Le phénomène Ngulu 27

L’affaire Papa Wemba est presque à son épilogue, reste encore les poursuites de la justice belge. En France il a échappé à 30 mois d’emprisonnement et l’amende colossale requis par le ministère public. Depuis quelques années, la République démocratique du Congo est mêlée à la plupart de grands scandales d’immigration clandestine. Je me suis hasardé à marcher sur des pistes différentes pour comprendre autrement, les non dits de cette situation.

Le 16 Octobre dernier, lors du journal de 17 heures d’une chaîne de radio belge francophone, le présentateur relayait le message d’un journaliste flamand. Ce dernier affirmait que les congolais sont dans le trafic d’êtres humains depuis longtemps. Le quartier Matonge à Ixelles, continuait-il, et la plaque tournante dudit trafic. Les opérateurs profitent des délégations officielles pour entrer clandestinement en Europe, des candidats à l’immigration. J’étais stupéfait d’entendre pareille nouvelle. D’autant plus que le journaliste a cité un éditeur congolais comme source. Cette nouvelle tombait à pic au moment où l’on annonçait la disparition de 16 officiers militaires congolais. Ils étaient venus suivre une formation dans le cadre de la coopération militaire entre le Royaume de Belgique et la République démocratique du Congo. En cette période, on se retrouvait dans un grand dossier concernant la République démocratique du Congo – au mieux, certains citoyens congolais – lié au trafic d’être humains.

En effet, quelques mois auparavant, l’artiste Nyoka Longo, président du groupe musical Zaïko Langa Langa, venait d’être relaxé, après un long moment de détention préventive pour enquête dont l’objet n’est plus à rappeler. De Kinshasa, on apprend que les groupes Wenge Musica Maison Mère et Wenge BCBG ont peu de chance d’entrer dans l’espace Schengen pour des raisons similaires. Il s’agit bien des ensembles musicaux. On peut encore penser que c’est plus facile d’organiser pareil trafic dans ce genre de structure. Mais que dire lorsque ce sont des officiers militaires de la nouvelle armée congolaise qui se font la belle ? Ce n’est pas facile à assimiler, me fait comprendre un proche, des personnes sensées défendre l’honneur du pays, jette leur galon pour se lancer dans l’aventure de l’immigration clandestine.

Oui, l’aventure européenne contre « l’honneur » que l’on a dans son pays. La première question qui me vient à l’esprit c’est : pourquoi tout le monde fuit le pays, pourquoi tant de candidat à l’immigration ? Vous dire qu’on va toujours là où l’on pense que la vie est meilleure, ce n’est rien vous apprendre. L’Europe est la destination rêvée pour les Africains qui pensent y vivre une vie meilleure que chez eux. Pour paraphraser un illustre auteur, l’Europe n’est pas le paradis, mais ils nous évitent l’enfer.

Si les premiers candidats sont les membres de ces ensembles musicaux, c’est d’abord parce qu’ils sont humains. Ils savent que la prochaine tournée européenne n’est pas pour bientôt, mieux vaut rester. A cela s’ajoute le mauvais traitement de la part des chefs des groupes.

Il paraît que l’immigration clandestine en partance du Congo-Zaïre, n’est pas un fait nouveau. Il dure depuis longtemps. Si on en parle aujourd’hui, c’est parce qu’on a pu avoir les coupables. Des témoignages crédibles ont pu mettre des gens derrière les verrous. Les têtes sont tombées ! Mais sont-ce les têtes qui devraient tomber ? Les gros poissons ont-ils été pris ?

Je m’en tiens à l’hypothèse selon laquelle ce trafic existe depuis longtemps. Forcément, il doit être connu. Même par les services qui délivrent les visas pour entrer en Europe. La défection des artistes une fois arrivés dans les pays du Nord ne datent pas d’aujourd’hui. Cela n’a pas empêché d’accorder l’entrée. Soit, on tient compte de la bonne foi des candidats à l’entrée en Europe, soit on sait ce qui va se passer, mais on préfère ne pas agir. Ou encore, on est de connivence avec ces groupes pour les faire entrer. C’est là où se trouveraient les gros poissons, à ce niveau-là (suivez mon doigt !). Ce n’est pas Wemba, Werrason, Nyoka Longo et autres qu’il faut arrêter en premier lieu. Le gros poisson n’est pas là !

Très vite, des mouvements de soutien se sont organisés en attendant le procès de Papa Wemba. Pour que Nyoka Longo puisse être relaxé, il a fallu l’intervention des hommes politiques congolais. Encore une question : fallait-il soutenir Papa Wemba ?

Des marches ont été organisées pour la cause. Lors du procès, plusieurs personnes ont acclamé la décision du juge, plus clémente que la demande de la partie civile. Des flyers déposés à plusieurs endroits fréquentés par les Congolais demandaient un soutien massif au « pape de la sape ». Les avis sont partagés quant à ce soutien. D’une part, toutes ces bavures ne profitent pas au peuple. Qui sont ceux qui viennent eu Europe ? Qui sont ceux qui ont de quoi payer 3500 euros pour venir en Europe ? En tout cas, ce n’est pas ma tante de Kinsenso, ou mon ami qui rêve de l’Europe en voyant les avions dans le ciel. D’autre part, force est de constater que parmi ces candidats à l’immigration, il peut y avoir un, qui par ses capacités, peu bien rendre de bons et loyaux services dans son pays d’adoption, au point d’exceller. Dans ce cas, la revendication ne porte pas sur la personne de Papa Wemba seul, mais aussi sur tous les potentiels personnalités à qui l’on refuse la place qu’il leur faut.

Plus loin se trouve aussi un vrai problème. Le bateau coule. Et tout le monde cherche une issue. Alors, si le bateau coule, pendant que le commandant et son équipe sont à bord, c’est à eux que nous devons poser des questions.

Il revient donc au peuple de s’interroger sur l’attitude de ses dirigeants qui ne savent pas stopper cette hémorragie. Cette sorte d’exode nationale. On se plaint de la fuite des cerveaux. Que fait-on pour les garder ?

Le phénomène Ngulu peut nous traîner dans plusieurs cadres de réflexions, au point de répondre à des questions qui ne se posent pas dans la rue. En attendant, Papa Wemba est soulagé, mais le phénomène Ngulu continue son bout de chemin.

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