Il a fait un temps exécrable sur la Belgique ce mercredi 21 mars 2007 : 3° de température, vent, pluie, neige fondante, giboulée. Pourtant c’était le premier jour du printemps. Par contre, l’hiver qui s’achève était le plus chaud depuis fin du 19ème siècle. Les Congolais qui arrivent souvent en retard à leurs rendez-vous peuvent désormais se consoler : le climat européen leur a emboîté le pas, réchauffement climatique oblige.
Conséquence de ce temps, le sit-in sur l’affaire KAHEMBA, prévu devant l’ambassade d’Angola à Bruxelles a failli ne pas avoir lieu.
Ajouter à cela que l’Angola n’est pas les USA dont l’ambassade trône sur une avenue connue. Un bon nombre de manifestants se sont égarés. Ceux qui voulaient juste profiter de la pause de midi ont dû rebrousser chemin, afin de ne pas rentrer au boulot trempé. Malgré toute sa détermination même l’actuel président des Bana Congo, Samson CIBAYI Mukuta, n’a pu arriver sur les lieux qu’un quart d’heure avant la fin de la manifestation. Ils auront tourné en rond dans le quartier durant très longtemps. Des journalistes congolais ont pu également braver le temps : Willy Bondjala, Les amis de Wetshi, Georges Alvès, Jérôme Badibanga de muanacongo.net .
Ce n’est donc ni la pluie, ni la neige qui pouvaient briser la détermination de certains congolais quand il s’agit de la terre de leurs ancêtres. Un compatriote qui arrive en voiture avec sa femme et ses enfants est bien obligé de descendre seul pour une demi-heure. Il fera cette confidence : « Savez-vous que dans nos coutumes, quand vous organisez quelque chose et que la pluie est de la partie, c’est une bénédiction ? »
Fidèle à ses habitudes, la police belge avait déjà positionné quelques véhicules devant et autour de l’ambassade angolaise. La rue Franz Merjay étant étroite, la police avait mis des panneaux d’interdiction de parquer autour de la mission diplomatique. Un dérapage est vite arrivé !
Dès 12h30, huit panneaux blancs de 51 cm sur 84 (A1) reprenant les messages suivants, sont disposés devant l’ambassade :
DOS SANTOS : LE CONGO N’EST PAS UN BIEN SANS MAITRE
MILITAIRES ANGOLAIS : HORS DU CONGO !
DOS SANTOS NE FAIS PAS DE L’ANGOLA UN ETAT VOYOU
ACCORDS SECRETS DOS SANTOS-KABILA DE NUL EFFET
À l’intérieur de l’ambassade, les gens se font discrets. Mais pour un enfant de huit ans également présent dans l’immeuble, ce sit-in sera un attrait. Durant les deux heures de la manifestation, il aura le nez collé à la vitre de la porte d’entrée. Quand par moment une personne entrait ou sortait de l’ambassade, il se mettait dans l’entrebâillement de la porte pour mieux voir et bien entendre ce qui se disait au mégaphone.
Plusieurs voisins de l’ambassade ne dissimulaient pas non plus leur curiosité, découvrant ainsi certaines façades de leur diplomate de voisin. Certains faisaient de petits signes d’acquiescement et d’encouragement.
Et dans les propos diffusés grâce au mégaphone apporté par Jean-Pierre Samba du MRM, il était rappelé aux diplomates angolais qu’avant le 11 novembre 1975 date de leur indépendance, la plupart d’entre eux ont vécu au Congo. Et certains de leurs ministres et hauts cadres ont non seulement étudié au Congo, mais ont joui de la bourse de l’Etat congolais. En guise de remerciement, ils ne pouvaient pas mettre quarante mille villageois en brousse, occuper leurs terres, pour exploiter l’or et le diamant ! Ce serait une vraie ingratitude. Sans compter que ce genre de comportement est digne du moyen-âge, et pas du 21ème siècle.
À l’issue du sit-in, la police a accompagné un membre de l’organisation à l’intérieur de l’ambassade afin qu’il remette le mémo rédigé pour la circonstance, et destiné à monsieur Eduardo Dos Santos, Président de l’Angola.
Monsieur Paolo, deuxième secrétaire d’ambassade à qui est remis le mémo dira au délégué congolais que son pays n’avait aucun intérêt à envahir le Congo, compte tenu du passé où le Congo a beaucoup contribué pour l’indépendance de l’Angola. Si les Congolais voulaient envoyer une délégation en Angola, l’ambassade n’y verrait aucun inconvénient et accorderait facilement le visa.
Le délégué congolais a lui insisté sur le fait que le mémo devrait être transmis à Monsieur Eduardo Dos Santos et qu’il y ait une suite favorable. Sans quoi, les Congolais reviendraient pour un autre sit-in.
Ci-dessous le mémo.
Cheik FITA
Bruxelles, le 22 mars 2007
DECLARATION DE BRUXELLES
DES CONGOLAIS VIVANT A L’ETRANGER
CONCERNANT LA SITUATION AUTOUR DE KAHEMBA
Suite à l’occupation de plusieurs localités congolaises par l’armée d’Angola, et la dispersion de milliers de paisibles villageois dans la brousse,
Nous, congolais vivant à l’étranger, venus manifester ce jour, de 12h00 à 14h00 devant l’ambassade d’Angola à Bruxelles, faisons la déclaration suivante :
I. A l’intention de monsieur Eduardo Dos Santos, Président de l’Angola
Nous dénonçons avec la dernière énergie l’initiative du Président angolais monsieur Eduardo Dos Santos d’occuper militairement des localités congolaises du Kwango dans la province du Bandundu, et d’en chasser les occupants, qui se retrouvent aujourd’hui en brousse par milliers, exposés aux intempéries, à la famine, aux maladies et à la mort.
Nous demandons à Monsieur Eduardo Dos Santos d’ordonner à son armée et sa police de retrouver les positions qu’elles avaient avant cette crise. Cela permettra aux populations de regagner leurs villages afin d’y être secourues et soignées.
S’il existe des revendications éventuelles, que monsieur Eduardo Dos Santos utilise les voies qui existent entre les Etats. Ce sera tout à son honneur, à celui de son pays et de sa population.
Nous demandons à Monsieur Eduardo Dos Santos de permettre à des équipes indépendantes d’experts d’accéder à toutes les zones litigieuses de part et d’autre de la frontière commune. L’opinion sera ainsi mieux informée.
II. À l’intention du pouvoir de Kinshasa
Il apparaît maintenant au grand jour qu’un pouvoir issu d’un processus électoral vicié caractérisé par l’exclusion, la tricherie, la corruption et le non-respect des accords, ne peut ni sécuriser la population qu’il est sensé protéger, ni assurer l’intégrité des frontières du pays.
Nous demandons à ce pouvoir de démissionner, afin de permettre l’organisation des élections crédibles, pouvant doter le pays d’hommes capables de mobiliser toute la population, et capables de mettre en place une armée républicaine pouvant protéger le territoire national.
III. À l’intention des populations congolaises dispersées en brousse :
Nous sommes solidaires avec vous, et nous ne ménagerons aucun effort pour alerter l’opinion internationale sur la situation de détresse que vous traversez, et pour que des aides vous parviennent.
V. À l’intention de tous les Congolais vivant à l’étranger :
De maintenir la pression et sur les ambassades de l’Angola dans le monde, et sur les ambassades du Congo, jusqu’au dénouement final de cette crise
De procéder à des collectes de dons à l’intention de nos compatriotes sinistrés.
VI. À l’intention de l’ONU, de l’Union africaine et de l’Union européenne,
Nous demandons de faire pression sur les dirigeants de l’Angola et ceux Congo pour qu’ils mettent de coté leurs intérêts personnels et privilégient la vie des populations innocentes.
Enfin, pour les Congolais vivant à l’étranger et pour tous les Congolais vivant au pays, s’il y a eu des accords secrets entre monsieur Eduardo et monsieur Kabila, ces accords n’engagent en rien le peuple congolais. Ils sont donc nuls et de nul effet.
Ainsi fait à Bruxelles,
Le mercredi 21 mars 2007
NOMS ET SIGNATURES
