Deux « specialistes » du Congo à la RTBF… 1707

Nous vous livrons la transcription de cette interview donnée par deux « specialistes » du Congo à la RTBF hier matin. Malheureusement la transcription ne reprend pas la deuxième partie de l’interview. Cette deuxième partie est à téléphone ouvert, donc les auditeurs posent des questions aux invités. Nous esperons avoir cette transcription là aussi incessamment.
Confronté aux questions des vrais specialistes du Congo: les congolais, nos specialistes ont évoqués des aspects tels que le fait que Kabila entretenait aussi une milice de 10.000 à 16.000 hommes…

Faut-il continuer à écouter les spécialistes du Congo nous expliquer ce qui est bon pour le Congo, ou bien ne serait-il pas temps que les congolais prennent leurs sort en main? Un grand homme avait dit à peu près ceci: « Si vous n’aimez pas les informations que vous donnent les médias, descendez dans la rue et faites l’information ».
Personne ne liberera le Congo à la place des congolais, continuer à y croire frise le ridicule. Le processus électorale vient d’être enterré par ses principaux bénéficiaire eux-mêmes à savoir: Joseph Kabila, le gouvernement Gizenga et la communauté internationale. « On ne fait la démocratie qu’avec des démocrates » disait Tshisekedi avant la Conference Nationale Souveraine. Cela se verifie de manière tragique aujourd’hui et ce quoiqu’en dise les « spécialistes ». Bonne lecture!

07:43 >> L’Invité de Matin Première

Jean-Pierre Jacqmin reçoit ce matin deux invités :

Jean-Claude Willame, professeur émérite à l’UCL, pour son livre « les Faiseurs de Paix au Congo »,
et Bob Kabamba, chargé de cours à l’ULg et politologue spécialisé dans l’Afrique sub-saharienne.
JPJA : Un calme global ce matin à Kinshasa, déjà depuis samedi. Est-ce que c’est un calme définitif Bob Kabamba ou un calme précaire ?

BK : Disons que c’est un calme précaire puisqu’à Kinshasa, il y a encore beaucoup d’hommes en armes. Ce n’est pas uniquement la Garde rapprochée de Bemba qui est concernée. Il y avait déjà depuis plusieurs mois des infiltrations d’hommes en armes, en civil qui sont encore dans la cité et qui n’attendaient qu’une chose : qu’il puisse y avoir violence pour pouvoir se manifester…

JPJA : Et ces hommes en armes relèvent de qui ? De quelle autorité ?

BK : Il s’agit quand même de toute une série de personnes qui devaient passer dans le brassage mais qui ne sont pas passées dans le brassage, d’anciens militaires, d’anciens miliciens et qui, de mon point de vue, vont essayer de se vendre au plus offrant.

JPJA : Alors, quand on dit le brassage, c’est le mixage de l’armée qui devait fondre tous les groupes rebelles avec l’Armée régulière. Votre point de vue Jean-Claude Willame ? Calme précaire ou situation quand même apaisée pour le pouvoir de Kabila ?

JCW : Je ne pense pas que la situation sera apaisée pour le Président Kabila. Je dis politiquement ce n’est évidemment pas très bon pour lui. Une fois de plus on va déplorer le fait qu’on a pas pris en main suffisamment tôt cette question de désarmement, de brassage et dans l’Est de mixage. Donc, voilà, c’est un deuxième épisode qui cette fois-ci a fait beaucoup plus de victimes que le premier…

JPJA : Qui avait eu lieu au mois d’août de l’année passée ?

JCW : Au mois d’août de l’année passée. Cette fois-ci on parle de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines de morts. Je vais dire que c’est quand même un avertissement aux faiseurs de paix pour accélérer cette question de désarmement et de mixage et de brassage.

JPJA : Et là clairement, vous pointez du doigt la Communauté internationale, ceux qui ont initié la paix et entre autres, puisque c’est une photo qui se trouve à la Une de votre nouveau livre : Louis Michel ?

JCW : Je ne pointe pas particulièrement l’ancien Ministre Michel. Je veux dire qu’à voir tout ce processus avec recul, au fond on a privilégié le politique, je dirais, les élections dans lesquelles on a mis plus de quatre cents millions de dollars et ces élections ont été effectivement un exploit technique, mais toute la question, par exemple maintenant, de l’instauration d’une armée régulière, d’une armée nationale, on l’a un peu laissée de côté. Les projecteurs ont été insuffisamment braqués sur un problème, je le rappelle, qui remonte quand même au début des années 90 lorsque cette armée de Mobutu a commencé à se déglinguer et on est confrontée une fois de plus à ce problème.

JPJA : Oui, c’est vrai que vous êtes très dur, Jean-Claude Willame. Dans votre livre vous parlez de quatre opérations de brouillage de la Communauté internationale, parmi lesquelles les élections. Ce n’était pas une si belle chose que cela les élections ?

JCW : Les élections n’étaient pas un brouillage en tant que tel. C’était le fait qu’il n’y en avait plus que pour des élections. Ces élections ont été un exploit technique remarquable, elles ont abouti à quoi… et là je suis en désaccord avec le Commissaire Louis Michel, ces élections ont abouti à une tentative de clarification du paysage politique, rien de plus. Ces élections selon moi, n’ont pas abouti à la révolution démocratique dont nous parle Louis Michel.

JPJA : Bob Kabamba, le fait que Jean-Pierre Bemba était dans Kinshasa avec plusieurs centaines d’hommes… Ces hommes sont soit partis, soit se sont rendus à l’Armée régulière. Jean-Pierre Bemba est pour le moment toujours à l’Ambassade d’Afrique du Sud, dans une situation un peu inconfortable parce qu’on ne sait pas s’il demande l’asile à l’Afrique du Sud et s’il va commencer des négociations. Est-ce que pour le Président Kabila ce n’est pas une opération de clarification ?

BK : Eh bien cela va être un peu plus délicat. C’est-à-dire que dans le cas actuel, Bemba est la victime dans le contexte politique congolais….

JPJA : C’est ce qu’il dit lui-même d’ailleurs…

BK : Et comme il dit qu’il est la victime, il va de soi que le Président Kabila doit arriver à pouvoir aller jusqu’au bout de sa démarche. C’est-à-dire que lorsqu’on a lancé un mandat d’arrêt contre Jean-Pierre Bemba, il y va de la crédibilité du Président Kabila d’arriver effectivement à le faire arrêter. Si ce n’était pas le cas, je pense qu’il continuera à représenter une menace pour le pouvoir en place à Kinshasa et il continuera toujours à jouer la victime. Et dans cinq ans lorsqu’on aura de nouvelles élections, s’il y a de nouvelles élections, là il pourra certainement être un adversaire beaucoup plus crédible qu’il ne l’a été l’année passée.

JPJA : Il avait fait 42% aux élections présidentielles, deuxième tour. Que représente l’opposition maintenant ? C’est quoi l’opposition au Congo ?

BK : Dans un premier temps, il faut bien se rendre compte qu’il y a deux oppositions. Il y a l’opposition qui est représentée par l’UDPS, d’Etienne Tshisekedi. qui s’était désolidarisée du processus électoral…

JPJA : Qui n’a pas de représentant ?

BK : Qui n’a pas de représentant au niveau des institutions politiques…

JPJA : Et qui pèse encore quoi ?

BK : Qui ne pèse pas beaucoup du fait qu’on peut le calculer simplement en terme de taux d’abstention qui a eu à Kinshasa et dans les deux Kasaï et aussi l’autre opposition c’est Jean-Pierre Bemba avec le MLC qui regroupe autour de lui, au sein d’une coalition qui s’appelle : l’Union pour la Nation et donc, il regroupe une centaine de députés qui sont présents eux à l’Assemblée nationale et je pense que cette opposition-là va essayer de se restructurer et de pouvoir se positionner lors des prochaines échéances.

JPJA : Est-ce qu’il y a encore des rebelles ailleurs ? Parce que Bemba pouvait être considéré comme un chef rebelle avant qu’il ne rentre dans le processus électoral. On parle beaucoup de Nkunda dans l’Est du pays ?

BK : Il y a toujours à l’Est du pays où on a encore toute une série de milices et de groupes armés qui continuent à sévir, notamment au Nord-Kivu avec Laurent Nkunda et aussi dans l’Ituri où il y a Peter Karim qui continue à pouvoir entretenir une milice qui sème aussi la terreur dans cette partie du Congo et donc, comme le soulignait Jean-Claude Willame, le problème sécuritaire reste quand même un des nœuds, un des vrais gros problèmes, l’épine dans le pied, dans tous le processus qui est mis en place au Congo.

JPJA : Jean-Claude Willame, vous l’avez dit : la Communauté internationale, le rôle de la MONUC aussi, la Mission des Nations Unies pour le Congo. Quel a été son rôle dans les événements récents ?

JCW : Mais oui justement. Lors des premiers incidents, donc le lundi 20, la MONUC était là avec des forces armées congolaises pour un peu essayer de neutraliser les choses et puis tout d’un coup, qu’est-ce qui s’est passé ? A mon avis, il devrait y avoir une commission d’enquêtes qui soit installée avant de condamner qui que ce soit. Je veux dire : qu’est-ce qui s’est réellement passé à partir de …déjà le lundi… et puis deux jours après, le mercredi, mais en tout cas, de nouveau la MONUC a été paralysée dans cette affaire. On ne l’a plus vue.

JPJA : Vous voulez dire quoi ? Vous voulez dire que ce n’est pas simplement, comme le pouvoir en place le présente, une opération dans laquelle on avait donné un ultimatum aux hommes de Bemba pour se rendre, se mixer ou se brasser en fonction des régions du Congo. Il y a eu autre chose ? Il y a eu de la provocation ? Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

JCW : Il y a eu, probablement, de la provocation on ne sait pas le dire en l’état pour le moment. Qui a provoqué qui ? Je vous dit : cela devrait être démontré par une commission d’enquêtes dans lesquelles je verrais très bien les diplomates aussi donner leur avis sur cette question parce que vous savez ils ont tous des services de renseignements. Ils savent peut-être mieux que nous ce qui s’est passé. Mais je dis : il faudrait que ces gens parlent aussi.

JPJA : Bob Kabamba, votre avis…

BK : Il faut se rendre compte aussi que les événements de l’année passée n’ont pas dégénéré parce qu’il y avait l’EUFOR.

JPJA : La Force européenne ?

BK : La Force européenne qui était donc présente à Kinshasa et qui a permis de pouvoir sécuriser tous les processus, qui a permis aussi de pouvoir faire en sorte que lorsqu’il y a eu des tensions entre les deux camps : entre le camps Kabila et le camps Bemba qu’il puisse y avoir accalmie entre les deux. Mais maintenant il n’y a plus la Force européenne sur place. Beaucoup de gens, d’observateurs avaient plaidé quand même pour que cette Force reste un peu plus longtemps pour permettre justement que les institutions se mettent en place et commencent à fonctionner et on se rend bien compte que puisque ces Forces ne sont plus là, on a un espèce de chaos qui va s’installer, vu que le problème c’est toujours le problème de la sécurité et de mon point de vue, qu’il est impératif justement de pouvoir accompagner non seulement par rapport au processus électoral, mais aussi l’approche sécuritaire pour arriver à ce que les institutions commencent à véritablement fonctionner. On a encore besoin au Congo d’un appui certain dans le domaine sécuritaire.

JPJA : C’est vrai qu’on voit les choses en opposition, en noir et blanc… j’allais dire avec Kabila d’un côté, Bemba de l’autre… mais il y a un Gouvernement qui est là avec un Premier Ministre, qui n’est quand même pas de la tendance Kabila ? Jean-Claude Willame ?

JCW : Oui, qui n’est pas de la tendance Kabila et qui a probablement aussi perdu un peu pied dans toute cette affaire. C’est de lui qu’est venue cette demande que Bemba soit traîné en justice pour haute trahison. Je voudrais remarquer aussi qu’on n’a pas entendu le Président lui-même. Donc, l’initiative vient du Gouvernement et non pas de la Présidence. Les choses peuvent-elles être rattrapées, comme le pensent sans doute certains diplomates, puisqu’on continue à appeler pour la négociation. Et ce n’est pas négligeable le fait qu’on continue à appeler pour la négociation. On voudrait dire que le sort de Jean-Pierre Bemba n’est pas définitivement réglé.

JPJA : Votre avis ?

BK : Oui, le sort n’est pas définitivement réglé. Il y a aussi une autre lecture à faire, c’est qu’il y a eu des élections, il y a des institutions qui existent au Congo et que malheureusement on a toujours l’impression effectivement on ne tient pas compte qu’il y a un Gouvernement, on ne tient pas compte des autorités qui ont été élues, mais en appelant toujours aux négociations on a toujours l’impression effectivement qu’on est toujours dans une phase de transition et qu’on n’est pas encore dans une phase de consolidation de ces institutions. Ca c’est aussi à déplorer et dans ce contexte-là, Jean-Pierre Bemba reste et garde toujours sa position de leader, futur leader politique congolais.

JPJA : Jean-Claude Willame, en lisant le livre vous dites, vous continuez à avoir les mêmes thèses, j’allais dire, depuis le Rwanda, depuis la Bosnie, les missions des Nations Unies dans un certain nombre de pays ne sont toujours pas à la hauteur de ce qu’elles devraient être ?

JCW : Oui, et on a mentionné tantôt le rôle de l’EUFOR. Effectivement je pense que cela eut été important d’avoir une mission du type de l’EUFOR parce que pour les Congolais, la MONUC au Rwanda, c’était la MINUAR. Tout cela n’est pas crédible. Ce n’est pas crédible. Vous savez au Rwanda, on disait MINUAR on utilisait le terme rwandais, on utilisait le terme MINUA, ce qui veut dire : « ceux qui parlent et ne font rien ». C’est un peu l’image que l’on a de la MONUC au Congo. Des troupes européennes ça c’est probablement considéré comme plus sérieux.

JPJA : Les mandats de maintien de la paix ou d’imposition de la paix… Tout ça n’a pas beaucoup évolué selon vous depuis la catastrophe de 94 au Rwanda ?

JCW : Dans le cas du Congo, cela a évolué très lentement. D’abord vous avez un statut d’observateur qui était d’ailleurs en-deçà de la ligne du front. Puis vous avez eu mandat de maintien de la paix très timide et puis maintenant on est passé à une phase, en tout cas dans l’Est du pays, où la MONUC au lieu de rester derrière travaille avec l’Armée congolaise, mais pour donner un détail qui est très significatif, que j’ai entendu l’autre jour. Vous savez aux soldats congolais on donne sept balles de fusil. Une fois qu’ils n’ont plus leurs sept balles de fusil, soit qu’ils ont tiré leurs sept balles eh bien, il n’y a plus rien et donc à ce moment-là, la MONUC est obligée quelque part d’intervenir.

JPJA : Alors, le rôle de la Belgique ? Que peut faire la Belgique ? Que doit faire la Belgique maintenant ? Bob Kabamba…

BK : La Belgique a déjà fait beaucoup, peut toujours faire encore plus, notamment souligner la question de la sécurité par rapport à la sécurisation, par rapport à l’accompagnement qu’il y a, par rapport à tout ce qui est force de sécurité, armée, etc… pas selon le système qui a été fait avant, mais maintenant beaucoup plus structurel etc… pour permettre d’avoir vraiment une véritable armée au Congo et deuxièmement, continuer l’appui par rapport au processus d’institutions politiques puisqu’il y a un Gouvernement, il y a des parlements, il y a des assemblées provinciales et des gouvernements provinciaux et toutes ces institutions-là ont besoin d’accompagnement pour pouvoir fonctionner et répondre aux préoccupations de la population congolaise. Et donc la Belgique peut aussi en matière de tout ce qui est mine …on sait bien que la Belgique est en train de pouvoir essayer d’aider le Congo sous ce secteur-là… c’est de pouvoir être vraiment la porte de sortie du Congo par rapport à toute une série de préoccupations qui concerne les Congolais.

JPJA : Même question pour vous Jean-Claude Willame. Que doit faire la Belgique ?

JCW : Ecoutez, la Belgique est quand même un petit pays. On dit qu’on n’a pas beaucoup de ressources en terme d’appui militaire. Moi, je vois les choses davantage à un niveau européen. Il faut quand même qu’on s’entende surtout sur la formation d’une armée digne de ce nom. Je rappelle que l’Armée est un haut lieu de violations des droits de l’homme, de viols, de pillages etc… Donc, la petite Belgique seule ne pourra pas résoudre ce problème. Il faut que cela soit …et je crois qu’ici on est sensible à ça… le problème c’est que cela ne bouge pas au niveau de l’Union européenne.

JPJA : Merci à vous deux pour cette première partie d’entretien. Vous restez avec nous, avec les auditeurs de la Première. Questions Publiques, 070 22 37 37 . On se retrouve sur le coup de 8 H 38.

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