Vendredi 24 août 07, les congolais résidents à Genève, Lausanne et autres ville de Suisse se sont rendu à la Salle Bungener de l’Institut Universitaire d’Études du Développement (IUED) à Genève pour se frotter Madame Colette Tshomba, vice-ministre des Congolais de l’Étranger. Et il convient bien de dire que la diaspora congolaise voulait se frotter à ce membre du gouvernement de Gizenga car cela faisait bien longtemps que les rumeurs (d’après le discours officiel du cabinet de la ministre et de la mission permanente sise à Genève) couraient sur le but de la venue en Suisse de Madame Tshomba, à savoir ses pourparlers au Département Fédéral des Affaires Étrangères au sujet du rapatriement des requérants d’asile congolais déboutés.
Programmé pour 19 heures 30, la rencontre ne démarrera pas avant 21 heures. Pas du fait du retard du public, mais bien par l’arrivée tardive de la vice-ministre, retard dont l’ambassadeur Mindua tentera maladroitement d’expliquer par une formule banal : « La vice-ministre est très sollicitée » ! Madame Tshomba, elle, n’aura pas la délicatesse de s’excuser. Mais là n’est pas le plus important.
Échaudés par les « troubles » qui ont émaillés les précédentes rencontres de la vice-ministre avec ses compatriotes en Belgique et en France, les organisateurs avaient recruté quelques gros bras pour parer à toute éventualité. Mais les congolais de Suisse se connaissant pratiquement tous du fait de la taille réduite du territoire helvétique, les personnes affectées à la sécurisation des lieux et de la vice-ministre ne lui auraient pas été d’un grand secours si le public, dont on sentait la tension nerveuse grandir minute par minute, décidait d’user de moyens violents. Chacun de ses « gardes du corps » d’un jour a reçu la somme de 250 francs suisse (150 euros) pour la circonstance.
La vice-ministre s’installa donc devant ses compatriotes (environ 80 personnes) avec, et c’était visible dans ses yeux, un peu d’appréhension, se demandant comment allait tourner cette rencontre. Après une brève introduction faite par l’ambassadeur, Colette Tshomba salua le public qui lui répondit très froidement. Puis elle se lança dans la lecture du mot de circonstance qu’elle avait préparé et dans lequel le public releva que « beaucoup de rumeurs ont circulé à propos de » la visite qu’elle effectuait en Suisse depuis presque une semaine. Dès qu’elle eu finit sa lecture, elle dit qu’elle était prête pour le jeu des questions-réponses. Et les congolais attaquèrent bille en tête et sans ambages. Pour contrer les dires de la vice-ministre qui soutenait que les discussions qu’elle avait eu avec les responsables helvétiques ne portaient pas sur la mise en place d’un programme de rapatriement de déboutés congolais, les congolais lui exhibèrent alors une circulaire officielle, portant tampon de la Confédération Helvétique (la Suisse), et qui relatait dans un de ses paragraphes que les discussions entre le chef de l’Office des Migrations et le directeur de la DDC (Division Développement et Coopération) en charge des dossiers des requérants d’asile avaient porté sur les modalités d’un rapatriement des déboutés congolais. Et pour mettre en lumière l’hypocrite réaction de la vice-ministre, le document lui fut remis et l’audience lui demanda de le lire à haute voix. Gênée, elle fut bien obligée de reconnaître qu’effectivement le sujet des sans-papiers congolais vivant en Suisse avait été abordé. Mais elle ajouta que le rapatriement devait se faire sur la base du volontariat et par adhésion des personnes concernées.
Puis d’autres questions (toujours étayées par de remarquables analyses préalables de la part des intervenants) fusèrent : Le prix anormalement élevé des passeports congolais, le problème d’équivalence et de reconnaissance des diplômes congolais auprès de hautes écoles et université suisse, mais aussi le dossier Kahemba et la problématique des détenteurs d’autres nationalité que la congolaise qui, en violation de la Constitution, étaient des élus siégeant au Parlement ou œuvrant au sein des instances dirigeantes de la RD Congo. Il faut souligner que les réponses de Madame la vice-ministre étaient très souvent vagues et de nombreuses contradictions émaillaient ses piteuses tentatives. Plusieurs femmes qui avaient partagé les bancs d’école ou de l’Institut de formation des journalistes avec la vice-ministre se rappelèrent à son bon souvenir et toute lui firent remarquer, de concert avec le reste du public, que la diaspora congolaise ne souhaitait pas « collaborer » avec elle, son ministère, le gouvernement Gizenga et, et cela était souligné avec insistance, encore moins avec celui qui se trouve actuellement à la tête de l’État congolais.
D’après Madame Tshomba et son service, les congolais de l’étranger sont estimés à près de 6 millions de personnes. La question lui fut posée de définir sur quelles bases ce chiffre était avancé étant donné qu’aucun recensement sérieux n’a jamais été organisé au niveau de la diaspora par les ambassades ou autres représentations diplomatiques congolaises à travers le monde.
Sur le prix des passeports, la vice-ministre joua la grande scène de la surprise et, se tournant vers l’ambassadeur Mindua, affirma que ce prix n’était pas normal et que depuis 2003, toutes les représentations congolaises recevaient chaque mois l’argent devant couvrir les frais de fonctionnement (loyers et salaires) et que ce n’était pas par la vente à prix d’or de passeports que ces représentations devaient fonctionner. Mais, et c’est là qu’il faut noter la grossière contradiction, elle ajoutait dans la même explication que les congolais de la diaspora devaient être solidaire des difficultés financières rencontrer par ces mêmes représentations. De plus, elle nous dira que le prix des passeports (ou autres frais comme la carte consulaire ou les visas) étaient fixé en fonction du pays. La Suisse étant dans la catégorie A (pays très riche), ces frais étaient forcément plus élevés qu’en Afrique du Sud, par exemple. Foutaises, répliquèrent les congolais dans le public ! Non seulement ce n’est pas à nous de nous montrer solidaire financièrement avec les représentations diplomatiques, mais en plus cela démontrait aux yeux de l’audience que cette femme ne maîtrisait pas le dossier en question. En aparté, je posais la question à une des conseillères de la mission permanente de Genève et elle nous dit que la centrale ne payait pas les frais de fonctionnement, ou alors de manière sporadique et que eux, les fonctionnaires devaient bien « vivre » ! La vice-ministre affirmera alors qu’elle demanderait que la question de l’uniformisation et la baisse des prix des prestations des représentations diplomatiques soient revues au plus vite.
Pour ce qui est de la question de l’intégrité territoriale et plus particulièrement de l’affaire Kahemba, elle nous fit une réponse étrange : « Bin oba congolais ya diaspora bo lingi politique mingi ! » Ce à quoi nous répondîmes que nous ne faisions pas de la politique, mais que « to za na souci ya mboka ». Puis elle nous dit que sur Kahemba, elle ne pouvait que donner la position du gouvernement auquel elle appartient (mais elle ne confirmera pas ni n’infirmera la présence de forces angolaises sur le territoire de Kahemba). Ensuite, elle ajoute : « Mais soki bo posez nga question en tant que individu, alors nako koka ko pesa réponse en tant que Colette Tshomba ». Cela voulait-il dire qu’elle ne pouvait s’exprimer librement sur le sujet ?
Attaquée de nouveau sur le dossier des déboutés congolais dans les pays occidentaux, elle nous dira que rien n’était défini avec les autorités suisses et que son ministère garantissait le respect des Droits de l’Hommes pour ceux qui seraient rapatriés. Mais la salle ricana et marqua par le sarcasme cette sortie de la vice-ministre en charge des congolais de l’étranger. Puis, dans un instant d’humeur, elle lacha que nous autres, congolais de la diaspora nous devrions remercier le ciel et Dieu de la chance que nous avions qu’elle, Colette Tshomba, ait été choisie pour occuper le poste en charge des congolais de l’étranger ! La salle hurla de rire, un compatriote crachant : « C’est notre messie ! Mawa ! »
Son rôle, nous dira t’elle ensuite, était de recevoir les doléances et les suggestions des congolais de la diaspora en matière d’investissement et de création d’entreprises au pays par les expatriés congolais. Son plan prévoit la mise en place de « Bureau des Congolais de l’Étranger » dans les pays occidentaux afin de « canaliser » le flux monétaire généré par les envois de fonds (Western Union) de la diaspora. Là aussi, la salle ironisa : « Ba mbongo to tindelaka ba famille elekaka avant na maboko na bino ??? ». On lui fit remarquer qu’il ne suffisait pas de venir nous dire que la diaspora était un élément important dans la stratégie du chef de l’État alors que nous avions été exclus du processus électoral. « Bo lingaki té to voter. Lelo boza ko ya awa ko luka luka biso ? »
Bref, et pour paraphraser un compatriote présent ce vendredi, c’était un pitoyable non-événement que cette visite. En fin de compte, nous avons vu une personne qui est dans un gouvernement dont l’incompétence notoire à tous les niveaux nous promet des lendemains encore bien sombre pour la patrie.
Même les plus enclin à la violence se sont rendu compte qu’il ne servirait à rien de perturber cette rencontre par le bris des chaises ou par une attaque physique sur la personne de la vice-ministre. En fait, la seule personne qui fut empoignée par le public est un jeune homme que tous connaissaient comme rwandais (et qui ne s’en cachait pas) et qui fut expulsé de la salle après qu’il est eu l’outrecuidance de vouloir participer au débat. Une fois qu’il fut jeté dehors, une respectable « maman » dit à Madame Tshomba que c’était ceci qui attendait « mususu wana oyo aza na mutu ya mboka » ! Rires débridés dans le public.
La rencontre arrivait à sa fin et la vice-ministre paraissait épuisée. Elle le dit d’ailleurs et fit venir un homme sur l’estrade qu’elle nous présentat comme étant le Directeur des Congolais de l’Étranger au sein de l’administration du ministère des affaires étrangères que dirige Mbusa Nyamwisi. Mais je dois avouer que nous n’avons pas vraiment saisit quelle est la fonction de ce monsieur. Lui aussi ne pu nous donner une explication claire sur le sujet et il paraissait bien emprunté.
Un activiste congolais fit la remarque suivante à Colette Tshomba : « Madame, vous nous dites à nous de rentrer au pays, de quitter ce que nous avons ici. Mais moi, entrepreneur bien établit, avec femme enceinte vous croyez que je vais aller au pays alors que vous et les vôtres faites le chemin inverse dès que vous êtes malades (soins de Gizenga en Belgique ou d’autres caciques du pouvoir en Afrique du Sud), ou alors que vous envoyez vos enfants venir faire leurs études en occident ? » Cela démontrait à suffisance les incohérences soutenues par ceux qui nous disent que la diaspora doit rentrer pour participer au développement du pays.
Pour ma part, je fis remarquer à la vice-ministre que la diaspora n’accordait pas la moindre crédibilité et encore moins la moindre confiance au système en place. Et les milliards de la diaspora ne pourraient pas être contrôlés par des organismes gouvernementaux qui auraient tôt fait de détourner cette argent. Nous continuerons par Western Union à supporter nos familles.
Un autre compatriote qui demandait la parole depuis longtemps demanda en criant si la vice-ministre en charge des congolais de l’étranger était au courant de la situation d’un congolais croupissant dans le couloir de la mort en Arabie Saoudite et qui devrait être incessamment exécuté, mais la vice-ministre mit un terme, de manière assez abrupte à la rencontre. L’ambassadeur informa qu’un verre et quelques « amuse-bouches » seraient servit dans le hall. La vice-ministre, elle, s’éclipsa sans demander son reste et sans s’attarder à « papoter » avec ses compatriotes.
Pour les observateurs neutres, il était flagrant que Madame la ministre ne maitrisait aucun des dossiers qui lui était soumis, à se demander si elle était au courant de son rôle. En créant ce ministère et elle en endossant ce rôle, s’était on demandé sur son cadre de fonctionnement, sa pertinence et les vrais attentes de la diaspora congolaise? D’après ce que nous avons vecu il est apparent que la réponse est non. Nous n’avons pas rencontré un responsable politique qui defendait une politique gouvernementale et des convictions, mais un haut fonctionnaire en mission de service qui nous a fait une recitation, et repétait de mots comme un automate, sans conviction, sans se mouiller sans entrer au fond des sujets, c’est triste! Finalement on comprend mieux pourquoi à Paris et Bruxelles les congolais n’ont pas voulu l’écouter. C’était réellement une perte de temps…
