Ce n’est pas exagéré de dire que depuis quelques années souffle en Afrique un vent de démocratie même s’il y’a quelques reculs ça et là .Et cela s’est traduit par le foisonnement de partis politiques, d’associations, d’ONG qui participent tous à la citoyenneté démocratique.
Ce qui est frappant cependant , et je le dis en tant qu’enseignant que j’étais de l’école primaire « aux Gazelles », l’école en RDC , je dirais dans toute l’afrique, est en déphasage avec la société, elle est en reste, et ne participe pas à ce bouillonnement démocratique. Or l’école qui est une institution de la société , devrait mener à bien la mission que lui assigne la société: socialiser !(former cet élève d’aujourd’hui à être et à devenir pour son pays, un être social, sociable et un citoyen). Pourquoi cette mission de socialisation ne devrait-elle pas passer par l’école? par la pratique de la participation de tous les acteurs de l’éducation à quelque niveau qu’ils se situent à l’acte éducatif et patriotique, y compris les parents d’élèves et c’est un truisme de dire que la participation, concept auquel je m’attache inlassablement serait fondamentalement au cœur de l’éducation à la citoyenneté.
De plus les objectifs de l’éducation que sont l’épanouissement de la personnalité humaine et le respect de droits de l’homme (article 26 de la DUDH ) ne sauraient être atteints sans la participation de ceux là mêmes à qui l’éducation est destinée.
L’école » Les Gazelles » est différente des autres écoles. Souviens-toi avant d’entrer aux Gazelles avec beaucoup d’autres élèves aviez appris par cœur, souvent sans rien comprendre, vous aviez obéis tous à des règles, à des règlements intérieurs élaborés ailleurs sans vous, par d’autres, les maîtres, les directeurs ou le Ministère de l’éducation ( ce qui est encore vrai) ; en prennant souvent, voire toujours des décisions à votre place en classe, à l’école sans vous consulter. Et aujourd’hui, dans cette mentalité où l’on décide à notre place, où tout se fait sans nous parce que simplement nous n’avons pas appris à participer démocratiquement à la gestion de la chose publique ou » pas mis la main à la pâte, tant au niveau de la réflexion que de l’action « , il nous manque beaucoup de compétences procédurales.
D’ailleurs comment est-il possible de former des personnalités autonomes dans le domaine moral, démocrates dans le domaine politique, si par ailleurs l’individu est soumis à des contraintes intellectuelles telle qu’il doive se borner à apprendre et à obéir sur commande sans découvrir par lui-même. l’intérêt commun.
La participation est essentielle et comme dit l’adage » c’est en faisant que je comprend mieux et que je me réalise « .
De plus, même si en Afrique nous donnons la primauté au groupe, non sans valoriser l’individu, même si le respect que l’enfant doit à l’adulte est unilatéral il faut reconnaître que l’enfant a sa place dans le groupe, il participe dans sa communauté. Des dictons, proverbes montrent que l’enfant participe aux décisions : exemple : » un enfant qui a les mains propres s’assied à la table des adultes « , » la vérité est comme une aiguille perdue dans une meule de foins, un adulte peut la retrouver comme un enfant « .
Que nos écoles s’engangent à promouvoir le concept de la participation. Elle devrait être au cœur du processus éducatif, dans toutes les activités d’enseignement , d’ apprentissage, en classe, dans les activités para et périscolaires, dans les structures mises en place à l’école. Elle est donc fondamentale pour développer l’autonomie de l’élève et le respect des droits de l’homme.
Le concept de participation démocratique en milieu scolaire, en famille et dans les affaires de l’Etat peut-être définie comme un pouvoir reposant sur la possibilité de prendre part au processus de prise de décision, de participer aux structures mises en place, d’accepter les responsabilités, de les assumer. Ainsi il concerne le droit de s’exprimer , à travers tous les canaux possibles( référendum, journal, affichage, dans les réunions politiques, syndicales etc..), de coopérer, de prendre position et d’agir.
C’est la démocratie participative qui associe le peuple à la prise de décisions et à la bonne gouvernance.
Cette démocratisation doit donc être fondée sur le pluralisme, la coopération et le respect des droits de l’autre dans le quotidien.
Quelles sont les limites de cette participation ou les réalités de la participation démocratique en milieu politique?
Si les textes des lois, les institutions et les structures existent, la participation effective est tout autre. Dans notre pays , elle est pure parodie, car les chefs politiques se comportent en vrais despotes, faisant fi des textes qui d’ailleurs sont caractérisés par des insuffisances notoires.
Nos conflits sont souvent résolus par la violence: ce n’est de la démocratie!
Le sort antidémocratique qui est réservé aux enfants réfugiés, déplacés , aux enfants soldats n’est pas souvent enviable dans nos pays ; ils sont laissés à eux-mêmes, pas d’écoles dans les camps et quand ils vont dans les écoles normales les problèmes psychologiques, le manque de matériels scolaires les empêchent de suivre correctement les cours. Quel sort est réservé aux enfants de la rue, enfants qualifiés méchamment sorciers au RDC ? Parmis ceux-ci, s’improviseront les dirigeants de demain et voudront fonctionner sur le principe monarchique :
Ils voudront bien continuer à prendre des décisions sans la moindre consultation des tiers personnes ; Ils imposeront leur vision des choses.
L’ apprentissage de la culture démocratique à l’école est en ce sens fondamentale. Pour cela l’école devrait développer certaines compétences :
– comment prévenir et gérer les conflits
– comment accepter les différences éthniques
– comment promouvoir la coopération
– comment promouvoir la participation de tous à l’élaboration de projet de société
– comment promouvoir la réalisation de projets citoyens(solidarité en direction des populations les plus démunies, intégrer les enfants de la rue à l’école, les enfants soldats, les filles mères, protection de l’environnement
– comment créer les lieux de paroles, encourager la prise de parole
etc..
Michel Mudjir
Ex-enseignant du Centred’enseignement » Les Gazelles »
à Yolo-Nord
Kinshasa
RDC
