Mamie Mwadi 16 ans, victime du 10/01/2005 158

Juste après les événements du 10 janvier dernier, à Kinshasa, culturek, avait lancé un appel de soutien aux victimes avec une liste de celles-ci. Avec le peu que nous avons pu réunir, le 2 février dernier, notre correspondant à Kinshasa, Thierry Kambundi, a rencontré la famille de Mamie MWADI, blessée lors des événements.

« Le papa de Mamie Mwadi n’a pas tout de suite compris notre démarche. J’ai du, pour le convaincre d’accepter l’aide financière que je lui apportais, lui montrer que l’assistance venait des jeunes kinois vivant en Europe. Ils ont été touchés par le drame que vivait sa famille », admet notre correspondant, Thierry (à droite sur la photo). « Nous avons pris rendez-vous le 2 février, le photographe et moi, pour rencontrez la famille de la victime. »

Le 44 du Boulevard Lumumba se situe à l’entrée de N’djili quartier 1. C’est une résidence modeste, sans clôture où un petit commerce de beignet est tenu par la maman de Mamie. C’est grâce à son commerce qu’elle complète le maigre revenu irrégulier de son mari, fonctionnaire de l’Etat. En ce jour du 10 janvier, Mamie aidait sa maman pour surveiller la table à beignet. Vu les agitations annoncées, il n’y avait pas eu école en ce jour de rentrée des vacances de Noël. Toute la matinée, elle a vu défiler les manifestants sans trop comprendre les raisons de cette agitation.

Soudain, on court, on se bouscule. La maman de Mamie demande à sa fille de vite rentrer et de reprendre les beignets. Un coup de feu : la tension monte, chacun cherche un abri. Deuxième coup de feu, un cri retentit. Le papa reconnaît la voix de sa fille et accourt. Il trouve Mamie à terre baignant dans son sang. Panique général. Course vers la polyclinique Esperodi de N’djili. Le cas est trop grave : genou gauche fracassé, et jambe droite transpercée au niveau du mollet, blessure par balle. Ce sera le diagnostic du médecin. Mamie doit être transporté d’urgence à la clinique Bondeko de Limete qui est mieux équipée.

Ceci est le récit des événements que nous a fait le papa de Mamie Mwadi Kabongo, l’une des victimes de l’excès de zèle de Théophile Mbemba Mfundu, Ministre de l’Intérieur de la République démocratique du Congo et de son gouverneur de la ville de Kinshasa.

Révolté et très touché par ce qui est arrivé aux nôtres à Kinshasa, Désiré Katompa, promoteur du site d’informations générales www.culturek.net, a eu l’idée de lancer un appel de solidarité aux victimes. « J’ai simplement pensé ce qui arriverait si j’étais à leur place », déclara-t-il.
Selon lui, nous serions tous entrain de manifester pour la tenue des élections, si nous étions sur place à Kinshasa. Quelques jours plus tôt, le 4 janvier, nous avions manifesté dans les rues de Bruxelles encadrés par la police belge, perturbé la circulation : pas d’incidents déclarés. Pourquoi à Kinshasa, doit-on tirer sur des manifestants non violents et blesser des petites filles innocentes ?

Une des manières efficaces de nous montrer solidaires avec nos frères restés au pays, est de nous occuper des morts et des blessés tombés en notre nom. « C’est un signe fort de la part de la diaspora, pour que les Congolais sentent que nous combattons à leurs côtés ».

Des tracts furent distribués dans les places stratégiques où se retrouvent les Congolais à Bruxelles, ainsi que des messages sur internet. Des promesses d’aide furent faites. Au bout de deux semaines, 25 euros furent collectés. Loin de se décourager, nous avons acheminé les fonds à Kinshasa, afin de le remettre à une des familles.

Comme raconté en début de l’article, le papa de Mwadi s’est montré réticent à accepter l’aide financière que nous lui avons apporté. Il faut avouer qu’une pareille initiative est une première. Il a finalement accepté, en reconnaissant la difficulté qu’il avait de soigner son enfant : « De toutes les façons, les Ong aident souvent les gens en difficultés, se justifia-t-il. Nous n’avons pas voulu que ceci nous arrive. »

Cette expérience et le témoignage de cette famille nous confortent dans notre conviction. Il faut organiser et prévoir une assistance aux victimes de notre lutte pour l’instauration de la démocratie au Congo. Ce n’est pas le devoir du gouvernement. N’est ce pas que nous le combattons ? Lors d’une guerre, dit-on, chacun s’occupe de ses victimes. Le pouvoir en place est tenu responsable de ces crimes.

L’assistance aux victimes des manifestations en faveur de la construction de la démocratie au Congo, est un signal fort que nous lançons à la population et au monde. Il s’agit bel et bien de l’émergence d’une citoyenneté responsable prête à défendre ses droits et son pays quand c’est nécessaire.

Ce geste doit être considéré comme un premier pas, chaque nom figurant sur la liste que nous avons publié mérite votre assistance. Le témoignage, la reconnaissance et la détresse de ce papa et de sa fille n’est qu’un échantillon de l’ampleur du drame. Car, à ce jour, la petite Mamie Mwadi Kabongo et les autres sont toujours à l’hôpital !

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