Cri d’alarme d’un Prêtre du Diocèse de Butembo-Beni 65

L’Eglise catholique est l’organisation non gouvernementale la mieux implantée dans notre république. Avec quasi une paroisse dans chaque village du pays. A ce titre pour avoir les informations les plus fiables et veridique de la situation sur le terrain, cette source est non negligeable. Nous nous permettons avec l’accord de l’auteur de publié cette correspondance particulière d’un pretre de Butembo Beni.

Bonsoir!

Juste pour te donner quelques nouvelles de ce coin de du pays en pleine guerre. Je viens d’effectuer une tournée dans la région de Kanyabayonga en pleine guerre depuis trois semaines. Ce voyage avait pour objectif d’essayer de localiser nos confrères dont nous étions sans nouvelles depuis le début de la guerre. Jusqu’a présent, nous n’arrivons pas à retrouver 3 de nos confrères portés disparus. Je dois avouer que c’était un voyage trop risquant car pour le moment seule la Monuc circule librement.

Les villes, les cités, les villages sont déserts. C’est par hasard qu’on aperçoit un oiseau. De Kirumba à Kanyabayonga, les rwandais, et non les rwandophones comme dit la Monuc, sont maîtres du terrain. Une vraie occupation. Après la fuite des militaires de Bemba et je me demande si ce n’était pas volontaire pour permettre aux rwandais d’occuper davantage le terrain- les rwandais ont tout pillé et détruit des infrastructures sociales comme les dispensaires des sœurs de Kasando, l’église et le presbytère catholiques de Kasando dont ils ont tout emporté et qu’ils ont transformé en leur quartier général, privant ainsi les chrétiens de leur droit de prier. Le couvent et le centre de santé des sœurs catholiques appelées Compagnie de Marie ont été saccagés et pillés par les rwandais. Et cela au su et au vu de la Monuc qui n’a encore rien dit à ce propos. Tous les biens pillés sont emportés vers Rutshuru et l’on pense qu’ils les amènent au Rwanda. A l’heure où je couche ces mots, les rwandais sont en train de contourner par le lac à Vitsumbi pour atteindre Butembo.

Les rares personnes que j’ai rencontrées sur place n’ont pas confiance en la Monuc et se demandent si cette dernière n’est pas dans la région pour préparer du terrain au rwandais à l’exemple de ce qui s’était passé à Kanyabayonga il y a deux ans. La Monuc sous prétexte qu’elle fuyait la guerre avait abandonné tout son matériel aux rwandais et permettait ainsi à ces derniers d’avancer vers Lubero. Les rwandais avaient même utilisé leur hélicoptère. Comme d’habitude, la Monuc avait dit que ce n’était pas des rwandais pour le reconnaître seulement longtemps après. En tout cas, quelque chose se prépare. Ecartons la thèse de la chasse aux Interamwe rwandais. Ce n’est qu’un alibi. Et alors quoi ? Une occupation ? Un génocide… ? Est-ce la raison profonde de cette zone-tampon pour permettre aux rwandais de se préparer ?

Je termine ce mot par un acte barbare qui s’est passé à Kanyabayonga. Cinq militaires ont violé un homme et il en est mort… Loin des siens qui comme tant d’autres passent des nuits en brousse et dont certains sont en train de mourir de faim, des intempéries, des maladies… Pendant ce temps, l’on parle des organismes qui se mettent en place pour venir en aide aux populations sinistrées. Quelle moquerie de la part de la communauté internationale qui sait qu’il suffit que les rwandais quittent la région et la population va se nourrir le même jour.

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