La trilogie « drogue, richesse et sexe » qui depuis des lustres, fait fantasmer bien des jeunes dépourvus des modèles et des repères, continue à causer des ravages et ruiner de nombreuses familles à revenus modestes, tant au pays qu’à l’étranger.
Des parcelles vendues pour des voyages en Europe, des extases quotidiennes pour noyer des soucis et des aphrodisiaques pour des ébats amoureux prolongés, font en effet, courir dans tous les sens, des analphabètes, des lettrés et des sans emploi qui pullulent dans nos quartiers.
Même en Europe, dans leurs pays d’adoption, certains adolescents se droguent sans songer à leur avenir. Une vrai catastrophe nationale en perspective qui verra des milliers des jeunes basculer dans la criminalité et la dépravation, sans espoir de lendemain. La relève des cadres est ainsi compromise.
Cette trilogie de malheurs a causé samedi dernier, au quartier Masiala, commune de Limete, un meurtre en série qui rappelle les crimes effroyables commis dernièrement dans des écoles américaines par des forcenés.
Dans ce paisible quartier de Limete, attenant aux installations de la Foire internationale de Kinshasa, un jeune garçon finaliste des humanités professionnelles, section électricité, âgé de 19 ans, aidé par son copain, a exécuté six membres de sa famille. Un carnage qui est entré dans les annales de la criminalité de la ville de Kinshasa.
Une mauvaise fréquentation dans le quartier Masiala
L’histoire de ce garçon peut surprendre le commun des mortels. Fils d’un professeur d’université, et d’une pharmacienne, Gaston Makoko, surnommé « Gasty », avait tout pour être heureux et bien encadré. Faute de s’inspirer des modèles de ses parents, produits de générations écoulées, il s’est choisi d’autres modèles puisés dans des films d’action ou des milieux de la musique congolaise moderne. Gasty fréquente des marginaux de son quartier, dont Serge Matindo, Papy, Willy et Patou, pour ne citer que ceux-là.
C’est le début de son initiation à la drogue. Des tiges de chanvre fumées chaque jour, il plongeait dans un univers d’extase qui rend le monde tout petit et assujetti à ses pieds. Dans ce monde illusoire, l’inceste sur sa mère et ses sœurs, crimes et vols ne relèvent plus du tabou.
Au quartier Masiala, on raconte même qu’il a violé certains membres de sa famille, brutalisé ses frères et menacé les voisins. Gasty était devenu insupportable, révèle aujourd’hui son oncle maternel encore éploré.
Samedi dernier, c’est la tragédie
Sous les apparences d’une affaire banale, le futur électricien pris par la démence, a sombré dans la criminalité.
Le meurtre en série a été commis samedi dernier, à 21 heures, sur avenue Ndanu II n°2, quartier Masiala, dans la commune de Limete, après que sa maman, Marie Makoko, pharmacienne de son état, eut décliné sa demande d’argent de poche. La réalité, c’est que le féticheur «Vieux imbécile» lui avait exigé 500 dollars et des sacrifices humains avant dimanche et lancé des menaces de folie et de mort subite, en cas de résistance. Gaston et Serge avaient paniqué à l’approche de l’échéance.
Gasty Makoko, fils du professeur Makoko, directeur au centre d’études et des recherches nucléaires de Kinshasa, visiblement inquiet, a songé à soutirer les économies de sa mère. La chambre fermée à clef, il s’est alors précipité dans la cuisine où il s’est emparé d’un pilon. De retour au salon, les yeux rouges de rage, le jeune homme a, dans une attitude démentielle, administré un coup de pilon son petit-frère Eclair Makoko, 8 ans, qui est mort sur le champ. Avant que sa mère, Marie Makoko, 52 ans, réalise l’ampleur du drame qu’elle venait de vivre, le « drogué » s’est rué sur elle. Deux violents coups sur le crâne, la dame s’effondrait. Sa grande soeur Nadine Makoko, 24 ans, étudiante en G3 à l’Istm, et sa cousine Nadine Awaka, 15 ans, en sanglots et qui tentaient de se réfugier dans un coin de la parcelle, sont pourchassées et vite rattrapées par Serge Matindo, le copain du meurtrier. A la suite des plusieurs coups de pilon, les deux jeunes filles qui saignaient abondamment, ont rendu l’âme quelques minutes plus tard. Mais il sera constaté que le cadavre de Nadine Awaka était nue et portait des traces de viol. Son sous-vêtement traînait au salon, a indiqué l’OPJ de la police qui a fait la descente sur le lieu. Un acte que l’on impute à Matindo.
Un seul rescapé du carnage récupéré par le clan
Etait-ce assez pour assouvir l’obsession criminelle d’exterminer sa famille ? Non, puisqu’il a cherché les autres membres de son clan présents dans la parcelle et qu’il tenait à tuer sur avenue Ndanu. Il a poignardé ensuite, son petit-frère Léopold Makoko, 13 ans, qui a succombé dimanche soir à l’Hôpital St Joseph où il a été conduit de toute urgence.
Pris de peur, Gasty Makoko a rejoint son jeune frère Rich Makoko qui assistait au concert de Wenge BCBG à la Fikin. Entretien sur l’ambiance festive de la prestation de J.B. Mpiana et de ses poulains, il donnait l’impression d’innocence. Mais la triste nouvelle lui sera communiquée par un de leurs voisins du quartier qui craignait de le voir subir le même sort cruel.
Les Services spéciaux appréhendent les meurtriers
La triste nouvelle de meurtres en série, est parvenue la même nuit aux Services spéciaux de la police qui ont décidé d’ouvrir une grande enquête.
Sur avenue Ndanu II, le Bureau d’enquêtes et recherche s’est aussitôt lancé à la recherche des criminels. Appréhendé le premier, Gasty Makoko a donné les indications nécessaires qui ont permis un coup de filet sur ses complices dont Serge Matindo, celui-là dont on dit qu’il a participé à ces assassinats en cascade et s’est illustré par le viol d’une de ses victimes.
Furent également arrêtés, les deux éléments de Magenya protection commis à la garde de la parcelle, mais qui au moment des faits, avaient déserté leur poste.
Il en est de même du féticheur Mputu alias « Vieux imbécile », résidant à Kingabwa, l’instigateur de ce carnage, qui laisse t-on entendre à Limete, aurait exigé des sacrifices humains pour doter Gasty et son ami, des pouvoirs extraordinaires.
A Kin Mazière, le charlatan a révélé les termes du pacte de sang qui le lie aux jeunes garçons de Ndanu, leur demande, ses offres et le prix exigé.
Aujourd’hui, les corps des victimes sont entreposés à la morgue de l’Hôpital St Joseph, en attendant que soient organisées les funérailles pour cette famille décimée. Le bureau d’enquêtes et recherche a réalisé là un brillant coup de filet, surtout que le criminel et ses complices s’apprêtaient à quitter Kinshasa pour une province voisine.
Au quartier Masiala, c’est la désolation totale. Le professeur Makoko alerté la même nuit, s’est évanoui devant sa famille décimée par son fils. Selon ses proches, il est encore en état de choc et ne s’est pas remis de son émotion. Saura t-il assister aux funérailles en série de sa famille ?
