Militant, écrivain et cinéaste sénégalais, Sembene Ousmane est mort hier à l’âge de 83 ans. Cet homme , » l’aîné des anciens « , fut le premier grand cinéaste du continent africain, mais c’est loin d’être tout.
Né à Ziguinchor en Casamance en 1923, il a participé activement aux affrontements de la seconde guerre mondiale en tant que tirailleur sénégalais, avant de se jeter à corps perdu dans la bataille de l’écriture avec de nombreux classiques comme » La Noire de… » ou « Les Bouts de Bois de Dieu ».
Cet ouvrage est particulièrement significatif de ce qu’était Sembène Ousmane, qui était artiste, qui était militant mais qui était avant tout un combattant de la cause des déshérités d’Afrique., c’est-à-dire de la cause des peuples, de la cause des classes populaires contre leurs exploiteurs noirs ou blancs. « Les bouts de bois de Dieu » raconte, de façon romancée, la grève du chemin de fer Dakar-Niger. Ce combat fut exemplaire pour tous les hommes, car il ne fut possible que grâce à la solidarité traditionnelle, qui remplaça les caisses de grève inexistantes et grâce à l’internationalisme de la CGT, le syndicat communiste français, qui fut seul à le soutenir.
Son roman presque autobiographique » O pays mon beau peuple « , raconte l’histoire d’un Sénégalais parti pour l’Europe, revient au pays natal affublé d’une femme blanche, ce qui est considéré par les anciens et les parents – à cette époque où contradictions de la colonisation et ses blessures étaient encore vives , comme un outrage aux coutumes locales ; le téméraire finira assassiné mais ses efforts pour se mettre au dessus des querelles raciales, pour se consacrer uniquement à des travaux utiles aux gens, finiront par laisser un souvenir inoubliable au sein de son peuple.
Sembene, militant de première heure du droit des Africains, avait su rejeter les tentations du populisme et du régionalisme. Issu d’une province aux velléités indépendantistes comme la Casamance, le doyen des écrivains et cinéastes africains est resté nationaliste unitaire malgré sa connaissance et sa compréhension des motivations des rebelles Il a tenu étroitement à son identité, mais parce que, pour chacun de nous, l’individualité rejoint l’universel.
Beaucoup de ses livres et maintes figures de ses films montrent aussi son attention pour le sort des femmes d’Afrique, fait d’autant plus remarquable qu’il était issu d’un pays musulman. Une de ses nouvelles, qui raconte l’expulsion de son village d’une jeune fille devenue mère à la suite d’un viol incesteueux s’appelle « Vehy Ciosane », ce que l’on pourrait traduire par « Balche Genèse », mais aussi par « Chastement engendré ».
Il en était de même des films qu’il a réalisés, et pour lesquels il a transmis le message du dialogue des cultures , longtemps avant qu’il ne soit à la mode. Faut-il le dire , son autheticité africaine, sa culture vraie, son souci profond des masses populaires déplut profondément au très occidental Senghor, qui alla jusqu’à interdire son film « Ceddo », sous prétexte que le mot devait être écrit avec un seul « D ». Le sort des vrais militants populaires africains a toujours été d’être persécuté d’abord par la bourgeoisie , héritière des passe-droits coloniaux…
L’Afrique et le monde pleurent celui qui a incarné plusieurs années durant, le combat de l’égalité des hommes par l’entremise du septième art et des lettres. Que la Terre des Ancêtres soit accueillante et légère sur son corps…
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