Le passage à tabac des militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), perpétré mardi à Goma (Nord-Kivu) par « un groupe d’hommes habillés en civil », est qualifié de « menace pour la démocratie » par le conseiller politique de M. Etienne Tshisekedi wa Mulumba, président national de ce parti.
« Nous considérons que cette méthode de résoudre tout problème politique par la force est une menace pour la démocratie en République démocratique du Congo. Il s’agit d’actes qui violent les droits de l’homme », a déclaré Me Jean Joseph Mukendi jeudi au Potentiel. Mercredi à Kinshasa, a-t-il révélé, des « parlementaires debout » de l’Udps/Tshangu ont été dispersés par des policiers. « Quatre combattants ont été enlevés », a-t-il signalé.
A Goma, les cinq personnes touchées, mais dont l’identité n’a pas été dévoilée, ont indiqué à Radio Okapi qu’« un groupe d’inconnus a fait irruption dans leur bureau et les ont tabassés parce qu’il était écrit sur leur tableau que le territoire congolais est occupé par les Angolais et les Zambiens avec une complicité voilée du gouvernement ».
L’inspecteur provincial de la police au Nord-Kivu, le général Jean-Marie Ndaty Kapend, a nié l’accusation selon laquelle ses hommes ont agressé les militants de l’Udps. Toutefois, il a averti que « personne n’a le droit d’accuser les institutions publiques sans preuves, même au nom de la liberté de la presse », rapporte la source.
Mais, selon le président fédéral de l’Udps/Nord-Kivu cité par Radio Okapi, c’est depuis un certain temps que la police serait « en guerre » contre l’Udps.
« Cela fait plusieurs fois que la police intervient pour nous empêcher soit de marcher, soit pour réprimer des membres de l’Udps qui veulent s’exprimer. Disons que c’est une façon de vouloir étouffer la démocratie et l’opinion des autres», s’est encore inquiété Rubens Mikindo.
PREVENIR D’EVENTUELS DEBORDEMENTS
Il est évident qu’il faut bien analyser certaines déclarations faites à chaud par les acteurs politiques, en des circonstances précises.
Ainsi, lorsque le président fédéral de l’Udps/Nord-Kivu dit des événements de Goma que « ce n’est plus la démocratie, c’est le musellement total de la démocratie au Nord-Kivu », en affirmant que « ce qui vient de se passer à Kinshasa n’est pas différent de ce qui se passe ici », il importe que les gouvernants y méditent sérieusement. L’opposition politique, comme on le sait, n’est pas univoque en RDC. Et c’est parce qu’elle est plurielle que, lors du partage en 2003 des responsabilités dans les institutions de la transition, elle s’est présentée en deux groupes (A et B) aux négociations.
Dans le groupe B, l’Udps d’Etienne Tshisekedi a choisi de ne pas entrer dans les institutions où des sièges au parlement et des postes ministériels lui étaient pourtant réservés, tandis que le Palu d’Antoine Gizenga a opté de couper la poire en deux en ne siégeant qu’à l’Assemblée nationale.
C’est la même frange de l’opposition politique qui, ayant refusé de participer au processus électoral en 2006, continue d’évoluer hors des institutions de la République, alors que le groupe A se prévaut du privilège ( ?) d’être aujourd’hui une opposition institutionnelle.
Le groupe A, dont le coordonnateur Arthur Z’Ahidi Ngoma (Forces du futur) a été désigné vice-président de la République, s’est retrouvé dans les institutions d’appui à la démocratie, au gouvernent, au parlement, dans l’administration territoriale, les entreprises publiques, l’armée et les services de sécurité.
Mais, en l’absence d’une loi organique déterminant son statut, l’opposition politique constitue encore, après les affrontements meurtriers FARDC-Garde rapprochée de l’ex-vice-président Jean-Pierre Bemba (22-23 mars 2007) et les « agressions » subies par des militants de l’Udps, une bombe à retardement.
Dès lors, le report sine die de la plénière, convoquée lundi pour débattre des événements meurtriers survenus la semaine dernière à Kinshasa, donne à penser que le Bureau de l’Assemblée nationale craindrait de perdre le contrôle du débat en cas d’une « explosion » des passions.
Un triomphalisme des députés de la majorité pourrait amener ceux de l’opposition à quitter la salle des congrès, alors que le président Vital Kamerhe a toujours caressé le rêve de faire de l’Assemblée nationale une « Eglise au milieu du village », c’est-à-dire un « creuset de la démocratie ».
Pire. Muselée au parlement, l’opposition institutionnelle pourrait être tentée de rejoindre l’Udps et ses alliés dans des manifestations de rues, avec leur cohorte de casses et de bastonnades.
