« Les patriotes congolais, réunis au sein de l’Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo (APARECO), sont dorénavant décidés d’assumer pleinement leur responsabilité pour sortir leur pays, la République Démocratique du Congo, de cette crise qui a décimé plus de cinq millions de Congolais et se font la voix des différentes couches sociales du pays y compris les branches militaires, du peuple congolais de l’intérieur et de la diaspora qui expriment leur préoccupation et leur angoisse face à ce refus volontaire et arrogant du Gouvernement de prendre en compte leur vœu. »
A Leurs Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement
A Son Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU
A Son Excellence Monsieur le Président en exercice de l’Union Africaine
A Son Excellence Monsieur le Président de l’Union Européenne
Messieurs,
Comme vous le savez, depuis dix ans, la République Démocratique du Congo est plongée dans une profonde crise qui endeuille et paralyse aujourd’hui toute la région africaine des Grands Lacs.
Depuis les deux agressions orchestrées contre la RDC en 1996 et en 1998 jusqu’au dialogue intercongolais de Sun City en Afrique du Sud, en passant par les négociations qui ont eu lieu à Addis-abeba, à Libreville, à Cotonou, à Lusaka et à Gaborone…, jamais la véritable problématique de cette crise multiforme et multidimensionnelle n’a encore été examinée en profondeur et objectivement. En conséquence, des solutions palliatives que la communauté internationale a tenté d’apporter jusqu’à ce jour n’ont jamais réussi à ramener la paix recherchée dans le pays et dans la région. Les vraies prémices de la crise et leurs causes profondes sont savamment éludées à chaque rencontre. Et les vrais acteurs de la crise, autrement dit les véritables instigateurs ne se sont jamais assis autour d’une table de négociation en face de leurs victimes, pour examiner les causes et la nature réelles de cette crise, en vue d’en trouver des solutions définitives.
C’est ainsi qu’après l’Accord global et inclusif issu du dialogue de Sun City, le gouvernement de transition qui en est sorti, n’a pas su réaliser un seul des cinq objectifs qu’il s’est fixé à la fin de la période de 24 mois qu’il s’était librement accordé, dans sa promesse solennelle faite au peuple congolais:
1. la réunification, la pacification, la reconstruction du pays, la restauration de l’intégrité territoriale et le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national ;
2. la réconciliation nationale ;
3. la formation d’une armée nationale, restructurée et intégrée ;
4. l’organisation d’élections libres et transparentes à tous les niveaux, permettant la mise en place d’un régime constitutionnel démocratique ;
5. La mise en place des structures devant aboutir à un nouvel ordre politique.
Devant cette situation le peuple congolais n’a pas caché son mécontentement et sa méfiance vis-à-vis de l’équipe dirigeante. Il l’a exprimé à travers des manifestations populaires du 10 juin 2004 et du 10 janvier 2005 à Kinshasa, et du 16 mai 2005 à Mbuji-Mayi. Mais toutes ces manifestations populaires et pacifiques ont été très violemment réprimées par les autorités de la Transition.
Il est important de souligner que le peuple congolais n’est pas contre le principe même du double report de la date des élections tel que prévu dans l’Accord global et inclusif. Mais le peuple exige qu’avant tout report, que l’on procède à une évaluation pour établir les causes endogènes qui ont conduit à l’échec total de cette première tranche de la transition qui n’a atteint aucun des cinq objectifs au bout de 24 mois.
Car, pour le peuple congolais, ce sont les causes réelles de cet échec qui provoquent des profondes inquiétudes pour l’avenir de toute la nation. Nous relevons ci-dessous les causes les plus importantes et les plus inquiétantes:
1. Les structures politiques et militaires de la transition mise en place en RDC sont piégées et contrôlées par les dirigeants politiques du Rwanda, principal pays agresseur:
• Les autorités rwandaises ont réussi à placer leurs concitoyens ainsi que leurs alliés au cœur même des structures politiques et militaires des institutions de la transition en RDC et ce, au travers du mouvement rebelle RCD, conçu et mis en place par Kigali après la brouille avec son ancien allié LD Kabila en 1998. Le comité national de l’APARECO en détient une liste complète.
• Grâce à la présence de ces hommes de main opérant au sein des structures politiques et militaires de la RDC, le gouvernement de Kigali freine à gré la dynamique de la transition, pour se donner le temps de parachever le processus d’occupation et d’annexion de la région du Kivu dont le plan d’exécution est très avancé en ce jour. Nous pouvons citer quelques cas de blocage : a) La mutinerie des officiers rwandais au sein du RCD/Goma, le général Kundabatware et le Colonel Mutebusi, qui ont occupé la ville de Bukavu en juin 2004; b) Le massacre du camp des réfugiés de Gatumba à la frontière burundaise en août 2004; c) La « rébellion » des troupes rwandaises qui ont occupé la cité de Kanyabayonga en Octobre 2004.
2. Contrairement aux déclarations officielles, les troupes du Rwanda et de l’Ouganda, deux pays agresseurs de la RDC, n’ont pas quitté le territoire congolais !
• Les troupes rwandaises opèrent en RDC sous couvert de leur mouvement le RCD/Goma, et au travers des groupes Interahamwé qui sont recrutés, entraînés et renvoyés en RDC sous le commandement de Kigali pour entretenir l’insécurité, et pour semer la mort dans le Kivu en vue d’obliger les autochtones congolais à déserter la région en faveur des Rwandais qui les remplacent à chaque mouvement de masse.
• Les officiers de l’armée ougandaise continuent d’encadrer et d’équiper en armes et munitions les milices armées congolaises pour semer la mort et entretenir le climat d’insécurité dans l’Ituri ainsi que dans les régions environnantes.
3. Les gouvernements du Rwanda et de l’Ouganda entretiennent chacun des réseaux de trafic d’armes pour alimenter la crise en RDC !
• Au moment où la République Démocratique du Congo est toujours sous embargo d’armes, le Rwanda se livre, sous l’oeil indifférent de la communauté internationale, au trafic d’armes pour équiper ses troupes ainsi que des milices interahamwé opérant sous son contrôle dans le Kivu en RDC. Les armes sont achetées dans les Balkans sont acheminées au front dans le Kivu, via le Rwanda et certains pays africains dont nous détenons la liste.
• L’Ouganda entretient un vaste réseau de trafic d’armes avec les maquis des seigneurs de guerre pro éthiopiens et somaliens. Ces armes passent par le Kenya pour atterrir à l’aéroport d’Entebbe en Ouganda, avant d’être acheminées dans l’Ituri par les soins des officiers ougandais. Nous disposons des détails d’informations concernant les compagnies aériennes qui assurent ce transport, ainsi que de la liste complète des personnalités civiles et militaires ougandaises impliquées dans ce trafic macabre.
4. Le Rwanda et l’Ouganda poursuivent le pillage des richesses de la RDC grâce au climat de crise qu’ils entretiennent dans les régions occupées.
• Malgré les décisions et les menaces de l’ONU, les deux pays agresseurs de la RDC continuent une exploitation scandaleuse et frauduleuse des richesses du pays occupé.
• Pour tromper le panel de l’ONU et couvrir leur trafic, les dirigeants du Rwanda et de l’Ouganda ont choisi l’astuce de recourir au service des commerçants indiens qui opèrent dans la région comme couverture. Grâce aux puissants cartels qu’ils ont en Tanzanie, en Ouganda, au Kenya, au Rwanda et au Burundi, ces commerçants et ces hommes d’affaires indiens, bénéficiant des puissantes protections politiques et militaires, organisent le pillage des ressources minières et agricoles dans les régions de Kisangani, Goma, Bukavu, Kalémie en RDC. Et ces produits frauduleux sont ensuite exportés vers les pays d’Europe et d’Asie via Addis-Abeba et Dubaï.
• Comme on peut bien le constater, ni le Rwanda, ni l’Ouganda n’ont aucun intérêt à voir la paix et la stabilité revenir en République Démocratique du Congo. Or ces deux pays détiennent justement la clé du fonctionnement des structures politiques et militaires de la transition en RDC !
5. Le Rwanda bloque l’avancement de la transition en RDC pour parachever son plan d’annexion du Kivu !
• Les congolais ont ainsi compris que toute manœuvre dilatoire de prolongation de la transition en RDC orchestrée par les occupants par le truchement de leurs hommes dans les institutions de la transition vise à leur permettre de disposer de plus temps pour parachever leur plan d’occupation qui se développe. Chaque jour qui passe, les autochtones congolais sont massacrés ou chassés de leur terre natale, et remplacés par des paysans et commerçants des pays précités pour occuper l’espace. Les autorités rwandaises continuent d’exécuter leur plan d’élimination massive des populations congolaises autochtones du Kivu, en recourant à toutes les techniques diaboliques imaginables : empoisonnement, assassinat, transmission du SIDA aux jeunes filles et aux femmes congolaises par des viols, évacuation massive des populations autochtones de leur terre natale par des violences militaires, spoliation, intimidation et j’en passe. Et dans l’entre temps, chaque jour qui passe, le gouvernement rwandais déverse des centaines de milliers des paysans et des commerçants rwandais dans les régions délaissées par les Congolais tués ou chassés ! Telle est la vérité sur le terrain.
6. Les dirigeants congolais de la transition ont fait montre d’incompétence et de malhonnêteté dans la gestion de la transition durant les 24 mois!
• Plutôt que de se consacrer à la réalisation des objectifs fixés et essentiellement à l’organisation des élections normalement prévues au plus tard le 30 juin 2005, les animateurs de la transition actuelle ont passé ces 24 mois à faire une course effrénée à l’enrichissement sans cause, en pillant systématiquement les ressources financières et minières de notre pays, au vu et au su non seulement du peuple congolais impuissant, mais aussi de la communauté internationale, muette et silencieuse, si pas complice.
• L’examen du budget 2005 confirme le peu d’intérêt qu’ils accordent aux objectifs principaux de la transition.
C’est donc l’ensemble de toute cette situation qui a conduit le peuple congolais, aux travers des églises, des organisations de la jeunesse scolaire et estudiantine, des syndicats des enseignants et des fonctionnaires, des associations à caractère humanitaire et autres, à descendre dans la rue le 30 juin dernier pour manifester pacifiquement son ras le bol, sa déception et sa désapprobation de la politique de ce gouvernement. C’est pour toutes ces raisons que le peuple congolais a voulu exiger haut et fort l’arrêt du système inefficace et conflictuel de 1+4, afin d’envisager la désignation d’un nouveau leadership plus crédible et plus efficace.
Mais en guise de réponse, le Gouvernement de la transition, qui est censé conduire le pays à une ère démocratique, a choisi la voie de la violence pour bâillonner l’expression de la volonté du peuple congolais…
Face au peuple sans armes, les dirigeants de la transition ont mobilisé des troupes étrangères, et non la police nationale, pour procéder à des manœuvres d’intimidation, en vue de terroriser le peuple et le dissuader à manifester publiquement et librement sa volonté. On a dénombré plus de dix morts et plusieurs blessés.
L’APARECO avait lancé un appel patriotique au gouvernement congolais lors de son congrès constitutif, dans l’allocution du Président National, pour que celui-ci considère la volonté suprême du peuple rappelant surtout qu’un pouvoir n’a aucune légitimité s’il ne repose pas sur la volonté du peuple souverain
Les patriotes congolais, réunis au sein de l’Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo (APARECO), sont dorénavant décidés d’assumer pleinement leur responsabilité pour sortir leur pays, la République Démocratique du Congo, de cette crise qui a décimé plus de cinq millions de Congolais et se font la voix des différentes couches sociales du pays y compris les branches militaires, du peuple congolais de l’intérieur et de la diaspora qui expriment leur préoccupation et leur angoisse face à ce refus volontaire et arrogant du Gouvernement de prendre en compte leur vœu.
L’APARECO en appelle à la sagesse et à l’intervention des chefs d’états pour s’impliquer personnellement dans la recherche d’une solution pacifique et définitive pouvant conduire le peuple congolais vers des élections libres et démocratiques et en vue de mettre rapidement fin à sa misère toujours grandissante.
C’est face au développement dangereux de la situation que le comité national de l’APARECO sollicite une entrevue à votre convenance, pour vous exposer les détails de cette crise, documents à l’appui, et vous transmettre ses propositions pour éviter l’implosion qui semble inévitable dans la région, si rien de profond n’est entrepris à temps.
Veuillez agréer, Messieurs, nos sincères et meilleurs sentiments.
Le comité national de l’APARECO
Honoré NGBANDA NZAMBO
Président National
