Des conditions de vassalité dans les orchestres congolais 2009

Au courant de l’anne 2006, plusieurs grands ensembles musicaux du Congo ont connu le départ de quelques effectifs. Pour la plupart, ce sont les chanteurs qui sont partis, se sentant lesés par le comportement des leaders. Un sentiment de suspicion qui a entraîné un climat malsain au sein des groupes. En dépit de tous ces départs, les groupes continuent à exister, en recrutant de nouveaux éléments. Si l’on tient compte des critères d’entrée dans les groupes, je me demande si seul les compétences musicales sont à l’origine du recrutement.

« Merci à celui à qui je dois tout »
Ma question est basée sur une vidéo de Koffi Olomide. Lors de son spectacle « semi accoustique » (sic), du début de cette année, j’ai été surpris de voir la manière dont les jeunes promus « Les Mineurs » prenaient le micro avant d’interpréter un morceau. Ils faisaient un signe de révérence au Grand Mopao. Le signe était similaire à celui des pratiquants des arts martiaux à leurs maîtres. Cela ne dénotait pas simplement d’un signe de respect, mais d’une dévotion du genre « Merci celui à qui je dois tout ».
C’est d’ailleurs pour cela qu’on entend des noms comme « le professeur des élèves », « le Grand Mopao », le « Grand Formateur », « Mokuwa Bongo ». Sous entendez par là, celui qui a fait germé le nouveau talent.

« Un écart d’âge qui engendre cela »
Les leaders des ensembles musicaux en vogue dans les années 1990 – 2000, ont une moyenne de 46 ans. Les nouvelles recrues ont entre 16 et 25 ans. Au dessus de cette fourchette, les nouveaux talents se font rares. Il faut dire que les leaders préfèrent des plus jeunes. Les fins observateurs trouvent en cela une volonté de maté l’équipe, de régner en maître dictateur. S’il y a eu des départs dans les groupes, c’est aussi surtout parce que les anciens ont réclamé leur dû. Non pas comme chanteurs ou musiciens simplement, mais en responsable de famille, pour qui la musique est devenu un travail qui doit rémunérer.
Cependant, les jeunes ont encore la tête pleine de rêves. Une chemise, une promesse de faire un tour hors du pays, l’attraction des filles par le succès leur suffit, des fois, comme salaire.

« Une illusion suicidaire »
Croire qu’accéder à un groupe qui a une rénommée, de nos jours, est suicidaire. D’une part, ces ensembles sont en perte de vitesse, pour la plupart. Sur la scène, en matière de succès, on ne parle plus que des jeunes de la nouvelle vague, notamment Ferré Gola et Fally Ipupa. Les Wenge ont fait leur époque, et se trouveraient au crépuscule de leurs vies. Je ne suis pas pessimiste. Par Wenge, j’entend tous les groupes qui ont existé à la même époque, même s’ils ne portent pas des noms similaires.
Quant à nos jeunes « espoirs », ils fondent leurs projets de vie sur la musique. Ils sont désoeuvrés, et attendent tout du leader. Sans le leur dire, ce dernier fonde sa survie sur leurs talents, leur énergie. N’ayant pas de choix, ils se mettent en condition de vassalité face à un maître féodal à qui ont doit même sa vie privée.

« Encore un espoir »
Rien ne m’empêche de penser que les choses peuvent changer. Un regain d’orgueil suffit, pour que tout change. Si Soleil Wanga, Céléo, Tutu Calugi, Bill Clinton sont partis un jour, ce que d’autres suivront le pas. Comme on dit, le soleil finit un jour par se lever.

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