facilitée aussi par la très longue frontière poreuse de notre pays avec l’Uganda notamment.
Joseph Kabila artisan de paix ?
Non. Quand on fait la guerre, on est au moins deux, quand on négocie la paix, on est également au moins deux. Déjà en 1999, avec Mzee Kabila, des pré-accords de paix étaient là. Cet argument de campagne pour certains, doit être rectifié.
Le MLC a-t-il une milice ?
Non.
Le MLC avait près de 20.000 hommes qui ont tous été versés au FARDC. Même les gardes commis à la protection du Vice-Président Bemba ont un numéro mécano. En est-il aussi des ex- GSSP ?
Quel est le bilan du Vice-Président Bemba pour la transition ?
De tous les Vice-Présidents, Bemba est celui qui peut se targuer d’avoir des résultats positifs dans son secteur : Triplement du budget de l’Etat ainsi que des salaires. Quoique pour celui qui touchait 10$, 30$, c’est toujours insignifiant. L’idéal aurait été l’application des accords de « Mbudi. »
Le processus électoral a-t-il été parfait ?
Non. Le MLC est de ceux qui étaient pour un large consensus de la classe politique avant d’aller aux élections, même avec ceux qui n’ont pas été impliqués dans les institutions de la transition. Cela aurait été dans la logique même des accords de Sun City. Hélas…
Et si vous échouez aux élections ?
Nous nous inclinerons devant la volonté du Peuple. Mais à une condition : Que ces élections soient libres, transparentes et démocratiques. Posez la même question à ceux d’en face. Déjà maintenant, quel spectacle nous ont-ils donné ? Intimidations, assassinat des journalistes nationaux, expulsion des journalistes étrangers… Avec le consentement tacite de leurs chancelleries.
Pourquoi le candidat Bemba n’avait-il pas parlé au lendemain de la publication des résultats ?
Parler où ? Quand il y avait un guet-apens autour de la télévision !
Les résultats publiés ont-ils été conformes ? Pourquoi n’avoir pas réclamé ?
Toutes les données sur les irrégularités sont disponibles. Du moment que le deuxième tour est là, que choisir, s’engouffrer dans des réclamations à n’en pas finir ou aller au deuxième tour avec plus de vigilance, en corrigeant les imperfections et permettre au peuple de jouer pleinement son rôle ?
Le processus électoral ayant des parrains, les Nations n’ayant que des intérêts, les grandes puissances ayant déjà « checké » toutes richesses du Congo, une fois au pouvoir, comment manœuvrer pour ne pas énerver les intérêts des bailleurs de fonds sans trahir les intérêts du peuple congolais et…Dans la transparence ?
Le MLC a un projet pour le Congo : « Contrat social : alternance pour la reconquête du Congo.» Il est disponible pour la presse. Et sur Internet pour tout le monde.
Le MLC, parti mobutiste ?
Tant que nous y sommes, parlons-en : le régime Mobutu a mal géré le pays, il a pillé les ressources internes. Il y a eu plusieurs maux. Mais au moins nous avions un pays à nous, et respecté. Par où est passé « la fameuse libération de 1997» ? Le pays a besoin de leadership.
Et la fracture Est-Ouest ?
C’est l’imagination des « spécialistes européens » du Congo. Et moi qui suis du centre, devrais-je être catalogué à l’Est ou à l’Ouest ? Dans tout le Congo, du Nord au Sud, d’Est en Ouest, personne n’est pour la partition du pays.
Joseph Kabila a 44.9%. Il est mieux placé pour gagner au deuxième tour.
Ce pourcentage représente 7.000.000 d’électeurs. Et 7.000.000 d’autres électeurs ne se sont pas déplacés. Une minorité des 4.000.000 d’électeurs du Kasaï ont été aux urnes. Quel sera leur comportement et leur choix au deuxième tour ? Comment le report de voix des autres candidats se fera-t-il ? Quel sera le comportement de l’électeur de certaines contrées, quand il se rendra compte que cette fois, il peut voter librement sans contrainte ni peur?
Des contacts avec le PALU ?
Oui. Le patriarche Gizenga a rencontré les deux candidats du deuxième tour. Certains médias n’ont parlé que d’une seule rencontre.
Et l’UDPS ?
J’ai créé et animé l’UDPS France, en son temps.
Des négociations pour que Kabila soit Président et Bemba 1er Ministre ?
Pourquoi pas Bemba président et Kabila 1er Ministre ?
Les images diffusées sur le meeting de Bemba à Bukavu montraient une grande population. Il y a un contraste avec les résultats dans les urnes pour cette contrée.
Il est bon que des membres de la presse le constatent et le disent. Leur neutralité n’étant pas sujette à caution.
Que retenir de cet événement ? La foi de monsieur Mwamba en l’avenir du Congo. Et c’était là d’ailleurs son introduction.
Faut-il le rappeler ? Vers les années 60-70, des blancs sud-africains venaient se faire soigner dans les hôpitaux de Lubumbashi. Cela veut dire qu’à l’époque, nos soins de santé pouvaient être comparés à ce que sont les soins de santé en Afrique du Sud aujourd’hui.
Comment sommes-nous tombés si bas ? Ets-il possible de nous en sortir ? Oui, au vu de nos richesses naturelles, au vu du potentiel humain congolais. Où se trouve le problème ?
Les premiers gestionnaires du Congo sont arrivés au pouvoir à un moment où l’ex Union Minière du Haut Katanga brassait près d’un milliard de dollars par an. Les dirigeants de l’époque, en avaient-ils la carrure ?
Ceux qui ont fait partir Mobutu ont prétendu venir nous libérer par les armes alors que Mobutu était malade, et qu’il était possible de changer la marche du pays pacifiquement. Pourtant, la conférence nationale souveraine avait déjà profondément balisé le chemin avec des textes de haute facture.
Le 1+4 ayant longtemps refusé de mourir, le discours du MLC montre dans les faits que ce parti s’est déjà détaché de l’attelage. Un discours en opposition radicale avec ce qui reste encore du pouvoir officiel de Kinshasa.
Bouillonnant d’énergies, les Congolais de Belgique auraient bien voulu parler aussi, se faire entendre, faire état de leurs exploits contre le camp AMP, pourquoi pas ! Mais les contraintes protocolaires n’ont pu le leur permettre. Partie remise ?
