Un journaliste raconte son calvaire dans un Antonov 2129

L’exercice de notre métier nous contraint d’être constamment en mouvement. Le manque criant d’ infrastructures routières, fluviales et ferroviaires, a fait de l’avion le moyen le plus rapide pour voyager d’un coin à l’autre du pays.

De l’Antonov 26 à l’Antonov 2 : un jeu de passe-passe

Un bon matin du 28 juillet 2007, je débarque à l’aéroport de Ndjili, avec dans ma poche, un billet d’avion Air Kasaï aller-retour, Kinshasa-Tshikapa-Mutshima. L’objet de ma mission : un reportage sur l’exploration minière de la compagnie Gem Diamonds à Mutshima, localité située à une centaine des kilomètres de Tshikapa.
N’ayant jamais pris un avion Antonov, j’ai dans mon esprit l’image des avions que j’ai l’habitude de prendre. Tout d’un coup, l’heure d’embarquement sonne et je m’apperçois que j’ai à faire à un Antonov. Le cœur serré, l’angoisse m’étreint la gorge en passant aux histoires macabres liées à ce type d’aéronef.
Mais, il est trop tard pour faire marche arrière. A bord, je suis stupéfait de constater que l’Antonov 26, semi-cargo, n’a que 3 hublots. Sa capacité d’acccueil est d’une vingtaine de places. Seuls, les passagers assis dans ce qu’il faut qualifer de « 1ère classe », ont droit aux hublots. J’ai l’impression de me trouver dans un container. Tous les passagers sont en sueur.
J’ai peur mais je me calme quand je constate que tous les passagers à bord affichent un air sérrein.
Les sièges sont d’un confort qui laisse à désirer. les ceintures de sécurité sont dans un état lamentable.
Après le décollage, je suis tenté de crier à la vue de la fumée qui s’échappe d’un tuyau suspendu au-dessus de nos têtes.
Une hôtesse s’empresse de calmer les passagers, précisant que le pilote vient d’actionner le système de climatisation. Au contact de la chaleur ambiante, cette fumée ne tarde pas à se transformer en eau que la pauvre hôtesse est obligée de nettoyer constamment au moyen d’une étoffe.
Après une heure et demie de vol, l’avion atterrit à Tshikapa. En descendant, je pousse un ouf de soulagement à l’idée que mon calvaire vient de prendre fin. Et pourtant, le pire reste à venir.
A l’aéroport de Tshikapa, trois vieux avions monoteurs immobilisés en train d’être chargés attirent mon attention. J’interroge un agent de la RVA qui me confirme qu’il s’agit d’Antonov 2 qui désservent les localités périphériques de Tshikapa où les gros avions ne peuvent atterrir. C’est alors que j’apprendrai que pour arriver à ma destination finale, je n’ai d’autre choix que de monter à bord d’un de ces avions aux allures antiques.
Je sens l’adrénaline monter en moi. Je crois rêver débout. Je vois un de ces Antonov 2 décoller en trombe, laissant au passage un épais nuage de fumée noire. Au bout d’une heure, je le revois atterrir sous mes yeux.
Après plus de trois rotations, mon tour d’embarquer arrive. La mort dans l’âme, je me dirige vers l’avion comme un mouton à l’abattoir. Car pour moi, le sort est jeté.
A bord, ma désolation est totale : pas de sièges, ni de ceinture de sécurité. L’Antonov 2 n’est pas du tout différent d’un « fula-fula » volant. En lieu et place de la ceinture de sécurité, il y a deux cordes suspendues au-dessus de nos têtes. Nous sommes assis sur des chaises en plastique.
L’avion décolle péniblement, après avoir parcouru toute la piste avec des secousses indescriptibles. A 1000 mètres d’altitude, nous sommes soumis à toutes sortes de turbulences. Il faut 30 minutes de vol pour une distance d’environ 130 kilomètres.
Finalement, l’Antonov 2 va atterrir non sur la terre battue mais plutôt sur du sable. La piste de fortune de Mutshima ressemble à un terrain aménagé par des enfants pour jouer au football. Dieu merci, il y a plus de peur que de mal. Imaginez mon soulagement.

www.lepharerdc.com 2007-10-10

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top