Le jeudi 18 janvier 2007, la Cour militaire de Kinshasa/Gombe – statuant en appel – va épuiser les exceptions soulevées par le collectif de la défense de l’archbishop Kutino Fernando et le bishop Bompere Mbo. Après quoi, elle se penchera sur la requête de mise en liberté provisoire introduite par les prévenus. Mais, les détenus Kutino et Bompere ne sont pas seuls, un jeune marginal est aussi mêlé à ce dossier. Ngandu Junior, c’est son nom. Cet enfant de la rue sollicite sa mise en liberté provisoire, car estimant qu’étant Congolais à part entière, il a aussi droit à la vie.
Ngandu Junior, un enfant de la rue communément appelé « shegué », du rond-point Force Publique, dans la commune de Kasa-Vubu, a été condamné à 20 ans de servitude pénale principale et 10 ans de sûreté incompressible à l’issue du jugement rendu par le premier juge dans le procès qui oppose le ministère public au pasteur Kutino Fernando et consorts.
Il résulte de la relation des faits que dans leur tentative d’aller assassiner le pasteur Ngalasi Aggrey sur l’avenue Ngalasi n° 1 dans la commune de Mont-Ngafula, les malfaiteurs Maboso Lisasi et Freddy Mosemo avaient embarqué dans leur aventure cet enfant de la rue.
Mais pendant les débats qui s’étaient déroulées devant le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe, le prévenu Ngandu Junior avait rejeté tous les griefs formulés contre lui par l’officier du ministère public, alléguant que les aveux lui avaient été arrachés sous la torture. Malgré sa défense, il avait été condamné à la même peine que Kutino Fernando, le commanditaire présumé. Il faudrait retenir que Maboso étant mort avant le début du procès et Freddy Mosemo en fuite, il n’y a maintenant que Ngandu Junior qui peut être opposé aux prévenus Kutino et Bompere Mbo.
Les avocats de cet indigent, Mes Théodore Mukendi et Lisette Mbiye, estiment aujourd’hui non seulement que leur client n’est pas justiciable devant une juridiction militaire, mais qu’il a aussi droit à la liberté provisoire.
Prenant la parole à la barre, Me Théodore Mukendi a dit que le prévenu Ngandu Junior est un cas sérieux, d’autant plus que son dossier n’a pas été examiné au premier degré. Evoquant les conditions de sa mise en liberté, l’avocat du jeune Ngandu a fait entendre aux juges militaires que ce garçon n’a jamais cessé de se plaindre des douleurs au niveau du thorax, suite aux tortures lui infligées par les enquêteurs de la police.
Faisant allusion à l’article 18, alinéa 1er de la Constitution, Me Mukendi a soutenu que son client doit bénéficier des soins de santé. Pour cela, a-t-il enchaîné, on doit lui accorder une liberté contrôlée. Mais qui se portera garant? Me Mukendi a affirmé que cet enfant de la rue est un enfant de l’Etat. Donc, c’est l’Etat congolais qui allait lui trouver un endroit propice, en dehors de la prison. Ceci, en application de l’article 207 du Code de justice militaire sur la liberté contrôlée.
Mais voulant le contredire, le ministère public a dit être très flatté par la caricature faite par cet avocat de la défense. « Enfant de la rue, il n’a su où aller. Il est allé là où il ne devait pas aller. Le lieu où il est maintenant est très bien choisi ; il y est très bien nourri », a affirmé l’organe de la loi. Avant d’ajouter que cet enfant marginal n’a pas de résidence fixe.
DOMICILE FIXE : ROND-POINT FORCE PUBLIQUE
Rétorquant à cette intervention, Me Lisette Mbiye de la défense a fait comprendre à la Cour que Ngandu Junior étant au centre de ce procès, les juges n’iront nulle part avec les débats s’il lui arrivait malheur. Cette avocate a donc abondé dans le même sens que son confrère, en demandant que cet enfant de la rue soit placé quelque part pour suivre les soins médicaux appropriés. Me Lisette a aussi révélé que jusqu’à ce jour, l’Etat congolais ne prend pas ce détenu en charge pour les soins.
Revenant à son tour à la barre, Me Théodore Mukendi a regretté le fait que le ministère public ait pris une décision discriminatoire. Et il l’a dénoncé en ces termes : « Le Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa n’est pas un lieu d’exercice de la liberté. Bien qu’enfant de la rue, Ngandu Junior a droit au traitement comme toute autre personne humaine ». A propos de domicile fixe, cet avocat a allégué que le domicile de son client est le rond-point Force Publique.
A propos des griefs retenus contre son client, Me Théodore Mukendi a estimé que les procès-verbaux l’incriminant ayant été écartés par le premier juge, il ne lui reste plus d’indices.
Réagissant à cet effet, Me Régine Sesepe de la partie civile pasteur Ngalasi s’est appuyée sur l’article 206 du Code de justice militaire pour estimer qu’il y a des indices sérieux de culpabilité en ce qui concerne les trois prévenus qui ne sont pas de délinquants primaires. Pour elle, la fuite est à craindre. Concernant le « shegué » Ngandu Junior, cette avocate s’est étonnée que quelqu’un puisse avoir comme résidence fixe un rond-point.
Aux avocats de la défense qui soutiennent que les médecins de la prison sont incompétents, Me Régine Sesepe a rétorqué que dans ce cas, autant alors accorder la liberté provisoire à tous les détenus pour qu’ils aillent se faire soigner ailleurs chaque fois qu’ils tomberaient malades.
Dans sa contre attaque, l’avocat du prévenu Ngandu a déclaré que les confrères de l’autre côté de la barre sont allés au-delà de l’avis du ministère public. Il a trouvé que les avocats de la partie civile se sont invités dans une fête qui ne leur était pas destinée.
