Les Congolais(es) face à la police politique. Que faire ? Le cas de Christian Badibangi 2007

Nous attendrons peut-être longtemps avant que les médias kinois traitent de l’agression de notre compatriote Christian Badibangi. C’est sûr que certains de nos compatriotes «journalistes coupagistes » chercheront à nous convaincre que Christian a été agressé par « les éléments incontrôlés » ou qu’il repartait chez lui après une réunion où, avec le Professeur Dindo et Gabriel Mokia, ils ont « offensé le chef de l’Etat » sans tenir compte du fait qu’il est soucieux de réaliser « les cinq chantiers ». S’il nous arrive de leur rétorquer que « les éléments incontrôlés » ne peuvent pas disposer de deux jeeps militaires, ils répondront que nous nous laissons trop abuser par les rumeurs de Kinshasa.

Nous ne saurons pas les convaincre en leur disant que nous avons écouté de nos propres oreilles Christian Badibangi, son épouse et Gabriel Mokia. S’exprimant longtemps après Marie-Thérèse N’Landu, ils viennent confirmer la thèse de l’existence d’une police politique au Congo : il existe « une police politique » chargée de tirer sur tout ce qui bouge. Marie-Thérèse N’Landu nous informait que cette police n’a rien à envier aux SS nazis. A Kinshasa, cette politique « nazi » est abusivement dénommée « garde républicaine » !

I. La thèse « des éléments incontrôlés »

Et de plus en plus, la thèse « des éléments incontrôlés » violant et tuant au Congo ne tient presque plus la route. De passage au Congo, une rapporteuse de l’ONU, une avocate turque, « a souligné que les violences sexuelles étaient commises par l’armée et la police congolaise (auteurs de 20 pc des cas) ainsi que par les autres forces de sécurité de l’Etat, mais aussi par les différents groupes armés non étatiques. Police et armée répondent à l’agitation par des représailles indiscriminées, incluant ‘pillage, torture et viols de masse’. Ce fut le cas à Karawa (Equateur) en décembre dernier. » (M.-F.C., Violences : ‘Bien au-delà du viol’, dans La Libre Belgique du 01/08/2007). Donc, la violence est une méthode de la gestion de notre pays aujourd’hui.
En questionnant l’histoire immédiate de notre monde, il est de plus en plus établi que là où prospèrent les multinationales, la violence s’installe. (Une multinationale américaine Chiquita en sait quelque chose. La Colombie paie les frais de sa violence. Cfr le site de Michel Collon.) Leurs affaires ne marchent pas de pair avec la défense des droits humains. Au Congo, en attendant que les enquêtes sur le financement des milices à l’Est du pays par les citoyens belges aboutissent, il ne serait pas exagéré d’affirmer que, dans notre pays, la politique économique de la prédation soutenue par « les petites mains du capital » ne peut réussir que sur fond de ses dégâts collatéraux : notre lavage de cerveaux et nos morts. Les massacres de Kilwa en sont un exemple parmi tant d’autres.
Revenons au cas de Christian Badibangi. Lui, Gabriel Mokia et le Professeur Dindo n’auraient pas suivi le conseil de l’un des parrains du pouvoir en place au Congo. Ils ne lui ont pas accordé « le bénéfice du doute » en le laissant d’abord travailler. Ils le critiquent trop rapidement en oubliant que le chef de l’Etat (manqué) a cinq chantiers dans lesquels Mutombo Dikembe est déjà impliqué. Donc, avant que les cinq chantiers du chef de l’Etat (manqué) ne soient réalisés, la Constitution ne peut être d’application. Le respect du pluralisme politique (art. 6 de la Constitution) et le refus de l’institution du parti unique (art.7 de la Constitution) font partie de la rhétorique politique destinée à la consommation extérieure. La dictature naissante est une idéologie dont la réalisation des cinq chantiers constitue une pseudo-justification de la violence imposée à nos populations et à nos élites politiques. En effet, « n’oublions pas comment s’impose toujours une idéologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d’une autre nature. Ainsi, lorsqu’une personne exerce le pouvoir sur une autre – que ce soit un dictateur, un colon, un bureaucrate, un mari ou un patron-, elle a toujours besoin d’une idéologie justificatrice, toujours la même : cette domination est faite « pour le bien » du dominé. En d’autres termes, le pouvoir se présente toujours comme altruiste, désintéressé, généreux. » (Le lavage de cerveaux en liberté. Entretien avec Noam Chomsky, dans Le Monde diplomatique n° 641 du mois d’août 2007, p.8)

II. Que faire ?

Face à la violence et aux cinq chantiers dont la prochaine réalisation ( !) ne voudrait souffrir d’aucun questionnement anticipé et exige « le bénéfice du doute », il est évident que les beaux discours ne suffisent pas. Il faut aussi une bonne division du travail. Sur ce point, l’épouse de Christian Badibangi, Gabriel Mokia, Lambert Ngoyi et Jacques Matanda ont réalisé un chef-d’œuvre : ils ont inventé, en un clin d’œil, un réseau très efficace sur Congonet radio. (Une radio à fréquenter au moins une fois par jour.) Ils l’ont fait grâce à l’aide des luttants de Kinshasa. En plus de l’échange téléphonique entre Lambert Ngoyi, Gabriel Mokia, l’épouse de Christian et Jacques Matanda, il y a eu « des amis » qui, sur place à Kinshasa, ont réussi à dénicher l’endroit où Christian était interné et à lui passer le téléphone. Notre compatriote agressé a su, de son lit d’hôpital, s’adresser au monde entier, solliciter l’aide des Congolais(es) et définir le sens de sa lutte.
Ce fait peut paraître anodin. N’oublions pas que « les vampires ont peur de la lumière du jour ». Ils opèrent la nuit (et/ou en secret) parce qu’ils ne veulent pas être vus. La lutte qu’ils mènent contre les médias du pays vise à tenir cacher leurs œuvres maléfiques.
Que faire face à la violence de l’Etat manqué au Congo ? L’une des réponses est là : rendre visibles les actes diaboliques des escadrons de la mort. Diversifier nos lieux de lutte.
Sur ce point, la diaspora congolaise ne devrait pas trop de se laisser séduire par les chants des sirènes l’appelant à retourner au pays pour le reconstruire. La reconstruction du Congo peut bénéficier de l’apport de sa diaspora à distance. Cela d’autant plus qu’un « Etat manqué » n’a pas pour tâche de protéger les meilleur(e)s de ses fils et filles. Il bafoue la loi fondamentale, les règles de droit international et livre ses filles et fils à la violence et à la mort. Quêter et préparer « le kaïros », le moment favorable serait beaucoup plus sage. La logique sacrificielle est une arme efficace des « Etats manqués » et « thanatophiles », serviteurs du marché de la prédation mondialisé.
Donc, si nous voulons gagner la lutte de l’émancipation de notre pays du joug de sa violente marchandisation, diversifions nos champs de luttes ; gardons-les interconnectés ; étudions et approfondissons une bonne division du travail de façon que tout le monde ne fasse pas la même chose et ne soit concentré à un même endroit.
Le cas de Christian Badibangi est riche en inspiration. Le Congo de demain est à inventer sur fond des luttes permanentes sur des champs diversifiés. Les NTIC utilisées à bon escient peuvent nous y aider.

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