Le Congo veut voter ou c’est le coup d’Etat… 212

Pour Mgr Laurent Monsengwo, l’Eglise congolaise a le devoir de mettre son expertise en humanité au service de la population
Bruxelles, le 4 mars 2005 (CathoBel)

De passage en Belgique, Mgr Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, a fait part à la presse, ce vendredi 4 mars 2005, de son souhait de voir notre pays et la communauté internationale s’engager davantage et de manière plus concrète dans la recherche de la paix et de la démocratie au Congo. Il a également profité de l’occasion pour remercier ‘Broederlijk Delen’ et ‘Entraide et Fraternité qui, dans le cadre du Carême 2005, appellent notre population à soutenir l’aspiration du peuple congolais à plus de démocratie et de justice. Enfin, il a évoqué le long travail de formation à la citoyenneté qu’a entrepris l’Eglise catholique, en collaboration avec les autres confessions religieuses du Congo.

Même s’il n’exerce plus aujourd’hui de responsabilité politique, Mgr Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, n’en demeure pas moins actif. Profitant de son passage en Belgique pour rencontrer la presse, il a effectivement rappelé, ce vendredi 4 mars 2005, combien il est important pour l’avenir de son pays que le peuple congolais puisse enfin prendre son avenir en main et choisir lui-même ses leaders. Voilà pourquoi il se réjouit tout particulièrement du message de solidarité publié par la Conférence épiscopale de Belgique à l’occasion de sa visite, ainsi de la campagne de Carême organisée conjointement par ‘Broederlijk Delen’ et ‘Entraide et Fraternité’. Intitulée ‘Congo wil stemmen – Le Congo veut voter’, celle-ci vise à convaincre notre population et surtout nos dirigeants à soutenir ‘aspiration du peuple congolais à plus de paix, de démocratie et de justice.
Un consortium de quelque 70 organisations

Invité à faire le point de la situation, le coordinateur d »Entraide et Fraternité’ Claude Mormont a annoncé que la campagne mobilisait déjà une septantaine d’organisations francophones et néerlandophones, parmi lesquelles des associations et groupes issus de la diaspora congolaise. Un réel succès en terme de participation, mais dont ils ne pourront toutefois se réjouir pleinement que si la Belgique s’engage réellement dans le processus de paix et de démocratisation du Congo. Pour rappel, le consortium ‘Congo wil stemmen – Le Congo veut voter’ demande à la Belgique de « contribuer de manière significative à la mission de paix des Nations Unies au Congo », d’utiliser systématiquement « tous les instruments de la politique étrangère belge et européenne comme levier pour la paix », de « s’engager réellement contre le pillage des ressources naturelles du Congo et contre les trafics d’armes », d' »intensifier la pression sur les dirigeants congolais pour qu’ils respectent leurs obligations dans la cadre de la transition », et enfin d’apporter « un soutien technique, financier et politique accru à la Commission Electorale Indépendante et aux organisations de la société civile congolaise qui s’investissent pour préparer la population aux élections ».

Organisations parmi lesquelles figure bien sûr en bonne place l’Eglise catholique. Le 5 février 2005, le Comité permanent des Evêques de la République Démocratique du Congo publiait d’ailleurs un message exhortant la population à « s’engager résolument dans le chemin de la démocratie ». « Comme nous n’avons cessé de le redire, cette transition, qui doit être la dernière, est la voie privilégiée pour instaurer un Etat de droit, assurer une stabilité politique et une prospérité durable dans notre pays », rappelaient les évêques congolais à cette occasion.

L’agence CathoBel a profité du passage en Belgique de Mgr Laurent Monsengwo pour lui poser quelques questions concernant le rôle joué par l’Eglise catholique du Congo dans le processus actuel de transition.

– CathoBel : Pourquoi les évêques du Congo se sont-ils engagés dans ce combat ?

– Mgr Monsengwo : Si nous avons fait de la tenue de ces élections l’une de nos priorités, ce n’est pas pour le plaisir de nous engager dans un combat qui serait purement politique, mais parce qu’il est de notre devoir, en tant que chrétiens, de contribuer à tout ce qui fait grandir l’Homme. Or, ce dont ont le plus besoin aujourd’hui mes compatriotes, c’est d’en finir avec le règne de l’arbitraire et de la violence, et de pouvoir prendre leur avenir en main. Nous ne pouvions rester sourds à cet appel. Voilà pourquoi nous avons décidé d’élever l’éducation électorale et civique au rang de priorité pastorale pour toute l’Eglise. Nous voulons que les gens deviennent des électeurs conscients et responsables, qu’ils donnent leur voix en fonction de la valeur des candidats et non de leur origine ethnique, etc. Et puis, il ne faut pas oublier que nous sommes pratiquement les seuls à disposer d’un réseau qui fonctionne encore relativement bien, mais aussi à pouvoir toucher les villages qui se trouvent loin des grandes villes et localités. Nous avons d’ailleurs proposé à plusieurs reprises de faciliter l’organisation du scrutin dans les villages reculés, via les paroisses. Je rappelle également que nous ne sommes pas seuls à assurer cette formation. Nous travaillons en effet en collaboration avec les autres confessions religieuses du pays. Ce qui devrait, en principe, nous permettre de toucher 85 % de la population.

– Comment cela se passe-t-il sur le terrain ?

– Mgr Monsengwo : Cette campagne est en cours depuis septembre 2004 et repose sur un programme que nous avons conçu en collaboration avec différents acteurs de la société civile. Celui-ci vise à conscientiser la population par rapport aux enjeux de ces élections et à apporter des réponses à quelques questions fondamentales, telles que : qu’est-ce qu’un Etat de Droit ? Qu’est-ce que la démocratie ? Comment voter ? Selon quels critères ? Etc. D’après les dernières statistiques, nous aurions déjà atteint le chiffre de trois millions de formateurs.

– Ne craignez-vous que l’on vous reproche de mêler religion et politique ?

– Mgr Monsengwo : Non, car ce que nous faisons, c’est de la Politique avec un grand « P ». Nous n’entrons pas dans les querelles partisanes, nous n’influençons pas le choix des électeurs. Nous ne faisons que soutenir l’aspiration de la population à plus de démocratie et de justice, et lui donner les instruments pour y parvenir. Notre rôle se limite à ça. Je ne vois de toute façon pas pourquoi notre foi ne pourrait s’exprimer sur le plan politique et social. Selon moi, il est de notre devoir, en tant que chrétiens, de mettre notre expertise en humanité au service de la population.

– Pensez-vous qu’il sera encore possible d’organiser des élections pour le mois de juin de cette année ?

– Mgr Monsengwo : Je pense que cela sera très difficile, notamment sur le plan technique, mais de toute façon, la date n’a pas vraiment d’importance. Ce qui compte, c’est que ces élections aient lieu. Car sans elles, nous ne parviendrons jamais à faire de la République démocratique du Congo un Etat de droit.

– Et si ces élections n’avaient pas lieu, que resterait-il comme solution ?

– Mgr Monsengwo : C’est triste à dire, mais il ne resterait plus alors que le coup d’Etat…

Pascale Mumbunda

Journal Canal Futur

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